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Campagnes Solidaires n° 194

mars 2005
 

EDITO

Mauvais anniversaire

Ce printemps, l’OMC fêtera ses dix ans. En supprimant toutes les « entraves » au commerce mondial, ses mentors nous promettaient un avenir radieux : « S’il y a plus de commerce, disaient-ils, il y aura plus de croissance, synonyme tout à la fois de baisse du chômage et de répartition des richesses. » Dix ans plus tard, la réalité est tout autre. Si le produit intérieur brut (PIB) de certains pays a augmenté, en aucun cas cela a été au profit des populations.

Acculés à trouver à tout prix des dollars pour rembourser leur énorme dette, certains pays émergents, tel le Brésil, voient la solution dans l’agro-exportation. Ils inondent le marché mondial de produits à bas prix, détruisant l’agriculture des pays pauvres, à l’instar des puissances occidentales avec leur agriculture subventionnée. La dérégulation des échanges agricoles, voulu par les pays du Nord, est maintenant revendiquée par de nombreux pays du Sud. Tant est si bien que s’ajoute au traditionnel clivage Nord-Sud celui du Sud contre le Sud.

De plus en plus clairement s’affirme une opposition de modèles de développement : agriculture industrielle agro-exportatrice contre agriculture paysanne, vivrière et familiale. Plus généralement, la confusion autour de la libéralisation économique, présentée comme symbole de liberté, de modernité, donc de progrès, est majoritairement entretenue à droite comme à gauche. Pour s’en convaincre, regardons l’imposture qu’est le traité constitutionnel européen : pour une cuillère d’avancée démocratique, on nous noie dans une bassine de règles économiques néo-libérales dictées par l’OMC, le FMI ou la Banque mondiale, répondant aux intérêts des multinationales.

Face aux fractures de plus en plus criantes et insupportables, c’est à nous, syndicats et autres organisations du mouvement social, de dresser publiquement le bilan de ces dix dernières années. Nous le faisons à Porto-Alegre, où le Forum social mondial s’est montré à nouveau pertinent pour créer du lien entre toutes les luttes, sur tous les continents. Mais nous devons le faire surtout chez nous, en Europe et en France, en étant solidaires des plus durement touchés, participant par exemple aux différentes marches de ce printemps contre la précarisation de nos vies, interpellant sans cesse les responsables et les forces politiques. Dans ce sens et en tant que syndicalistes, nous devons à la fois défendre, face à une nouvelle Pac qui n’est pas la nôtre, la moins mauvaise de ses applications pour les paysans et porter le projet d’une autre politique agricole européenne, durable et solidaire.

C’est tout le sens de notre combat au jour le jour. Pour que cette OMC ne nous nuise pas dix ans de plus.

Gérard Durand, est pays en Loire-Atlantique et secrétaire national de la confédération paysanne
  • Confédération Paysanne
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