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Campagnes Solidaires n° 186

juin 2004
 

EDITO

Une imposture néolibérale

Gérard Durand - paysan en Loire-Atlantique, secrétaire national de la Confédération paysanne

En cette période de construction européenne, il importe de saisir les enjeux du projet de Constiution pour l’UnIon, élaboré par la convention présidée par Valéry Giscard d’Estaing. Nombreux, y compris à gauche, croient en son potentiel démocratique et social. Pourtant, sous ses airs discrets, ce projet franchit un virage néolibéral décisif : il institutionnalise autoritairement, et pour un aller sans retour, l’assujettissement de l’Europe aux lois du marché.

Certes, on peut parler d’économie sociale, de développement durable, de commerce libre et équitable, de plein emploi. ..Mais dès lors que la première règle consiste à ne jamais fausser la concurrence commerciale, ces préoccupations ne font plus le poids et ne relèvent que d’un discours de circonstance.

Sinon, comment justifier les graves amputations de l’Europe sociale dans ce projet ? Les services publics (rajoutés dans le traité d’Amsterdam en 1997) ont disparu, les normes relatives à la protection sociale, aux droits des travailleurs, aux discriminations, sont soumises à l’unanimité. L’agriculture, premier budget de l’Europe, déterminante pour l’alimentation, pour l’occupation de l’espace et de l’environnement, n’est toujours définie que par le très productiviste Traité de Rome. Rien sur la souveraineté alimentaire ou sur le rôle joué par l’agriculture dans le maintien de la biodiversité !

Nous ne voulons pas de cette Europe des marchands, mais d’une Europe véritablement démocratique et sociale. De quelle démocratie parle-t-on ? La méthode choisie, travail en cercle fermé d’initiés, révèle un vrai déficit démocratique. Une Constitution ne peut être qu’évolutive et doit être l’émanation de l’attente de l’ensemble de la société civile. C’est pourquoi les élections européennes ont été l’occasion de le dire et de soutenir les candidats qui défendent nos valeurs. Les paysans de la Conf’ ont interpellé les listes et les partis sur la nécessité d’abroger les accords de Luxembourg, de maintenir le moratoire sur les OGM et de faire de la souveraineté alimentaire la valeur fondatrice de l’Europe agricole. Ne cédons pas au chantage de Maastricht : refuser une Europe néolibérale n’est pas agir contre la construction européenne. C’est, au contraire, accomplir le mandat imparti à la convention Giscard, celui de rapprocher l’Union européenne des citoyens.

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