Depuis le second semestre 2007, la flambée des cours de certains produits agricoles suscite bien des interrogations. Le prix des céréales multiplié par deux voire trois, celui du lait qui connaît une hausse d’environ 0,10 euro du litre : ces produits sont la base d’une grande partie de notre alimentation journalière, du pain et des pâtes aux fromages, beurre et yaourts.
Mais pendant six ans, ces mêmes produits ont connu une baisse continuelle de leur valeur à la production sans que cela ait une quelconque incidence sur les prix à la consommation. Les intermédiaires ont bénéficié de larges marges excédentaires pendant tout ce temps… sans jamais revendiquer l’augmentation du pouvoir d’achat des consommateurs. La situation a découragé bien des producteurs, notamment parmi les éleveurs laitiers, las de ne pas être rémunérés pour leur travail. Ils se sont orientés vers d’autres productions, quand ils n’ont pas tout simplement quitté l’agriculture.
Il y a encore deux ans, les spécialistes de l’économie agricole préconisaient de mettre le blé dans des chaudières. Certains proposaient même d’utiliser le beurre dans les moteurs et prétendaient que les Russes avaient trouvé une méthode pour cela !
Comment de tels « experts » ont-ils pu se tromper à ce point dans leurs prévisions ? Incompétence ou ignorance ? Le retournement de tendance est tel qu’il interroge sur la politique agricole européenne. Y a-t-il une vision pour un approvisionnement en quantité et en qualité à long terme, sur dix ans et plus ? Sans doute pas, et mon expérience de paysan depuis plus de trente ans en témoigne. Peut-on conduire l’agriculture comme une industrie lourde ? La réponse est non, là encore.
La production agricole nécessite une vision longue pour assurer un approvisionnement régulier. Il faut quatre ans pour « faire une vache » et des stocks suffisants pour amortir les accidents climatiques et sanitaires, de plus en plus fréquents malheureusement ; les investissements ne sont souvent pas amortis à moins de dix ans… L’agriculture ne se gère pas comme une fabrique de parpaings.
Aujourd’hui, l’Europe revoit la Pac et envisage de tout libéraliser. C’est tout le contraire qu’elle devrait faire. Entre l’incompétence des gouvernants, la voracité financière de spéculateurs sur les produits de base ou la concurrence catastrophique des agrocarburants, l’agriculture est en danger. En 2005, au Salon de l’agriculture, la Confédération paysanne affichait le slogan « Paysan, métier d’utilité publique ». Plus que jamais, la revendication de la reconnaissance officielle de ce statut prend tout son sens. Sinon « ventre affamé n’ayant pas d’oreille », des révoltes pourraient bien gronder, à l’exemple de celles qui ont éclaté au Mexique l’an dernier face à l’augmentation spectaculaire du prix du maïs, aliment de base de la population.
Raymond Penhouet,
paysan dans le Maine-et-Loire
SOMMAIRE
Dossier
Accords de libre échange, Faire entendre notre voix paysanne
Actualité
Hausse des prix : L’Etat joue au pompier-pyromane
Calamités agricoles : Les gros tirent la couverture à eux
Lait : L’Europe hausse ses quotas pour mieux les mettre à bas
Travailler énormément et vivre très endetté pour espérer mourir riche
Semences : Qui aura la clé du coffre ?
L’Histoire dans l’actualité : Mai 68 et les paysans
Vie syndicale
Point de vue
Au-delà de la souveraineté alimentaire
Internationales
Mexique : « Nous connaissons enfin la dignité »
Italie : Les villages invisibles des saisonniers
Agriculture paysanne
Jura : Un éleveur insolite
Terrain
Pays Basque : Manipulations autour d’une installation
Courrier
Les paysans péruviens refusent les accords de libre échange
Annonces
DOSSIER
Accords de libre échange, Faire entendre notre voix paysanne
Accords de libre échange, Faire entendre notre voix paysanne
Alena,ZLEA, APE (1)…accords, traités, « partenariats »… Les noms changent, mais le règne sans partage du commerce est en œuvre partout dans le monde. Si l’OMC (Organisation mondiale du commerce) fait du surplace, emmêlée dans ses propres incohérences, le ver est dans le fruit. Partout, l’idéologie capitaliste vante à l’envi les vertus supposées du libre commerce.
La théorie est simple, voire simpliste : démanteler les barrières tarifaires pour augmenter le volume des échanges, donc des profits dans le but d’assurer croissance économique et développement. On oublie que le marché ne répond qu’aux critères quantitatifs. Politiques de répartition des richesses, fiscalité, protection sociale, droit du travail, sont relégués comme autant d’obstacles à la sacro-sainte croissance. À l’occasion des voyages présidentiels, les contrats signés au nom du réalisme économique renvoient à leurs chères études quelques esprits chagrins soucieux du respect des droits de l’homme.
Hélas, quand on arrose une fraction de la population de richesses, il n’y a pas d’infiltration, la tâche humide ne s’étend pas à l’ensemble du peuple. L’histoire répète que la fracture sociale s’agrandit. Un certain Jacques l’avait compris, c’est dire qu’on parle d’évidences !
C’est d’abord la fracture entre le Nord et le Sud qui nous oblige à dénoncer les accords de « partenariat » entre l’Union européenne et les pays africains. L’échange inégal impose le pillage des produits agricoles non transformés (cacao, café, coton, arachide, caoutchouc, poisson…) et facilite l’accès aux ressources naturelles pour les multinationales (pétrole, métaux, eau, biodiversité…). Un grand jeu de Monopoly est engagé entre les États-Unis, l’Europe, mais aussi la Chine, le Japon, l’Inde, le Brésil, l’Australie.
Dans toutes négociations, politiques ou commerciales, il y a des gains et des pertes. Les pertes touchent les secteurs économiques en déclin, ringards, passéistes, condamnés d’avance par la marche inéluctable du progrès sur l’autel de la modernité et de la croissance. C’est d’autant plus facile que les travailleurs concernés sont déjà marginalisés dans la société par des revenus précaires et un accès difficile aux grands médias. On y retrouve, pêle-mêle les industries lourdes, la sidérurgie, les chantiers navals, le textile, la pêche artisanale, …et la production agricole.
En Europe, l’agriculture est une monnaie d’échange dans le grand marchandage mondial. Depuis longtemps, l’industrie agroalimentaire privilégie les prix les plus bas du marché. Nous avons tout à craindre de la multiplication de ces accords négociés dans les coulisses opaques de la Commission européenne. Il est grand temps de faire le point sur ce que nous en savons aujourd’hui, d’apprendre à décrypter ce qui se trame en grand secret, de faire le lien avec les autres travailleurs menacés, puisque dans la plupart des cas, c’est nous qui paierons la facture. Pour cela, faisons entendre notre voix paysanne.
Claude Girod,
paysanne en Saône-et-Loire
(1) Alena : accord de libre échange de l’Amérique du Nord ; ZLEA : zone de libre-échange des Amériques ; APE : accords de partenariats économiques.
ARCHIVES CAMPAGNES SOLIDAIRES
Chaque mois Campagnes Solidaires, le mensuel de la Conf' analyse en profondeur une question agricole ou rurale, ses dossiers permettent de mieux percevoir les enjeux souvent cachés de l'agro-industrie. Les dossiers sont disponibles en téléchargement 3 mois après leur parution.
TOUTES LES UNES
n° 253 juil/août 2010
Paysans solidaires face à la crise
n° 252 juin 2010
Les Amis : tout un monde au côté de la Confédération paysanne !
n° 251 mai 2010
L’agro-écologie, fertilisant naturel de l’agriculture paysanne ?
n° 250 avril 2010
Banlieue paysanne
n° 249 mars 2010
Plus d'abeilles, plus d'agriculture !
n° 248 fév 2010
Changeons les politiques agricoles, pas le climat
n° 247 janv 2010
Préserver les terres agricoles, une urgence d'utilité publique
n° 246 déc 2009
Santé en milieu rural : Agir, c’est vital !
n° 245 nov 2009
Le statut du fermage : Un droit à renforcer pour installer de nouveaux paysans
n° 244 oct 2009
S’associer en agriculture : s’y préparer pour bien réussir
n° 243 sept 2009
Poitou-Charentes : La force d’un réseau paysan
n° 242 juil/août 2009
Semer sa maison
n° 241 juin 2009
Polycultures paysannes
n° 240 mai 2009
Fruits et légumes : Portrait d’une filière hors Pac
n° 239 avril 2009
L'ardeur de la jeunesse
n° 238 mars 2009
Voleurs de terres !
n° 237 fév 2009
Comités d’action juridique : Les paysans se réapproprient ensemble leurs droits
n° 236 janv 2009
De nouvelles forces avec la Coordination européenne Via campesina
n° 235 déc 2008
Pas de Confédération paysanne sans paysannes !
n° 234 nov 2008
Bien-être animal : un bon sens à retrouver
n° 233 oct 2008
L'Aquitaine paysanne
n° 232 sept 2008
Changer de CAP, changer de PAC : c'est le moment de bouger !
n° 231 juil/août 2008
Biodiversité animale : races localisées contre races globalisées ?
n° 230 juin 2008
AlterTour : Champions de rien, curieux de tout
n° 229 mai 2008
Adieu moutons ?
n° 228 avril 2008
Accords de libre échange, Faire entendre notre voix paysanne
n° 227 mars 2008
La forêt, partie de campagne
n° 226 fév 2008
Sécurité sanitaire des aliments : Tirer parti d'une réglementation imprécise
n° 225 janv 2008
Le monde paysan, une vision d’avenir
n° 224 déc 2007
Des démarches foncièrement solidaires
n° 223 nov 2007
OGM : Marcher, un engagement de citoyen debout
n° 222 oct 2007
Amap : Aux paniers, citoyens !
n° 221 sept 2007
L’irradiation des aliments, au service d’une industrie agroalimentaire mondialisée
n° 220 juil/août 2007
20 ans en 20 dessins
n° 219 juin 2007
Appellations d’origine : Le marché contre l’authenticité ?
n° 218 mai 2007
L’apiculture : Pour le maintien de campagnes vivantes
n° 217 avril 2007
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n° 216 mars 2007
La Confédération paysanne : Toujours là et de plus en plus indispensable
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Coopération, réinventons le rêve
n° 214 janv 2007
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Semence : Imposer les droits des paysans dans l’arène internationale
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L’OMC de la faim
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n° 196 mai 2005
Petites fermes européennes : Plus rien à prouver, elles sont l’avenir de l’agriculture
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n° 194 mars 2005
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n° 193 fév 2005
Vital pour nos territoires, le cheval craint pour son avenir
n° 192 janv 2005
L’agriculture paysanne : Un engagement individuel, une dynamique collective
n° 191 déc 2004
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n° 190 nov 2004
Hors série > Transmission : Assurer son relais pour une retraite heureuse
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n° 187 juil/août 2004
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Une Europe à 25, mais pour quoi faire ?
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UE, la souveraineté alimentaire au coeur de la constitution
n° 182 fév 2004
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n° 177 sept 2003
Fruits et légumes : un avenir à construire
n° 176 juil/août 2003
n° 175 juin 2003
Le développement rural, béquille verte de la PAC
n° 174 mai 2003
Pollutions animales : la thérapie ne doit pas tuer le malade
n° 173 avril 2003
Militer à chacun son histoire
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