accueil > Campagnes Solidaires

a

Campagnes Solidaires n° 175

juin 2003
 

EDITO

D’un soleil à l’autre, labourer en tous sens

Nicolas Duntze - Viticulteur dans Gard, porte-parole de la Confédération paysanne.

Faire avaler la pilule de la soumission des politiques nationales aux règles internationales est le défi que tentent de relever les gouvernants du monde. Pour obtenir le label de l’acceptabilité sociale des effets dévastateurs de ces obligations, il leur faut user de toutes les astuces mises au point par des spécialistes de la communication, combinaisons de techniques manipulatrices de l’opinion et de brutalité décisionnelle au prétexte « d’alibis » mensongers. Il en est ainsi autant pour déclencher une guerre que pour organiser sournoisement la mise sous dépendance des paysans par le biais de l’imposition programmée des OGM ou encore pour briser les systèmes d’agriculture vivrière et mettre à mal la souveraineté alimentaire des peuples.

Le simulacre de consultation organisé par le ministère de l’Agriculture concernant l’implantation de nouveaux essais en plein champ d’OGM, couplé avec les offensives séductrices initiées tant par l’Inra que par le Cirad et consorts, est du même acabit et n’ont qu’un but : manipuler l’opinion, minimiser les risques et amener les opposants à accepter d’en gérer la régulation. Méthode inacceptable quand dans le même temps les personnels politiques se couchent devant les lobbies et s’apprêtent à lever le moratoire européen.

Tout aussi inacceptable le fait de « faciliter », sur le ton de la compassion humanitaire, l’accès aux médicaments génériques en le conditionnant à l’acceptation d’une aide alimentaire massivement composée de produits et graines génétiquement modifiés dont les stocks surabondants ne trouvent plus preneur dans leurs pays d’origine.

Inacceptable encore les atteintes aux systèmes de protection sociale, les privatisations rampantes que préfigure la politique de « décentralisation », les attaques contre le système de retraite par répartition et l’allongement programmée de la durée du travail.

Inacceptable toujours les expulsions violentes d’immigrés sans papiers contraints de quitter leurs pays d’origine pour cause de misères engendrées par les politiques libérales des pays les plus riches.

Les peuples du monde ne peuvent s’accommoder des seules règles marchandes et de la politique de croissance à tous crins.

Les champs du labour syndical n’ont donc plus de frontières. À l’occasion des mobilisations, qu’elles soient liées aux calendriers internationaux ou simplement dues à l’actualité locale, petit à petit se construisent des résistances solidaires et des offensives porteuses d’espoir. Face aux serres de l’OMC et de ses impacts locaux de plus en plus visibles, nous réussissons à construire avec d’autres et à poser des actes qui, s’ils n’ont pas toujours corps homogène, confèrent sens et unité aux luttes. Tous ces « machins » ne font pas encore une machine suffisamment forte pour soumettre et démettre l’OMC, mais la voie est ouverte de Seattle à Bamako en passant par le Larzac et les banlieues.

En tous lieux, la Confédération paysanne continuera à se mobiliser pour contribuer activement à changer le monde.

  • Confédération Paysanne
    104 rue Robespierre - 93170 Bagnolet
    tel +33 1 43 62 04 04 - fax +33 1 43 62 80 03 - courriel