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Campagnes Solidaires n° 173

avril 2003
 

EDITO

Militer à chacun son histoire

Christian Boisgontier - Producteur de lait dans l’Orne, ancien porte-parole national de la Confédération paysanne

Vendôme s’apprête à accueillir le congrès 2003 de la Confédération paysanne dans un contexte de « gros temps » pour de nombreuses productions agricoles, mais encore notre planète Terre ne va pas bien. Les regards sont tournés tant vers Bruxelles que Genève, où de nouvelles règles du jeu, au sein de la Pac comme à l’OMC, s’annoncent redoutables de conséquences. Le « théâtre » irakien ajoute aux malaises parce que la super-puissance planétaire fait fi de toutes solutions non-violentes, sniffant déjà la bonne odeur de pétrole et les contrats de reconstruction aux firmes amies. Bush junior envoie ses soldats comme d’autres décident d’une descente de police dans un quartier chaud, parce que la Terre est à lui. La question n’est plus de savoir si notre monde compte davantage de psychotiques paranoïaques, mais bien de s’interroger comment ils accèdent au pouvoir avec le label de la démocratie élective. La presse contrôlée par des conglomérats financiers est devenue manipulatrice d’opinions aux conséquences incalculables. D’une autre guerre plus insidieuse, nous ne pouvons plus taire la réalité. Des leaders agricoles proclament que l’Europe ne peut abandonner l’arme alimentaire entre les mains des seuls Américains. Le mot est prononcé : il s’agit d’une guerre. Il faut produire, inonder les marchés pour rendre dépendant, contrôler.

Et désormais, l’OMC ôte toute possibilité aux États de se protéger des marchés mondiaux, devenus l’exutoire des surplus des pays développés. Toutes les formes de soutien public, quel que soit l’habillage des aides, permettent de vendre à très bas prix, rendant certaines exportations meurtrières. Dans ces deux guerres, les experts parleront avec beaucoup de retenue d’inévitables dégâts collatéraux : population civile d’un côté, population paysanne de l’autre. Parmi les coupables, la multinationale Nestlé. Celle-ci fut occupée dans son siège près de Genève le 28 mars, par trois cents paysans de la CPE pour dénoncer l’effondrement du prix des matières premières que sont le lait, le café, le cacao. Alors que la valeur de l’action Nestlé a progressé de 350 % depuis l’entrée de l’agriculture dans l’OMC en 1995, la réponse de ses dirigeants est consternante : « Si nous payons la matière première plus cher que nos concurrents, nous perdons des avantages comparatifs. »

À notre accusation de répression antisyndicale, quelquefois très violente dans certains pays, la direction de la multinationale répond : « Nous adoptons nos pratiques aux législations en vigueur dans ces pays. » Merci les dictatures, la terreur peut être légale. Le marché, le libre-échange, sont devenus une idéologie totalitaire qui a le plus grand mépris pour l’humanité parce que seul le profit est jouissif.

Les immenses mobilisations planétaires en faveur de la paix sont l’espoir. Mais plus encore le réseau des altermondialistes tisse sa toile et la Confédération paysanne est une actrice attendue. Les difficultés financières des Monsanto, Bayer, Mac Donald’s, sont inhérentes aux campagnes de discrédit et procédures judiciaires engagées, démontrant que la marchandisation du monde et la ruine des producteurs ne sont pas une fatalité. La voilure internationale de la Confédération paysanne peut encore grandir.


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