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Campagnes Solidaires n° 182fév 2004 |
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Il y a plus de vingt ans, Bernard Lambert pour la première fois remettait en cause le productivisme en agriculture. Cette prise de position fut une véritable rupture avec le discours dominant dans les lieux du pouvoir économique et politique. Basé sur la réalité de la vie dans les fermes, la logique de la Pac et la concentration des marchés, il démontrait que l’agriculture et les paysans sortaient de leur fonction, nourrir l’humanité, transmettre la fertilité de la terre, créer une intelligence du travail.
Depuis, cette réflexion s’est imposée à d’autres secteurs d’activité : santé, justice, énergie... De nombreux acteurs des mouvements sociaux réfléchissent sur la finalité sociale de leur travail. La Confédération paysanne, depuis sa création n’a cessé d’avancer dans cette voie.
Dénoncer le productivisme en agriculture, c’est s’inscrire dans un changement radical. C’est remettre en cause aussi bien l’idéologie du progrès selon laquelle il y a toujours une solution technique à un nouveau problème ; c’est contester la logique économique du « toujours plus » qui dégrade la qualité des produits et de l’environnement, et encourage la production hors sol facilement délocalisable. C’est remettre aussi en question les politiques institutionnelles (Pac, OMC) qui nient la spécificité de l’agriculture et le rôle des paysans dans le monde.
Mais cela ne suffit pas, il faut proposer et vivre d’autres solutions. C’est le projet des agricultures paysannes. Pour continuer le débat du premier colloque sur la décroissance en mars 2002 à l’Unesco, il faut défaire le productivisme pour construire l’agriculture.
Cela nous concerne tous, paysans, consommateurs, citoyens du monde. Chacun peut s’engager. C’est l’expérience formidable vécue lors du Forum social mondial de Mumbai en Inde où les mouvements sociaux ont pris le dessus dans la rue sur les débats académiques dans les salles. C’est la mobilisation des faucheurs volontaires contre les OGM et la résistance qui s’intensifie contre les firmes qui veulent imposer le Gaucho et le Régent.
La Confédération paysanne se doit de faire front et de rassembler autour d’elle, celles et ceux qui dans les campagnes sont victimes de ce modèle destructeur. La concentration industrielle met les paysans sur la paille. Après l’Union laitière normande il y a quelques années, c’est Parmalat, mastodonte de l’agroalimentaire qui défraie la chronique par ses malversations financières et entraîne la ruine de milliers de producteurs de lait en France et dans le monde.
La nouvelle Pac de Fischler va renforcer encore plus l’élimination des paysans par la baisse des prix agricoles et un alignement criminel sur les règles de l’OMC. L’heure est à la mobilisation pour faire échec à ce projet et son application nationale proposée par le ministre Gaymard.
Après la victoire de Cancún contre les diktats de l’Europe et des États-Unis à l’OMC, tout peut aujourd’hui être remis en question. Le temps n’est pas à la fatalité mais à la détermination.
Globalisons les luttes pour globaliser l’espoir.
Confédération Paysanne
104 rue Robespierre - 93170 Bagnolet
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