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Campagnes Solidaires n° 193

fév 2005
 

EDITO

Mondialisons la lutte, mondialisons l’espoir !

Hong-Kong, le 17 décembre : quelques milliers de paysans du monde entier manifestent, déterminés. Les habitants de la mégapole où se tient le sommet de l’OMC les applaudissent, leur offre à boire, à manger. Forte de dizaines de millions d’adhérents en Asie, Via campesina confirme sa popularité, la reconnaissance du bien fondé de son combat. Dans quelques heures, neuf cents de ces paysans seront arrêtés par la police chinoise ; au même moment, les chefs et serviteurs du commerce mondial signeront sur leur dos un accord de dernière minute. Nous étions là avec une position claire : l’agriculture n’a pas sa place à l’OMC. Pour tout dire, l’OMC n’a pas sa place dans notre monde. En dix ans d’existence, l’organisation mondiale du commerce a montré tous les dégâts sociaux et environnementaux que peut commettre le dogme économique libéral. Nous étions là pour dire : dix ans d’OMC, ça suffit ! Mais le dragon bougeait encore à Hong-Kong. L’accord ouvre surtout la porte à la poursuite des négociations en vue de la suppression des barrières douanières. C’est la politique du pire pour toutes les paysanneries du monde : celles du Nord qui ne résisteront pas à l’ouverture de leurs frontières économiques aux produits concurrents à bas prix ; celles du Sud qui seront poussées à la folie productiviste au nom de politiques d’exportation laminant les cultures vivrières et les petits paysans. Dans ces conditions, et malgré l’accord budgétaire trouvé à Bruxelles le 16 décembre pour l’Union européenne, la Pac est en danger. Le pire pour une agriculture européenne sous perfusion de subventions serait que toute Pac disparaisse à la date échéance de 2013. Mais celle signée il y a trois ans à Luxembourg n’est pas viable : illégitime aux yeux des citoyens, elle l’est aussi des pays tiers. Prévu dans l’accord budgétaire de l’Union, un bilan sera fait en 2008. Nous avons d’ici là le devoir de tout faire pour imposer une autre politique agricole en Europe et d’autres relations marchandes dans le Monde. La souveraineté alimentaire doit en être le fondement. Elle doit redonner aux paysans le choix de leurs productions, l’accès à leurs marchés locaux, la reconnaissance de la société, un avenir en somme que l’OMC leur refuse. Aujourd’hui, que ce soit face à l’OMC ou face aux OGM de Monsanto et consorts, jamais la situation n’a été aussi grave pour les paysans, mais jamais nous n’avons eu de telles conditions pour renverser les monstres et les empêcher de nuire. Le slogan de Via campesina est plus que jamais pertinent : « Mondialisons la lutte, mondialisons l’espoir ! »

Gérard Durand, paysan en Loire-Atlantique, porte-parole de la Confédération paysanne
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