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Campagnes Solidaires n° 209

juil/août 2006
 

EDITO

Foutoir

Léon Maillé, paysan en Aveyron

Afin d’être prise au sérieux et respectée, la justice devrait être exemplaire. Hélas, dans la même semaine en ce début juin, elle nous a servi de drôles d’exemples.

A Marseille, un entraîneur de foot, pour vingt-deux millions d’euros détournés, a écopé d’une facture judiciaire de quinze mois ferme. A ce tarif, José Bové pour un épi de maïs de trente centimes d’euro n’aurait du être condamné qu’à une demi-seconde de prison (1). Par contre, au tarif de Bové, l’entraîneur devrait y rester deux cent vingt milles siècles !

Equitable ? Et que dire des délires des procureurs des cours d’appel d’Orléans et de Montpellier allant jusqu’à réclamer trois et huit mois de prison ferme contre Jean-Emile Sanchez (cf p.4-5 et 10) pour avoir participé à une action de neutralisation d’OGM et avoir, au cours d’une action de défense du revenu des éleveurs laitiers, en tant que porte-parole de la Confédération paysanne, prévenu Lactalis de possibles blocages d’usines ?

Le PDG de Besnier, devenu Lactalis, n’a pris lui que six mois avec sursis suite à la fraude de 700 millions de litres de lait... Au tarif Bové, avec un profit estimé à trente millions d’euros, ça ferait bien trois cent mille siècles de prison !

Dans les Alpes, l’incendie d’un centre équestre ayant provoqué huit morts, la procureure du tribunal correctionnel de Chambéry a sermonné le négligent directeur du centre : « Votre attitude est à la limite de la mise en danger d’autrui ». Les faucheurs d’OGM et les confisqueurs du Régent, pesticide tueur d’abeilles devenu interdit, et qui eux protégent la santé d’autrui, sont lourdement sanctionnés. Comprenne qui pourra !

Encore plus scandaleux : ceux qui, à longueurs d’audience, donnent des leçons à des délinquants, sont incapables de tirer les conséquences de la catastrophe judiciaire qu’a été l’affaire d’Outreau. L’inspection judiciaire a pourtant déclaré que tout avait bien fonctionné : c’est dire si l’institution est malade ...

Comment admettre que ceux qui sont chargés de punir l’ « irresponsabilité » des citoyens ne soient responsables de rien ? N’est-ce pas envers eux-mêmes que devrait s’appliquer la plus grande sévérité ? Obtus de droits... ils en dérivent tout de travers, sans même s’en rendre compte. Malgré ce, avec les mêmes textes de lois, des magistrats prennent parfois des décisions courageuses et intelligentes. Pourquoi n’est-ce pas toujours le cas ?


(1) José Bové a été condamné à l’automne 2005 à quatre mois de prison ferme par la cour d’appel de Toulouse pour avoir participer à une action de neutralisation d’OGM à Menville (31), en 2004. Chaque participant à cette action avait symboliquement arraché un épi de maïs. La Cour de cassation devrait se prononcer à l’automne sur cette affaire.

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