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Campagnes Solidaires n° 195

avril 2005
 

EDITO

Paysan, métier d’utilité publique

Nourrir les hommes est la fonction première des paysans, mais là n’est pas leur seule responsabilité. L’activité agricole occupe plus de la moitié de terres en France et, à ce titre, elle pose sur l’ensemble du territoire son empreinte économique, sociale et culturelle. Cette évidence semble pourtant échapper aux décideurs qui préparent la mise en œuvre de la nouvelle Politique agricole commune (Pac). Le ministre de l’Agriculture encourage la cessation de la production laitière, celui de l’Ecologie vante les usines à porcs de grandes tailles, relève le seuil (nombre d’animaux) des élevages de volailles ou de bovins soumis à autorisation avant implantation. Le syndicalisme majoritaire envisage les plans de cessation d’activité et la restructuration de l’agriculture comme le moyen d’adaptation souhaitable pour construire « une agriculture performante et compétitive », reprenant l’expression de Jacques Chirac et de la Commissaire européenne à l’agriculture, Mariann Fischer Boel. Cette évolution qui industrialise l’agriculture au seul profit de l’agrobusiness méprise les attentes de la société, tout en faisant crever les paysans du monde entier. De plus, elle se contredit : qui est performant et compétitif, entre un éleveur de chèvres sur 14 hectares de prairies, qui a un revenu de 11000 euros mais ne perçoit aucune prime, et un céréalier sur 300 hectares, qui a un revenu de 30000 euros alors qu’il reçoit près de 100 000 euros de primes européennes ? L’un crée de la richesse à partir de son travail et de la terre, l’autre absorbe et dilapide des fonds publics. Quelle est la réalité économique des prix qui conduisent à de telles incohérences ? La disparition des paysans s’accompagne toujours d’un recours à des artifices qui, à force d’accumulation, deviennent insupportables : simplification des systèmes agronomiques jusqu’à la monoculture, recours à des traitements pesticides, bientôt si on n’y prend garde aux OGM, concentration animale de plus en plus importante dans les élevages, matériel plus puissant, plus vorace en énergie, nécessitant pour son utilisation la suppression des haies, des arbres, des talus... Ce sont les paysannes et les paysans qui prennent le temps, qui soignent et entretiennent, pas les machines. Ce sont les femmes et les hommes qui font vivre les territoires, pas les machines. Le métier de paysan doit être reconnu d’utilité publique. Il l’est déjà par la société. Il mérite et a besoin d’un autre cadre politique qui lui garantisse cette reconnaissance, donc une autre Pac.

Jacques Pasquier, est paysan dans la Vienne, et membre du comité national de la Confédération paysanne
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