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Campagnes Solidaires n° 222

oct 2007
 

EDITO

Une autre Pac, mais pas la Sarkopac !


Philippe Babaudou,
paysan en Haute-Vienne,
porte-parole de la Confédération paysanne du Limousin

A la fois flou et contradictoire, pompeux et populiste, le discours du président de la République au Space (1), à Rennes le 11 septembre 2007, n’a conquis que le parterre des personnalités agricoles présentes et largement flattées par ailleurs.


Nicolas Sarkozy promet de faire rimer rupture avec agriculture en proposant dès 2008 une réforme de la Pac, « pour que les agriculteurs vivent du prix de leur productions plutôt que des subventions ». On a envie de dire « chiche » ! Sauf que la méthode proposée ne tient pas la route. D’une part, en voulant précipiter le calendrier, le chef de l’Etat donne raison à ceux qui pensent que la Pac ne doit plus exister car elle coûte trop cher. D’autre part, les orientations qu’il présente sont tellement contradictoires qu’à terme, faute d’objectifs clairs, la politique agricole de l’Europe sera vidée de son sens.


La Commission européenne ne s’y est pas trompée en soulignant sa convergence de vue avec le Président français : la « rupture » promise serait en fait très compatible avec le démantèlement de la Pac entamé depuis 2003.


Faire croire que l’augmentation du cours des matières premières végétales est la preuve que « les agriculteurs peuvent vivre des prix de leur produits plutôt que des subventions » est une double supercherie. D’abord parce que l’augmentation du prix des céréales, liée à la fois à des éléments de conjoncture et à beaucoup de spéculations, peut ne pas être durable. Ensuite parce que cela va entraîner une baisse considérable des revenus des éleveurs, tributaires de ces céréales pour l’alimentation de leurs animaux.

Faire croire que l’agriculture devra à la fois et sans régulation nourrir les hommes, produire des agrocarburants et de la biomasse énergie, est une absurdité. Dans une économie de marché, les producteurs se tourneront toujours vers l’activité la plus rémunératrice, et ce ne sera sans doute pas vers l’alimentation.

Faire croire que la préférence communautaire appliquée à l’Europe est compatible avec le développement de nos exportations agro-alimentaires, c’est nier le droit aux peuples de développer leur propre agriculture, et c’est jeter à la rue des milliers de paysans qui grossiront les bidonvilles puis les bateaux de clandestins que M. Sarkozy renverra ensuite dans leurs pays.


Oui, il faut une rupture avec la Pac actuelle. Une rupture dans un premier temps avec la répartition inégale des aides publiques, mais très vite et sans doute plus tôt que prévue, une redéfinition complète des objectifs et des moyens pour des politiques agricoles cohérentes, répondant aux besoins alimentaires locaux et aux contraintes environnementales.


(1) Salon international de l’élevage, vitrine de l’agriculture industrielle

104 rue Robespierre - 93170 Bagnolet
tel +33 1 43 62 04 04 - fax +33 1 43 62 80 03 - courriel
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