Jacques Pasquier, paysan dans la Vienne,
secrétaire national de la Confédération paysanne
L'annonce faite le 11 janvier par le gouvernement français de l’activation de la clause de sauvegarde sur le maïs transgénique Mon 810 est une étape importante vers une agriculture et une alimentation sans OGM. C'est aussi la reconnaissance d'un combat mené depuis dix ans - presque jour pour jour - par la Confédération paysanne : le 8 janvier 1998, six mois après la première action de fauchage de colza transgénique à Saint-Georges-d’Espéranche (Isère), les militants de la Confédération neutralisaient à Nérac (Lot-et-Garonne) les semences du premier maïs génétiquement modifié destiné à être cultivé en France.
Aujourd’hui, l’occasion est belle pour la Confédération paysanne de remercier toutes celles et tous ceux qui se sont levés durant toutes ces années pour empêcher l’invasion transgénique de nos champs : paysans qui ont refusé et refusent une technologie hasardeuse, militants qui ont décidé – malgré les risques encourus - de désobéir, citoyens, associations, chercheurs, journalistes ou responsables politiques qui ont apporté leur énergie et leur compétence au service d’une salvatrice prise de conscience, et plus largement toutes celles et tous ceux qui soutiennent les paysans et leur syndicat dans cette lutte.
La partie n’est pas encore définitivement gagnée. Dans les semaines et les mois à venir, l’activation de la clause de sauvegarde – qui garantirait de fait l’absence de culture transgénique commerciale en France en 2008 - devra être confirmée par une loi qui garantira le droit pour tous à produire et consommer sans OGM.
Dès le 11 janvier, les semenciers ont relancé leurs puissants relais à la Fnsea et dans les méandres du pouvoir économique et politique. Le président de l’Assemblée nationale, bien avant le passage du projet de loi devant son hémicycle, a déjà porté une violente charge contre la décision gouvernementale. En même temps que le premier ministre annonçait que des doutes sanitaires et environnementaux justifiaient la mise en œuvre du principe de précaution, il ajoutait que la technologie OGM aurait un intérêt pour « relever les défis alimentaires et environnementaux » et qu’il multiplierait par huit les crédits dédiés aux « biotechnologies », à hauteur de 45 millions d’euros.
Pour la Confédération paysanne, les enjeux alimentaires et environnementaux, les problèmes actuels de l'agriculture et de l'alimentation ne peuvent trouver leurs réponses dans des technologies qui ne respectent ni les territoires, ni les savoir-faire paysans, ni la diversité biologique et alimentaire.
Cette résistance contre les OGM n'est qu'une des batailles que nous menons pour obtenir de nouvelles politiques agricoles alimentaires qui soient aussi environnementales et sociales.
Une nouvelle année de lutte commence donc, avec une énergie décuplée par cette première bonne nouvelle. Nous avons tant à faire ensemble !
SOMMAIRE
Dossier :
Sécurité sanitaire des aliments : Tirer parti d’une réglementation imprécise
Actualité
OGM : Journal d’un paysan gréviste de la faim
Semences : Un traité pour préserver la biodiversité des semences agricoles<
Enseignement agricole : Vers la disparition des lycées agricoles publics
Lait : L’Europe veut la peau du lait
Via campesina : Un mois sans mari au lit !
Vie syndicale
Point de vue
Franchises sur les soins : des mesures injustes et inefficaces
Internationales
Equateur : Une mine de résistances pour les paysans d’Intag
Portrait
Maire en campagne
Initiatives
Arrêt sur image : Lactalis stérilise le camembert et la liberté d’expression
Terrains
Ille-et-Vilaine, Loire-Atlantique
Courrier
Annonces
DOSSIER
Sécurité sanitaire des aliments : Tirer parti d'une réglementation imprécise
Sécurité sanitaire des aliments : Tirer parti d'une réglementation imprécise
En quelques années, la conception de la gestion des risques sanitaires est passée de la maîtrise de quelques grandes maladies transmissibles à l’homme (brucellose, tuberculose) à un objectif global de maîtrise de la totalité des risques pouvant toucher les consommateurs. Les opérateurs de la production primaire – les paysans et les pêcheurs en langage communautaire – sont désormais responsables de la sécurité et de la traçabilité de leurs produits.
L’approche « sécuritaire » prônée par l’administration repose sur la recherche de la qualité microbienne des produits alimentaires et l’absence, ou la présence à des teneurs faibles, de certains constituants chimiques. Elle ignore la nature des processus qui ont permis leur élaboration (modes de culture, d’élevage, de transformation et de stockage).
Pour la Confédération paysanne, cette approche est fortement réductrice. La qualité sanitaire d’un aliment est étroitement liée à ses qualités intrinsèques. Il s’agit d’une démarche globale qui repose notamment sur des connaissances empiriques détenues par les paysans.
L’évaluation des risques fondée sur les seuls critères de l’expertise scientifique débouche sur des scénarii de gestion sanitaire permettant de répondre au développement des échanges mondiaux et à l’évolution vers des politiques plus libérales. Ce type de gestion conforte l’agriculture industrialisée, seule capable d’exporter à grande échelle et met à mal les modèles de production traditionnels ou alternatifs.
Mais ne perdons pas espoir : la nouvelle réglementation sur la sécurité sanitaire des aliments présente des lacunes et des imprécisions dans lesquelles nous, paysans, pouvons trouver des parades, élaborer des références, négocier des contraintes en adéquation avec nos savoir-faire. C’est une occasion de nous approprier le droit en sachant, comme le dit Jean Designe de « Juristes solidarités » (1), que «la loi est tout et rien à la fois. Tout, parce que tout doit être légal et aucun domaine ne saurait y échapper. Et rien, parce que la légalité se perd dans les labyrinthes accumulés de textes, circulaires, pratiques administratives…».
Par l’étendue de leur domaine de compétences, les règlements du « paquet hygiène » sont tout. Ils sont aussi rien de par leur complexité et l’accumulation des textes qui les concernent.
À nous, militants, de savoir tirer partie de cette situation paradoxale.
La commission sanitaire de la Confédération paysanne(1) Réseau international d’information et de formation à l’action juridique et judiciaire qui soutient, dans les pays "des Suds et des Nords", des groupes ayant des pratiques alternatives de droit. Site
ARCHIVES CAMPAGNES SOLIDAIRES
Chaque mois Campagnes Solidaires, le mensuel de la Conf' analyse en profondeur une question agricole ou rurale, ses dossiers permettent de mieux percevoir les enjeux souvent cachés de l'agro-industrie. Les dossiers sont disponibles en téléchargement 3 mois après leur parution.
TOUTES LES UNES
n° 253 juil/août 2010
Paysans solidaires face à la crise
n° 252 juin 2010
Les Amis : tout un monde au côté de la Confédération paysanne !
n° 251 mai 2010
L’agro-écologie, fertilisant naturel de l’agriculture paysanne ?
n° 250 avril 2010
Banlieue paysanne
n° 249 mars 2010
Plus d'abeilles, plus d'agriculture !
n° 248 fév 2010
Changeons les politiques agricoles, pas le climat
n° 247 janv 2010
Préserver les terres agricoles, une urgence d'utilité publique
n° 246 déc 2009
Santé en milieu rural : Agir, c’est vital !
n° 245 nov 2009
Le statut du fermage : Un droit à renforcer pour installer de nouveaux paysans
n° 244 oct 2009
S’associer en agriculture : s’y préparer pour bien réussir
n° 243 sept 2009
Poitou-Charentes : La force d’un réseau paysan
n° 242 juil/août 2009
Semer sa maison
n° 241 juin 2009
Polycultures paysannes
n° 240 mai 2009
Fruits et légumes : Portrait d’une filière hors Pac
n° 239 avril 2009
L'ardeur de la jeunesse
n° 238 mars 2009
Voleurs de terres !
n° 237 fév 2009
Comités d’action juridique : Les paysans se réapproprient ensemble leurs droits
n° 236 janv 2009
De nouvelles forces avec la Coordination européenne Via campesina
n° 235 déc 2008
Pas de Confédération paysanne sans paysannes !
n° 234 nov 2008
Bien-être animal : un bon sens à retrouver
n° 233 oct 2008
L'Aquitaine paysanne
n° 232 sept 2008
Changer de CAP, changer de PAC : c'est le moment de bouger !
n° 231 juil/août 2008
Biodiversité animale : races localisées contre races globalisées ?
n° 230 juin 2008
AlterTour : Champions de rien, curieux de tout
n° 229 mai 2008
Adieu moutons ?
n° 228 avril 2008
Accords de libre échange, Faire entendre notre voix paysanne
n° 227 mars 2008
La forêt, partie de campagne
n° 226 fév 2008
Sécurité sanitaire des aliments : Tirer parti d'une réglementation imprécise
n° 225 janv 2008
Le monde paysan, une vision d’avenir
n° 224 déc 2007
Des démarches foncièrement solidaires
n° 223 nov 2007
OGM : Marcher, un engagement de citoyen debout
n° 222 oct 2007
Amap : Aux paniers, citoyens !
n° 221 sept 2007
L’irradiation des aliments, au service d’une industrie agroalimentaire mondialisée
n° 220 juil/août 2007
20 ans en 20 dessins
n° 219 juin 2007
Appellations d’origine : Le marché contre l’authenticité ?
n° 218 mai 2007
L’apiculture : Pour le maintien de campagnes vivantes
n° 217 avril 2007
Syndicalisme et politique : Un couple inséparable ?
n° 216 mars 2007
La Confédération paysanne : Toujours là et de plus en plus indispensable
n° 215 fév 2007
Coopération, réinventons le rêve
n° 214 janv 2007
Souveraineté alimentaire : Un nouveau droit à imposer
n° 212 nov 2006
n° 211 oct 2006
Refusons la liquidation du vin et des vignerons !
n° 210 sept 2006
Emploi, un choix de société : 800 000 paysans ou 150 000 agrimanagers
n° 209 juil/août 2006
Une nouvelle de Michel Curade : « Pourquoi si loin ? »
n° 208 juin 2006
L’eau, une ressource naturelle : L’intérêt collectif doit primer !
n° 207 mai 2006
Pesticides : pas de réduction sans volonté politique
n° 206 avril 2006
Pêcheurs et paysans, même combat
n° 205 mars 2006
La folie du soja
n° 204 fév 2006
Viande bovine : Ne nous laissons pas abattre !
n° 203 janv 2006
Horticulture : Ne pas payer les pots cassés du libéralisme !
n° 202 déc 2005
Biocarburants, miroir aux alouettes ?
n° 201 nov 2005
Maudite soit la dette
n° 200 oct 2005
Semence : Imposer les droits des paysans dans l’arène internationale
n° 199 sept 2005
Pac, OMC... : Machines à exclure les paysans
n° 198 juil/août 2005
L’OMC de la faim
n° 197 juin 2005
L’agriculture dans la tornade du changement climatique
n° 196 mai 2005
Petites fermes européennes : Plus rien à prouver, elles sont l’avenir de l’agriculture
n° 195 avril 2005
Le droit, terrain de luttes et de solidarités
n° 194 mars 2005
La vie confisquée : brevets, licences and Co
n° 193 fév 2005
Vital pour nos territoires, le cheval craint pour son avenir
n° 192 janv 2005
L’agriculture paysanne : Un engagement individuel, une dynamique collective
n° 191 déc 2004
Migrations et agriculture : mondialisation des errances
n° 190 nov 2004
Hors série > Transmission : Assurer son relais pour une retraite heureuse
n° 189 oct 2004
Energies paysannes - Soleil, bois, biogaz
n° 188 sept 2004
Enseignement agricole : Casser le moule
n° 187 juil/août 2004
Plus forts avec nos Amis
n° 186 juin 2004
Cultivons la désintensification
n° 185 mai 2004
Une Europe à 25, mais pour quoi faire ?
n° 184 avril 2004
Pesticides en procès, l’abeille au secours de la santé
n° 183 mars 2004
UE, la souveraineté alimentaire au coeur de la constitution
n° 182 fév 2004
Urgent : il faut décroître
n° 181 janv 2004
Les boutiques du capital
n° 180 déc 2003
Protégeons la protection sociale
n° 179 nov 2003
L’incinération, un brûlot pour la santé publique
n° 178 oct 2003
Si près de gagner, ne risquons pas de tout perdre !
n° 177 sept 2003
Fruits et légumes : un avenir à construire
n° 176 juil/août 2003
n° 175 juin 2003
Le développement rural, béquille verte de la PAC
n° 174 mai 2003
Pollutions animales : la thérapie ne doit pas tuer le malade
n° 173 avril 2003
Militer à chacun son histoire
ABONNEMENT
Un an (11 numéros) : 39 € Soutien, collectivités et étranger : 50 €
Télécharger le bulletin d'abonnement
Merci de renvoyer le bulletin d'abonnement complété et accompagné de votre règlement (à l'ordre de "Campagnes solidaires") à :
Campagnes solidaires - Abonnement
104, rue Robespierre
93170 Bagnolet