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Campagnes Solidaires n° 205

mars 2006
 

EDITO

Oser lutter pour oser vaincre*

Nous vivons dans un monde où toutes et tous subissons les dérèglements climatiques, économiques et sanitaires engendrés par une poignée de nantis, gérant le profit à court terme d’une société capitaliste obnubilée par la croissance.

Nous consommons au-dessus de nos moyens et de façon inéquitable. Pour satisfaire ses envies, un Américain a besoin de 9,7 hectares de la planète, un Français de 5,3 quand notre empreinte écologique ne devrait être que de 1,8 hectare par habitant. Tous les voyants sont au rouge : l’avenir de l’humanité est en jeu !

Les paysans sont en première ligne et le plus souvent les premières victimes. La spécialisation agricole et sa vocation exportatrice touchent tous les pays, chacun se targuant de pouvoir répondre à la demande de l’autre. Le Brésil déforeste pour semer des millions d’hectares de soja, expulsant les petits paysans, rayant de la carte de nombreux peuples indigènes. En Chine, en moins de dix ans, plus de 125 millions de personnes ont été virées de leur terre manu militari. En France, certains projettent qu’il ne restera, d’ici une décennie, que 150 000 entrepreneurs agricoles adaptés aux marchés mondiaux et à leur modèle industriel !

Cette logique implique des modes de production à l’encontre de nos besoins vitaux et de notre envie d’être et de rester paysan : la terre n’est plus nourricière, elle devient un simple support pour de la monoculture et de l’élevage de masse, pour répondre aux soi disant nouveaux besoins en biocarburant ou en biomasse sans remettre en cause notre mode de vie.

Une agriculture mortifère et énergivore, qui pollue notre environnement et notre santé, condamne la biodiversité, asservit les paysan-ne-s, et veut nous imposer avec les OGM !

Nous, nous ne voulons pas perdre le sens de la terre, le sens de la vie.

Pour la première fois un forum social mondial se déroulait en Afrique ; plus de 40 pays africains étaient représentés à Bamako en janvier.

Au Mali, la nouvelle loi d’orientation agricole bientôt ratifiée a pour socles fondamentaux la souveraineté alimentaire et l’égalité entre femmes et hommes. Cette victoire pour les paysans est révélatrice du travail conduit depuis dix ans à travers le monde par tous les syndicats de Via campesina.

C’est dans ce prolongement que le premier forum mondial sur la souveraineté alimentaire se tiendra à Sélingué, au Mali, en février 2007.

Les paysans maliens lui ont donné le nom de Nyéléni, femme légendaire d’Afrique, mère nourricière qui a domestiqué le fonio et le petit mil en faisant reconnaître les droits égalitaires des paysannes pour l’accès à la terre. Nyéléni redonnera la vie aux paysans du Monde. A nous tous qui, comme elle, oserons lutter.

Chantal Jacovetti, paysanne en Lozère, secrétaire nationale et directrice de publication de Campagnes Solidaires

* Ce slogan est inscrit sur le Pont des Martyrs à Bamako, en l’honneur de ceux et celles qui sont morts le 21 mars 1991, tués par la dictature.
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