Appel de Sarran au Président de la République française

Nous, paysans de la Confédération Paysanne, rassemblés aujourd’hui à Sarran en Corrèze (France) alors que se sont ouvertes les négociations de l’OMC à Hong Kong, faisons les constats suivants :
  • La libéralisation du commerce et en particulier du commerce des produits agricoles a accru l’insécurité alimentaire. Entre 1995 et 2001 le nombre de personnes sous-alimentées a progressé de 18 millions. 80 % des 852 millions de personnes souffrant de mal nutrition à travers le monde sont des petits paysans pauvres.

  • Le cycle de négociations actuel entend poursuivre la libéralisation des marchés agricoles en abaissant les droits de douanes : les pays du sud sont incités à produire pour exporter avant de satisfaire leur demande domestique. Ils mettent ainsi en péril leur sécurité alimentaire.

  • Les retombées économiques de ces politiques profitent en premier lieux aux firmes agro-alimentaires transnationales et à quelques milliers d’agro managers disséminés sur la planète qui voient leur profit augmenter alors que les prix des produits agricoles diminuent.

  • En Europe aussi les paysans payent un lourd tribut à la dérégulation des marchés promue par les différentes réformes de la Politique Agricole Commune depuis 1992. 200000 fermes disparaissent ainsi en Europe tous les ans (30000 en France).

  • La réforme de la PAC négociée entre les gouvernements européens en 2003 est une véritable catastrophe. Elle organise le déclin d’un certain nombre de production (viandes bovines, lait, etc.…). Elle perpétue une distribution particulièrement inégalitaire des aides publiques. Elle permet à certaines matières premières alimentaires d’avoir accès au marché mondial à des prix inférieurs aux coûts de production.

  • La position française, soutenue par les organisations agricoles majoritaires, consiste à revendiquer plus de protection aux frontières de l’Europe pour les produits agricoles tout en souhaitant le renforcement de la vocation exportatrice de l’agriculture française. Cette position est indéfendable et fatalement mal comprise par de nombreux pays tiers.

Par conséquent nous exigeons du Président de la République Française et de son gouvernement :

  • Qu’ils s’opposent à tout accord qui aggraverait la dérégulation des marchés mondiaux des produits agricoles.
  • Qu’ils s’engagent à exiger de sortir l’agriculture des accords de l’OMC, et de faire reconnaître la Souveraineté Alimentaire dans les accords internationaux, c'est-à-dire le droit pour tous les Etats de décider démocratiquement de la politique alimentaire et agricole répondant au mieux aux besoin des populations, en protégeant si nécessaire leur agriculture des importations, mais sans dumping vis-à-vis des pays tiers.
  • Qu’ils s’engagent avec leurs partenaires européens sur la voie d’une Nouvelle Politique Agricole Commune tournant le dos au productivisme et au dumping. Cette PAC devrait être basée sur les principes de la souveraineté alimentaire, d’une agriculture paysanne et durable, de prix rémunérateurs, de productions partagées et maîtrisées, d’une répartition équilibrée de l’activité agricole sur tout le territoire, pour un monde rural vivant.


M. CHIRAC, il faut être cohérent : Dire NON à Hong Kong, c’est être courageux à Bruxelles en mettant tout en œuvre pour sauver le budget de l’UE, et en s’engageant sur le chemin d’une autre Politique Agricole Commune !

 


 

Appel de Sarran (Corrèze), 14 décembre 2005
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