accueil > Campagnes Solidaires

a

Campagnes Solidaires n° 211

oct 2006
 

EDITO

Une feuille de route à coup de matraque

Chantal Jacovetti, paysanne en Lozère,
directrice de publication de Campagnes solidaires


« Je fais ce que je veux, je suis aux manettes et j'assume ». Voilà en quels termes le ministre de l’Agriculture s’exprimait devant le secrétariat national de la Confédération paysanne cet été.

Du mépris de la représentativité syndicale dans les offices à l'interdiction faite aux syndicats minoritaires de siéger dans certaines interprofessions, le diktat du ministre, respectant en cela la feuille de route reçue de la Fnsea, rejaillit partout.

Le procédé pour définir les nouvelles politiques de financement des aides à l’installation en est encore la preuve. Premier acte : Dominique Bussereau décrète que seuls les Jeunes agriculteurs (JA) sont habilités pour répondre aux problèmes de l'installation et traiter de l’accès à la dotation « jeunes agriculteurs » (DJA) dans le cadre du règlement européen de développement rural. Deuxième acte : il délègue aux JA, en lien avec les services de l’Etat, l'organisation en juin dernier de la concertation sous forme d'assises régionales. La branche de la Fnsea devient directement le sous-traitant pour le ministère d’un dossier majeur aux dimensions européennes !

Le ministre de l’Agriculture se positionne ainsi ouvertement contre ceux et celles qui se battent pour une autre agriculture, pour la biodiversité, pour l'autonomie dans leur métier, pour leur droit au revenu, pour la démocratie syndicale. Des déclarations condamnant la résistance au passage en force des OGM dans les champs aux poursuites devant les tribunaux des actions de défense du revenu, jusqu’au matraquage du porte-parole de la Confédération paysanne réclamant le respect du pluralisme dans les offices, tout est mis en oeuvre pour faire peur, pour empêcher de dénoncer et d'agir, pour faire taire.

Bien sûr, nous ne nous tairons pas : nous étions encore hier dans les locaux du Crédit agricole en Languedoc pour dénoncer la non-assistance aux vignerons en danger, nous sommes aujourd’hui avec les paysans qui ont entamé à la mi-septembre dans les Côtes-d'Amor un jeûne tournant collectif de protestation contre l'inéquité des répartitions des aides publiques.

La défense au quotidien des paysans est notre raison d’être syndicalistes.


Nous serons pour cela encore le 27 octobre à Vienne : Jean-Emile Sanchez, porte-parole national au moment des faits, est poursuivi pour avoir participé à une action de protestation contre la baisse du prix du lait payé aux producteurs. C’était fin 2004 dans une usine du groupe Danone. Pauvre Danone : le bénéfice net courant du groupe s’établit à 614 millions d’euros au premier semestre 2006 contre 502 millions d’euros au premier semestre 2005, soit une nouvelle progression de +22,3%.

Pendant ce temps, le prix du lait a encore été payé 26 euros de moins par tonne aux éleveurs…
Il ne déplaira sans doute pas à Dominique Bussereau et à ses mentors que le syndicat qui ose protester soit sévèrement condamné… Les élections aux chambres d’agriculture, en janvier, leur diront ce qu’en pensent les paysans !





  • Confédération Paysanne
    104 rue Robespierre - 93170 Bagnolet
    tel +33 1 43 62 04 04 - fax +33 1 43 62 80 03 - courriel