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Campagnes Solidaires n° 196mai 2005 |
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Le projet de loi d’orientation agricole (LOA), présenté à la mi-mai par le ministre français de l’Agriculture, augure de beaux jours pour les ultra-libéraux. Ces entrepreneurs ne reculeront ni devant la concentration, l’agrandissement, la spéculation, l’exploitation de la main d’œuvre, la précarisation, ni devant la nouvelle manne qu’offrent « les besoins non alimentaires ». Les 20% de nantis qui touchent 80% des aides peuvent être satisfaits : le ministère a répondu avec diligence à leurs doléances. Le vent de libéralisation parti de l’OMC, gonflé par la Pac, se transforme en tornade destructrice pour nos campagnes.
A la Confédération paysanne, nous avons des valeurs fortes que nous défendons contre vents et marées, des convictions pour lesquelles nous nous battons : un monde plus solidaire, plus équitable, plus respectueux des femmes et des hommes et des ressources naturelles avec lesquelles nous travaillons. Une société où les petites fermes sont riches de sens : celui d’une paysannerie nombreuse répartie sur tous les territoires, de paysans et paysannes fier-es de leur métier, fier-es de nourrir, de privilégier les relations locales et l’autonomie, de répondre aux attentes de la société.
Défendre les petites fermes, unités de base de l’agriculture paysanne, c’est s’opposer à l’agriculture industrielle plus ou moins cachée derrière l’agriculture raisonnée. C’est prendre l’orientation inverse d’un projet de loi qui, transformant nos fermes en entreprises, marchandise nos vies, à l’image du nouveau fonds agricole. Les plus gros toucheront le fonds, les petit toucheront le fond : sinistre jeu de maux libéraux.
Au lieu de nous agrandir, il nous faut partager, démanteler. Au lieu de capitaliser, il nous faut améliorer et mieux répartir les plus values. Au lieu d’exploiter le salariat à coup de baisse de charges, il nous faut tout mettre en œuvre pour développer de vrais emplois paysans, redevenir maître de tous nos outils de travail et choisir à travers cette réappropriation un autre choix d’agriculture, un autre choix de société.
Celles et ceux qui appellent à voter « oui » le 29 mai au référendum sur le traité constitutionnel européen sont les mêmes qui n’envisagent pas de redistribution des soutiens publics. Les mêmes qui, occultant le débat parlementaire sur la LOA, prévoient de légiférer par ordonnance. Les mêmes qui disent répondre à nos attentes et restent sourds à nos revendications.
Si nous disons « non » à ce traité constitutionnel, non à la Pac, non à cette nouvelle loi, c’est pour dire « oui » à l’Europe, à une autre Pac, à une nouvelle politique agricole qui maintiendra et réinstallera des petites fermes par milliers. Dans l’intérêt de tous, cette fois.
Chantal Jacovetti est paysanne en Lozère et secrétaire nationale de la Confédération paysanneConfédération Paysanne
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