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Campagnes Solidaires n° 190nov 2004 |
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La conjoncture n’invite plus à la chansonnette. Les recettes et le moral des paysans vont à l’inverse du baril de pétrole. Et ce n’est pas le rapport remis à Nicolas Sarkozy sur la réforme de la loi Galland (interdiction de vente à perte par la grande distribution) qui va les rassurer : les prix pourraient baisser de 10%, et jusqu’à 60% en période de promotion !
Les économistes alternatifs sont réduits au silence, dépités peut-être. Seuls les mitrons concoctant des recettes libérales ont accès aux cuisines des décideurs politiques. Même les plus usés reprennent du service. Michel Camdessus, ancien directeur général du Fonds monétaire international, proche de l’Opus Dei, livre son nouveau recueil, avec 110 potions éculées et indigestes : plus grande flexibilité et augmentation du temps de travail, possibilité de cumuler retraites et emploi à temps plein, réductions des services de l’Etat...
On croyait en avoir fini avec Pascal Lamy mais le voilà candidat au poste de directeur général de l’OMC avec le soutien... des USA. Celui qui voit dans le nouveau cycle de libéralisation commerciale un « cycle de développement » laisse tomber le masque de la social-démocratie, sous le regard satisfait de Bush et Blair.
Mais le meilleur nous vient d’Autriche, d’un dénommé Franz Fischler, commissaire européen ayant sévi jusqu’à ce début novembre à l’agriculture et qui qualifie sa dernière réforme de la Pac de « monument à l’ingéniosité ». Il revendique la paternité du découplage des aides publiques, de la fin des OCM, comme autant d’adaptations de la PAC à la modernité. « Les agriculteurs vont produire en fonction du marché », c’est à dire sous la dictature des centrales d’achat.
15 000 emplois sont menacés dans l’agroalimentaire, les dépôts de bilan ne se comptent plus en aviculture, viticulture, fruits et légumes. Et le prix du blé, effondré à 8 euros le quintal, « grâce » à la suppression de 5% de jachère réclamée par l’Association des producteurs de blé (AGPB), le bras financier de la FNSEA. Il y a un an, le blé valait deux fois plus cher... Alors les blocages de raffineries de pétrole pour arracher une ristourne de six centimes du litres apparaissent pour ce qu’elles sont : une manœuvre de diversion.
Mais les producteurs de lait n’acceptent pas que l’on achète leur silence avec une pièce d’un euro pour cent litre de lait. Mais les éleveurs de volailles réclament leur dû à la firme Doux... Alors, combien de temps, de jours, d’années, avant la mutinerie sur notre Potemkine agricole ? M’en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde où nous pourrions à notre tour être les plus forts ?
Confédération Paysanne
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