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Campagnes Solidaires n° 228

avril 2008
 

EDITO

La guerre du pain aura-t-elle lieu ?



Depuis le second semestre 2007, la flambée des cours de certains produits agricoles suscite bien des interrogations. Le prix des céréales multiplié par deux voire trois, celui du lait qui connaît une hausse d’environ 0,10 euro du litre : ces produits sont la base d’une grande partie de notre alimentation journalière, du pain et des pâtes aux fromages, beurre et yaourts.


Mais pendant six ans, ces mêmes produits ont connu une baisse continuelle de leur valeur à la production sans que cela ait une quelconque incidence sur les prix à la consommation. Les intermédiaires ont bénéficié de larges marges excédentaires pendant tout ce temps… sans jamais revendiquer l’augmentation du pouvoir d’achat des consommateurs. La situation a découragé bien des producteurs, notamment parmi les éleveurs laitiers, las de ne pas être rémunérés pour leur travail. Ils se sont orientés vers d’autres productions, quand ils n’ont pas tout simplement quitté l’agriculture.


Il y a encore deux ans, les spécialistes de l’économie agricole préconisaient de mettre le blé dans des chaudières. Certains proposaient même d’utiliser le beurre dans les moteurs et prétendaient que les Russes avaient trouvé une méthode pour cela !


Comment de tels « experts » ont-ils pu se tromper à ce point dans leurs prévisions ? Incompétence ou ignorance ? Le retournement de tendance est tel qu’il interroge sur la politique agricole européenne. Y a-t-il une vision pour un approvisionnement en quantité et en qualité à long terme, sur dix ans et plus ? Sans doute pas, et mon expérience de paysan depuis plus de trente ans en témoigne. Peut-on conduire l’agriculture comme une industrie lourde ? La réponse est non, là encore.


La production agricole nécessite une vision longue pour assurer un approvisionnement régulier. Il faut quatre ans pour « faire une vache » et des stocks suffisants pour amortir les accidents climatiques et sanitaires, de plus en plus fréquents malheureusement ; les investissements ne sont souvent pas amortis à moins de dix ans… L’agriculture ne se gère pas comme une fabrique de parpaings.


Aujourd’hui, l’Europe revoit la Pac et envisage de tout libéraliser. C’est tout le contraire qu’elle devrait faire. Entre l’incompétence des gouvernants, la voracité financière de spéculateurs sur les produits de base ou la concurrence catastrophique des agrocarburants, l’agriculture est en danger. En 2005, au Salon de l’agriculture, la Confédération paysanne affichait le slogan « Paysan, métier d’utilité publique ». Plus que jamais, la revendication de la reconnaissance officielle de ce statut prend tout son sens. Sinon « ventre affamé n’ayant pas d’oreille », des révoltes pourraient bien gronder, à l’exemple de celles qui ont éclaté au Mexique l’an dernier face à l’augmentation spectaculaire du prix du maïs, aliment de base de la population.


Raymond Penhouet,
paysan dans le Maine-et-Loire

104 rue Robespierre - 93170 Bagnolet
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