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Campagnes Solidaires n° 208

juin 2006
 

EDITO

En janvier 2007, il va se passer quelque chose !

Christian Boisgontier, paysan dans l’Orne.

Deux jours d’assemblée générale fin avril auront permis aux paysans de la Confédération de se redire combien le temps des élections aux chambres d’agriculture est d’abord celui où l’on se compte syndicalement, tous les six ans, en dénombrant les paysans qui soutiennent notre projet, notre combat.

Dans un contexte de profond malaise dans les campagnes, de productions en crise, d’overdose administrative et d’injustices dans la nouvelle Pac, la marche forcée vers une mondialisation qui décime les paysans nous oblige à penser qu’il va forcément se passer quelque chose en janvier 2007.

Jamais le syndicalisme jusque-là majoritaire n’a atteint une telle transparence sur le dessein qu’il nourrit pour les agriculteurs français, en totale symbiose avec le ministère de l’Agriculture. Au lendemain de sa nomination en 2004, le ministre déclarait être allé chercher sa feuille de route à la Fnsea, à tel point que certains l’appellent « Jean-Michel » Bussereau, assemblage de son nom et du prénom du président de la « fédé ».

Sa loi d’orientation créant le fond agricole, le bail cessible, l’assurance-récolte, est un copié-collé du rapport d’orientation du syndicat de la rue de la Baume. Une première mouture de ce rapport affirmait que « parler de prix rémunérateurs relève de l’incantation ».

L’application de l’accord de Luxembourg réformant la Pac le confirme. De nombreuses options nationales étaient possibles pour atténuer les effets pervers d’un accord transformant en rente historique les aides compensatoires au revenu.

Le choix allemand de la mutualisation va permettre de répartir progressivement les DPU (droits à paiement unique) plus équitablement et sur toutes les surfaces productives. Mais le ministre a tranché : « La France n’optera pas pour la régionalisation parce que la Fnsea n’en veut pas ». Ce que confirmait « Dominique » Lemétayer lors du congrès de la Fnsea, en mars dernier : « La politique agricole ne peut se faire sans nous. » De ce fait, 70 % des aides continueront à aller chez 20% des plus gros agriculteurs.

Jamais la confrontation électorale n’aura été aussi limpide entre les deux principaux courants syndicaux, deux visions antagonistes, inconciliables, de l’agriculture, de l’alimentation, de l’environnement, de l’organisation des échanges internationaux. D’autres structures syndicales tenteront légitimement de récolter une plus grande reconnaissance, mais leur quasi-absence depuis six ans dans les conflits professionnels ne les range pas dans le camp de l’espoir.

L’agriculture française est malade, notamment de consanguinité, faute de renouvellement dans les chambres où, depuis soixante ans, on ne se reproduit qu’en famille. 650 000 paysans seront appelés aux urnes en janvier 2007 pour choisir leur avenir : il est inconcevable que 500 000 d’entre eux votent pour leur disparition, acceptée voire programmée par la Fnsea.

Soixante ans, c’est l’âge de la retraite pour la « fédé » et son rêve de réduire l’agriculture française à 150 000 agrimanagers. Vingt ans - elle les aura en 2007 - c’est toute la force de la jeunesse pour la Conf’, celle nécessaire pour reconstruire un avenir aux paysans !

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