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Campagnes Solidaires n° 221

sept 2007
 

EDITO

Grenelle de rupture ou Grenelle de pacotille ?


Jacques Pasquier, paysan dans la Vienne,
membre du Secrétariat national de la Confédération paysanne

En 2005, la France a doté sa Constitution d'une Charte de l'environnement en dix principes mais qui n'ont pour l'heure rien changé. Le Grenelle de l’environnement sera-t-il une grand'messe de plus, opération de séduction et de communication, ou bien la réflexion collective débouchera-t-elle sur des décisions fortes en matière de politiques des transports, des déchets, de l'énergie, de l'agriculture ? Rien n'est sûr mais nous avons déjà compris que le nucléaire n'y serait pas à l'ordre du jour !


Jean-Louis Borloo, super ministre de l'Ecologie et du Développement durable, nous promet un vrai débat sur les organismes génétiquement modifiés dans le cadre de ce Grenelle. Il a d'abord fallu se bagarrer pour traiter de cette question sous toutes ses facettes puisqu'elle avait été confiée au seul groupe « santé » comme si elle ne concernait ni l'agriculture, ni la biodiversité.

Les ONG (organisations non gouvernementales) et nous-mêmes, Confédération paysanne, avons fait du moratoire sur les cultures transgéniques en plein champ, un préalable absolu. Comment débattre alors que le maïs de Monsanto pousse sur 22 000 hectares et pollue les cultures alentours ?

Comment débattre quand quelques semenciers imposent les OGM bien que 86% des Français et 62 % des agriculteurs n'en veulent pas ? Si le Grenelle devait discuter des règles de leur coexistence avec les cultures conventionnelles, ce serait peine perdue. Partout où des plantes génétiquement modifiées ont été cultivés, elles ont pollué les productions. Par contre, discutons du droit à cultiver et à se nourrir sans OGM, de responsabilité financière et juridique de ceux qui contamineraient les productions conventionnelles avec ce type d’organismes.


Le Grenelle devra aussi aborder la Politique agricole commune et de son budget. Véritable incitation à l'intensification, à la spécialisation et à la concentration de la production, à la standardisation des produits, ce levier doit être utilisé pour changer les pratiques de production, de transformation et de commercialisation. Nous avons besoin d'une agriculture diversifiée pour une alimentation diversifiée, condition de santé, d'équilibre et de sécurité alimentaires.


Formation, recherche indépendante forte pour une expertise scientifique sereine, expertise citoyenne, voilà autant de domaines à conforter. La régulation de la publicité éviterait la désinformation, notamment pour les pesticides et parfois les produits alimentaires.


Espérons que les propositions retenues seront en rupture avec ce que l'on connaît actuellement. Il faut intégrer la question de l'environnement en amont des prises de décisions et ne plus croire aveuglément au supposé pouvoir absolu de la technologie ou de la technoscience qui en fait, bien souvent ne court qu'après ses propres excès.

  • Confédération Paysanne
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