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Campagnes Solidaires n° 223nov 2007 |
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Depuis quelques mois, les cours de certaines matières premières agricoles (céréales) ou produits agroalimentaires (beurre et poudre de lait) connaissent des hausses spectaculaires, de l’ordre de 40 à 80%. Faut-il s’en réjouir ? Ou convient-il de s’en inquiéter ? On serait tenté de dire « les deux » !
Certes, on peut s’en réjouir, parce que nous revendiquons depuis toujours des prix agricoles rémunérateurs. Il serait hypocrite de faire la moue face à des prix couvrant les coûts de production et rémunérant le travail. Mais s’arrêter à ce constat serait faire preuve d’une vision bien étroite de la réalité. Car à quoi avons-nous à faire ?
Pour ce qui est des céréales, tout au moins, nous voyons ici la pleine application de l’économie de marché mondialisée. Le processus à l’œuvre est bien connu : demande supérieure à l’offre, absence de stock tampon, aléas climatiques dans certaines régions du monde, hausse brutale des cours, psychose des marchés, entrée en lice de gros opérateurs spéculateurs flairant la bonne affaire… Rajoutez là-dessus la crainte de tensions à venir entre alimentation et développement des agrocarburants : la boucle est bouclée…
Pas plus que les marchés financiers, celui des céréales ne reflète une quelconque réalité. Nous sommes dans l’irrationnel, la démesure, dans le phénomène bien connu de balancier. Malgré l’euphorie du moment, il est une certitude intangible : plus le balancier ira loin à la hausse, plus sa course ira bas, très bas lorsque « les signaux du marché » se seront inversés.
Il y a déjà quinze ans, Philippe Chalmin, professeur d’économie à l’Université Paris Dauphine, décrivait parfaitement ce scénario devant le comité national de la Confédération paysanne. Pour lui, « l’instabilité des marchés est le véritable moteur de l’économie ». Voilà comment cela procède : « après la crise qui a saisi le marché par la disparition des plus faibles et moins compétitifs, on assiste à l’embellie des cours. Celle-ci entraîne la croissance des investissements et des facteurs de production, ce qui aboutit à la saturation des marchés, l’offre devient supérieure à la demande, les cours s’effondrent, c’est la crise, un cycle est bouclé ! »
On va donc assister dans les prochains mois à une offensive des libéraux productivistes, visant à faire sauter tout ce qui peut rester de freins à la production et à la concentration. A l’heure où il est beaucoup question d’environnement, on ose à peine imaginer l’impact du prix des céréales sur la consommation d’engrais et autres phytosanitaires, OGM et Cie.
Une chose est sûre : avec des DPU (1) confortables et le cours élevé des céréales, les plus grandes exploitations vont rapidement se constituer d’épais matelas financiers au service de la concentration et de la spéculation foncière.
Si les paysans que nous sommes ne veulent pas être emportés par la vague, nous devrons rapidement imposer des outils de maîtrise, de répartition, de régulation et de stabilité des marchés.
Confédération Paysanne
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