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Campagnes Solidaires n° 178

oct 2003
 

EDITO

L’OMC enfin démasquée

François Dufour - Paysan dans la Manche, vice-président d’Attac

Depuis 1995, les 148 pays membres de l’OMC sont à l’œuvre pour accélérer le processus de globalisation des échanges et tirer profit au maximum de la prétendue dynamique commerciale, "idéologie des temps modernes", censée enfin guérir l’humanité de la pauvreté, de la faim et de la guerre.

La conférence de Cancún, la cinquième de l’OMC, semblait être dans l’avant-dernière ligne droite de la marchandisation de la totalité des activités de la planète, 2004 étant la dernière étape du calendrier prévu. Cependant Cancún restera comme une pierre noire pour une OMC en pleine ébullition. Tout d’abord, sous la pression des riches pays industrialisés, situés notamment au Nord, les échanges commerciaux idéalisés par les firmes transnationales sont loin de ne faire que des heureux sur la planète.

À Cancún, un groupe hétérogène de vingt et un pays, le G21, parmi lesquels de grandes puissances commerciales comme la Chine, l’Inde ou le Brésil, souhaite se faire entendre. Les orientations de l’OMC n’apportent pas à ses membres les bénéfices escomptés. La pauvreté s’accroît partout de façon alarmante, le service de la dette extérieure devient insupportable, les inégalités entre les citoyens n’ont jamais été aussi criantes. De plus, les pays ont conscience de perdre leur autonomie au profit du marché.

Ainsi, à propos du coton. En Afrique, le nombre de producteurs a été réduit de 10 millions en sept ans. Colère du délégué malien, face aux subventions des États-Unis et de l’UE : "Nous avons ajusté notre processus de production sous la pression du FMI et nous ne sommes toujours pas compétitifs. Pourtant le coton représente 60 % du PIB de nos pays ". Le G21 ne se laisse pas impressionner. Cancún révèle au grand jour l’hypocrisie des négociateurs venus là parapher des processus commerciaux tirant toujours la couverture en faveur des privilégiés.

À Doha en 2001, les négociations dans l’ombre avaient permis aux États-Unis de semer la division au sein des pays de l’ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique) les plus pauvres. À certains était promis un avantage sur le textile, à d’autres un arrangement sur les médicaments génériques. Doha avait laissé des séquelles, Cancún a permis aux pays pauvres de montrer au monde qu’ils existaient. Cette situation nouvelle est porteuse d’espérance.

L’agriculture est le dossier le plus récurrent. Les déversements d’excédents agricoles fortement subventionnés sur les pays du Sud leur sont tellement insupportables qu’ils accentuent les différends à l’OMC. De même les OGM sont devenus un tel enjeu commercial qu’ils éloignent toujours plus les peuples de la liberté de choisir leur alimentation.

Les milliers de paysans de Via Campesina bloqués à bonne distance du centre de Conférence derrière les remparts de grillages et de barbelés demandaient que l’OMC sorte de l’agriculture.

Si la suspension des négociations embarrasse certains, comme le commissaire européen Pascal Lamy, l’OMC est néanmoins bel et bien démasquée à la face du monde.

Le paysan coréen Lee Kyung Hae, responsable syndical, juché sur la barrière de barbelés, brandissait des panneaux où était écrit : "L’OMC tue l’agriculture, l’OMC tue les paysans". En s’ôtant la vie, face à ce véritable mur de la misère et de la honte, Lee restera comme le symbole politique de l’affrontement de ces deux mondes. Il aura contribué à faire tomber l’OMC à Cancún.

Si des millions de paysans, sacrifiés depuis 1995 par l’OMC, ont disparu de la production agricole, l’arrêt du processus des négociations à Cancún ne signifie pas que des orientations seront prises dans l’immédiat pour un monde meilleur. Cependant quel soulagement !

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