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Campagnes Solidaires n° 185

mai 2004
 

EDITO

Stratégique

Jean-Emile Sanchez - Moutonnier dans l’Aveyron, porte-parole de la Confédération paysanne

Le congrès a adopté à Strasbourg une motion stratégique - le terme lui-même en dit long sur la volonté de la Confédération paysanne - Changer de Pac. Il a ainsi émis un signal fort sur sa détermination de voir abrogés les accords de Luxembourg. Par cette motion notre syndicat se fixe les grandes lignes d’action pour les mois à venir.

Les congressistes étaient accueillis dans l’enceinte bleu horizon du Parlement européen, lieu symbolique s’il en est. Pour nous, cette institution qui n’a pas voix au chapitre sur les questions agricoles devra acquérir un réel pouvoir de décider. Ainsi le terme de Parlement retrouvera la plénitude de son sens, sera un véritable lieu de décisions. Contrairement à aujourd’hui, ces dernières ne seront plus dévolues à des structures non représentatives comme la Commission européenne.

Pour nous, il est fondamental de poursuivre le travail avec les organisations paysannes des dix pays qui viennent d’entrer dans l’UE. Loin d’être leur intégration, c’est bien de la désintégration de leur agriculture qu’il s’agit. Cyniquement, la Commission n’a-t-elle pas annoncé la disparition de 4 millions de paysans de ces pays-là, en incapacité qu’ils seraient de s’adapter aux lois du marché ? On sait ce que cela signifie en termes de migration des populations : ce sont eux que l’on retrouve déjà dans des régions d’agriculture intensive comme l’Andalousie ou encore aux feux rouges de nos villes à nettoyer les pare-brise.

Le congrès a réaffirmé une autre exigence, elle aussi à dimension européenne : celle de voir maintenu le moratoire concernant la culture des OGM. La Confédération paysanne a interpellé les nouveaux élus des instances régionales sur le sujet. À ce jour huit régions ont d’ores et déjà adopté des motions interdisant la culture d’OGM en plein champ sur leur territoire. Nous leur avons également demandé de peser pour l’abrogation des accords de Luxembourg, qui ne sont pas moins qu’un vaste plan social visant à éliminer bon nombre de paysans en Europe. Contrairement aux dires du gouvernement français, il n’est pas de décision sur laquelle on ne puisse revenir. Surtout si elle est néfaste. C’est possible quand on sait que la France ne respecte pas les termes du pacte de stabilité ou encore qu’elle n’a pas hésité à faire marche arrière pour réintégrer les droits des chômeurs « recalculés ».

Le congrès a réaffirmé son refus de voir graver dans le marbre des institutions, le marché comme valeur fondatrice de la Constitution européenne. Pour la Confédération paysanne, la souveraineté alimentaire doit au contraire en en être le socle. Motion stratégique donc, qui porte bien son nom et nous invite à exercer notre courage et notre détermination pour l’agriculture paysanne européenne.

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