Jean-Emile Sanchez, paysan dans l’Aveyron, porte-parole de la Confédération paysanne
En juin dernier, le ministre de la Justice adressait une note à tous les procureurs et présidents des Tribunaux correctionnels afin qu’ils apportent une réponse rapide et sévère aux militants anti-OGM lors de leurs actions de neutralisation. Le 8 novembre, la décision de la présidente du Tribunal de grande instance de Toulouse a été d’une toute autre nature en reconnaissant le caractère collectif et solidaire de l’action d’arrachage de Meinville, en juillet dernier.
Le 17 novembre, l’intégrateur volailler Doux était condamné en appel pour modification arbitrire et unilatérale de contrats. La procédure de justice avait été engagée par plus d’une vingtaine de paysans, soutenus par la Confédération paysanne.
Le lendemain, à Toulouse, était examinée la demande des sociétés Bayer et BASF pour nullité de procédure à la suite de la mise en examen de responsables de ces deux multinationales. Celles-ci refusent toujours, avec la complicité du ministère de l’Agriculture, de reconnaître la dangerosité des pesticides Régent et Gaucho. Mais par la voix du procureur dans son dépositoire a été demandé que la procédure aille jusqu’au bout (décision du tribunal le 27 janvier 2005).
Ces trois événements judiciaires sont importants pour les combats que mène la Confédération paysanne. Ils sont une reconnaissance du bien-fondé de ces combats, mais également la démonstration que le droit doit faire partie de notre stratégie syndicale. La justice, contrairement au monde politique, est en train de bouger et de comprendre, bien au-delà du code pénal, les débats qui traversent la société civile et les différents enjeux autour des questions qui concernent l’environnement et la santé publique. Cette évolution n’est pas le fruit du hasard mais bien le résultat de nombreuses mobilisations, combats et procès dans lesquels nous avons été impliqués. Pour l’ensemble des revendications que nous portons, nous devons intégrer cette nouvelle donne. Le droit doit devenir un outil de plus dans notre combat syndical, même s’il ne doit en aucun cas se substituer à nos actions de terrain. Mais il serait inconcevable d’utiliser le droit pour faire aboutir nos revendications paysannes sans reconnaître l’absence quasi-totale de droit concernant les salariés agricoles immigrants. La situation dans laquelle ils se trouvent étant une des conséquences directes de la politique agricole commune, elle-même soumise aux exigences de l’OMC, nous devons nous battre en tant que paysans pour exiger et imposer le respect de la dignité humaine. Salariés agricoles et paysans, nous sommes tous des travailleurs de la terre : c’est ensemble que nous ferons respecter les droits existants et que nous en gagnerons de nouveaux.
SOMMAIRE
Dossier
Migrations et agriculture : Mondialisation des errances
Actualité
Aviculture : Ils ne se sont pas laissés plumer !
OGM : Belle victoire d’étape à Toulouse, « Un manque de transparence dans l’évaluation des risques »
Forum social européen : Douche froide à Londres
Séminaire européen : Déterminés à rester petits
Irradiation : Mon assiette sous rayon X
Point de vue
Le mal et l’Évin
International
Espagne : Dernière frontière pour un travail d’enfer
Agriculture paysanne
Andalousie : Sauvegarde de varietés traditionnelles
Migrations et agriculture : mondialisation des errances
Migrations et agriculture : mondialisation des errances
« Nous sommes tous des victimes de la mondialisation, assujettis à l’hégémonie des centrales d’achat qui dictent les prix, la manière de produire, de conditionner, et de commercialiser nos produits. Nous ne connaissons pas les 35 heures. Le travail est dur, ingrat et n’est pas rémunéré à sa juste valeur. » Telle est la litanie du paysan contemporain.
La difficulté de survivre et la disparition des petits paysans nous amènent à pleurer sur leur sort. Mais simultanément, l’acceptation d’un système de dépendance à base de subventions favorise l’industrialisation et la concentration de l’agroalimentaire. Nous cédions aux chants des sirènes de la machine, de la technicité, de la croissance exponentielle pour ne pas être balayés par la compétition. Nous avons rasé les haies, fait le vide hygiénique à coup de pesticides et nous nous sommes endettés dans la course au dernier cri de la tractorisation. Nous pensions contribuer ainsi à la future prospérité paysanne. Évidemment, nous étions poussés dans cette fuite en avant par les gouvernements successifs, le grand syndicat paysan et les experts scientifiques qui nous promettaient un âge d’or. Mais il nous a fallu déchanter rapidement et changer de direction.
La foi inébranlable dans la modernité, dans le progrès infaillible, dans l’instrumentalisation de l’univers par l’homme, commence à être ébranlée. L’homme apprenti sorcier omniscient, capable de manipuler la nature, de créer des substituts génétiques du vivant, de vaincre les maladies est un mythe réfuté par les endémies et les pathologies inhérentes à son mode de vie insouciant des dégâts qu’il génère. C’est dans ce contexte de crise que l’on doit comprendre l’immigration. « Ils voulaient de la main d’oeuvre et des hommes sont venus » . Nous avons donc invité chez nous ces machines humaines : elles ne se syndiquent pas, ne rechignent pas aux heures supplémentaires, hésitent à déclarer leurs accidents de travail. Il n’est pas nécessaire de les amortir, celles qui se détraquent et s’usent sont remplacées sans autre forme de procès. Point n’est besoin de loisirs, de culture pour ces robots. Leur vie est ailleurs... En France, on a créé les “contrats OMI”, procédure administrative qui permet de mettre des ouvriers soumis à disposition des employeurs. Cela fonctionne dans les Bouches-du-Rhône depuis trente ans et ce modèle commence à contaminer d’autres départements.
On a même vu des producteurs, très souvent industriels, se recommandant de l’agriculture biologique, oublier, dans leur course au profit, non seulement le respect de l’environnement mais aussi celui de leur personnel. Si le problème de l’exploitation n’est pas spécifiquement paysan, la justification elle, qui allègue de la fatalité “On ne peut pas faire autrement... !” traverse tous les régimes politiques.
Peter
ARCHIVES CAMPAGNES SOLIDAIRES
Chaque mois Campagnes Solidaires, le mensuel de la Conf' analyse en profondeur une question agricole ou rurale, ses dossiers permettent de mieux percevoir les enjeux souvent cachés de l'agro-industrie. Les dossiers sont disponibles en téléchargement 3 mois après leur parution.
TOUTES LES UNES
n° 253 juil/août 2010
Paysans solidaires face à la crise
n° 252 juin 2010
Les Amis : tout un monde au côté de la Confédération paysanne !
n° 251 mai 2010
L’agro-écologie, fertilisant naturel de l’agriculture paysanne ?
n° 250 avril 2010
Banlieue paysanne
n° 249 mars 2010
Plus d'abeilles, plus d'agriculture !
n° 248 fév 2010
Changeons les politiques agricoles, pas le climat
n° 247 janv 2010
Préserver les terres agricoles, une urgence d'utilité publique
n° 246 déc 2009
Santé en milieu rural : Agir, c’est vital !
n° 245 nov 2009
Le statut du fermage : Un droit à renforcer pour installer de nouveaux paysans
n° 244 oct 2009
S’associer en agriculture : s’y préparer pour bien réussir
n° 243 sept 2009
Poitou-Charentes : La force d’un réseau paysan
n° 242 juil/août 2009
Semer sa maison
n° 241 juin 2009
Polycultures paysannes
n° 240 mai 2009
Fruits et légumes : Portrait d’une filière hors Pac
n° 239 avril 2009
L'ardeur de la jeunesse
n° 238 mars 2009
Voleurs de terres !
n° 237 fév 2009
Comités d’action juridique : Les paysans se réapproprient ensemble leurs droits
n° 236 janv 2009
De nouvelles forces avec la Coordination européenne Via campesina
n° 235 déc 2008
Pas de Confédération paysanne sans paysannes !
n° 234 nov 2008
Bien-être animal : un bon sens à retrouver
n° 233 oct 2008
L'Aquitaine paysanne
n° 232 sept 2008
Changer de CAP, changer de PAC : c'est le moment de bouger !
n° 231 juil/août 2008
Biodiversité animale : races localisées contre races globalisées ?
n° 230 juin 2008
AlterTour : Champions de rien, curieux de tout
n° 229 mai 2008
Adieu moutons ?
n° 228 avril 2008
Accords de libre échange, Faire entendre notre voix paysanne
n° 227 mars 2008
La forêt, partie de campagne
n° 226 fév 2008
Sécurité sanitaire des aliments : Tirer parti d'une réglementation imprécise
n° 225 janv 2008
Le monde paysan, une vision d’avenir
n° 224 déc 2007
Des démarches foncièrement solidaires
n° 223 nov 2007
OGM : Marcher, un engagement de citoyen debout
n° 222 oct 2007
Amap : Aux paniers, citoyens !
n° 221 sept 2007
L’irradiation des aliments, au service d’une industrie agroalimentaire mondialisée
n° 220 juil/août 2007
20 ans en 20 dessins
n° 219 juin 2007
Appellations d’origine : Le marché contre l’authenticité ?
n° 218 mai 2007
L’apiculture : Pour le maintien de campagnes vivantes
n° 217 avril 2007
Syndicalisme et politique : Un couple inséparable ?
n° 216 mars 2007
La Confédération paysanne : Toujours là et de plus en plus indispensable
n° 215 fév 2007
Coopération, réinventons le rêve
n° 214 janv 2007
Souveraineté alimentaire : Un nouveau droit à imposer
n° 212 nov 2006
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Une nouvelle de Michel Curade : « Pourquoi si loin ? »
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Pesticides : pas de réduction sans volonté politique
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Maudite soit la dette
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Semence : Imposer les droits des paysans dans l’arène internationale
n° 199 sept 2005
Pac, OMC... : Machines à exclure les paysans
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L’OMC de la faim
n° 197 juin 2005
L’agriculture dans la tornade du changement climatique
n° 196 mai 2005
Petites fermes européennes : Plus rien à prouver, elles sont l’avenir de l’agriculture
n° 195 avril 2005
Le droit, terrain de luttes et de solidarités
n° 194 mars 2005
La vie confisquée : brevets, licences and Co
n° 193 fév 2005
Vital pour nos territoires, le cheval craint pour son avenir
n° 192 janv 2005
L’agriculture paysanne : Un engagement individuel, une dynamique collective
n° 191 déc 2004
Migrations et agriculture : mondialisation des errances
n° 190 nov 2004
Hors série > Transmission : Assurer son relais pour une retraite heureuse
n° 189 oct 2004
Energies paysannes - Soleil, bois, biogaz
n° 188 sept 2004
Enseignement agricole : Casser le moule
n° 187 juil/août 2004
Plus forts avec nos Amis
n° 186 juin 2004
Cultivons la désintensification
n° 185 mai 2004
Une Europe à 25, mais pour quoi faire ?
n° 184 avril 2004
Pesticides en procès, l’abeille au secours de la santé
n° 183 mars 2004
UE, la souveraineté alimentaire au coeur de la constitution
n° 182 fév 2004
Urgent : il faut décroître
n° 181 janv 2004
Les boutiques du capital
n° 180 déc 2003
Protégeons la protection sociale
n° 179 nov 2003
L’incinération, un brûlot pour la santé publique
n° 178 oct 2003
Si près de gagner, ne risquons pas de tout perdre !
n° 177 sept 2003
Fruits et légumes : un avenir à construire
n° 176 juil/août 2003
n° 175 juin 2003
Le développement rural, béquille verte de la PAC
n° 174 mai 2003
Pollutions animales : la thérapie ne doit pas tuer le malade
n° 173 avril 2003
Militer à chacun son histoire
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