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Campagnes Solidaires n° 179

nov 2003
 

EDITO

Pendant ce temps là...

Marie-Hélène Chancelier - Productrice de lait de vache en Vendée, secrétaire générale de la Confédération paysanne

Ne laissons pas filer l’opportunité offerte par l’événement de Cancún, ne laissons pas filer (à l’anglaise) le nombre de paysans français, européens, mondiaux alors que l’étau se resserre autour des politiques libre-échangistes, sur productivistes, alors que le sursis ouvert à Cancún doit nous remettre à l’étrier, nous Confédération paysanne, au sein de la CPE et de Via campesina. En effet, plusieurs événements récents ou à venir renforcent notre action pour une autre politique agricole non plus basée sur l’exportation et les bas prix du cours mondial, mais sur la souveraineté alimentaire pour chaque grand groupe de pays : dès janvier 2004, la clause de paix tombe. Elle permettait à l’UE de ne pas être attaquée pour les subventions qu’elle verse de manière directe ou indirecte à ses producteurs ; l’Union européenne pourrait donc être contrainte de changer de politique agricole par l’Organe des règlements de l’OMC si le Brésil ou tout autre pays passait à la phase offensive. Fischler pourrait être contraint à remballer son projet, sa copie OMC compatible a du plomb dans l’aile.

La constitution européenne actuellement sur le métier est aussi un événement majeur pour l’avenir des Européens en général et des paysans en particulier. Nous devons saisir l’occasion qui nous est donnée par la concomitance des élections régionales avec la ratification de notre constitution. Lors de la période électorale qui commence déjà à poindre, profitons-en aussi pour appuyer fortement sur l’application du protocole de Carthagène pour le refus de l’importation d’OGM. La mayonnaise sans OGM prend dans les départements, par exemple dans l’Ariège où les élus se sont prononcés ouvertement. À cette requête, ajoutons celle des pesticides, débutons par le Gaucho et le Régent qui commencent à être battus en brèche, en particulier dans la région de notre ministre de l’Environnement. Pendant ce temps-là, la traque à ceux qui s’opposent aux OGM continue. En Isère, trois paysans de la Conf’ vont comparaître prochainement lors du procès du premier essai fauché. Les différentes actions ont permis de gagner plusieurs pas sur les multinationales : Monsanto tisse un mauvais coton, sentant le vent tourner, il migre. Par ailleurs, la Commission européenne vient de léguer la décision de lever le moratoire aux politiques. Ce procès arrive donc à un moment crucial. Il doit nous permettre de relancer le débat pour qu’aucun essai n’ait plus lieu en plein champ et que l’Europe tourne le dos aux OGM. Pendant ce temps-là, dans plusieurs départements fortement touchés par la sécheresse, les paysans de la Conf’ n’hésitent pas à faire valoir leur droit à un revenu minimum auprès des conseils généraux et de leur MSA puisque les fonds de calamité attribués sont insuffisants même pour assurer l’affouragement ou tout autre besoin nécessaire pour la survie de nos fermes. La loi rurale pondue en catimini par notre ministre et le syndicat majoritaire n’a rien à envier aux règles ultra-libérales de l’OMC. C’est un pot-pourri de « tout un peu » en forme de cadeau aux chasseurs, aux grosses sociétés agricoles et aux propriétaires. Pendant ce temps-là, à la Cisternette, les copains de la Conf’ luttent contre l’expulsion de David Périer. L’installation reconnue d’intérêt public et le droit d’usage doivent triompher, de nombreux élus voisins l’ont bien compris qui soutiennent ce jeune paysan. La proximité dans le temps et l’espace du FSE est une belle occasion pour raviver et fourbir nos outils pour notre plate-forme Pac, pour élargir le front syndical au sein de la CPE et de Via campesina, indispensable pour défendre la souveraineté alimentaire lors des prochaines négociations de l’OMC à Genève avant la fin 2003.

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