EDITO
Madoff et nous
Dominique Poisson,
paysan dans la Manche
Nous n’avions pas besoin de ce nouveau scandale et du détournement de 50 milliards de dollars par Bernard Madoff, ancienne star de la bourse à Wall Street, pour prendre conscience du décalage et de l’incompréhension qui existe entre les plus riches et les plus pauvres, entre ceux qui possèdent et en tirent des revenus indécents et ceux qui dégagent leur revenu par le travail.
On peut toujours fêter les 60 ans de la déclaration des droits de l’homme et rappeler « le principe de dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine », ces années n’ont servi qu’à enrichir une minorité.
Avec cette crise financière, on se plait à imaginer un retour du politique, on rappelle à qui veut l’entendre l’importance d’un contrôle de l’Etat, donc du peuple, sur les excès du libéralisme. Mais nos représentants politiques sont, pour la majorité, issus des rangs de ceux qui ont bénéficié du système. Prendront-ils la mesure du désastre ou faudra-t-il, comme en Grèce que la rue les y contraigne, avec tous les risques que comprend ce genre de mouvement ?
Les solutions proposées par nos dirigeants pour « en sortir » sont sans commune mesure avec la situation de bon nombre de nos concitoyens qui, comme on a pu le voir à Noël, reçoivent chaque incitation publicitaire comme une insulte.
Heureusement, il y a sur cette planète des hommes et des femmes qui défendent des valeurs simples d’égalité et de fraternité. Certains sont célèbres, Gandhi par exemple et cette citation si actuelle et pleine de bon sens : « La terre peut satisfaire les besoins de tous mais pas la cupidité de tous. »
D’autres ne font pas la une des journaux mais, dans leur pays, leur département, leur village, dans leur travail ou dans leur vie, ont un idéal et militent pour faire de demain un monde meilleur. Ils mesurent leur richesse à la richesse de leur vie militante. Nous sommes fiers d’en être.
DOSSIER
Comités d’action juridique : Les paysans se réapproprient ensemble leurs droits
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Comités d’action juridique : Les paysans se réapproprient ensemble leurs droits |
Les Comités d’action juridique (Caj) soufflent leur première bougie en Rhône-Alpes. C’est le moment de partager avecvous, lecteurs de Campagnes solidaires, les expériences vécues par les femmes et les hommes des huit équipes départementales. Et, qui sait si leur énergie militante ne va pas vous donner envie de créer des Caj dans votre région ? C’est souvent par des luttes foncières (Larzac, Malabri, et bien d’autres), en provoquant des rapports de force, que le droit arrive à évoluer.
C’est ainsi que la Confédération paysanne, en lien avec l’Association des fermiers drômois(AFD), a écrit la suite de son histoire en créant un formidable outil syndical : le Comité d’action juridique.
Défendre des ruraux par la réappropriation et la pratique du droit, décider collectivement du sens politique à donner au soutien, créer le rapport de force pour faire évoluer le droit, privilégier la médiation et la proximité, impliquer les personnes dans la résolution de leur problème, travailler en équipe en s’appuyant sur les compétences d’une juriste militante sont les principales caractéristiques des Caj.
Au sein de ces associations départementales, c’est toujours un groupe de bénévoles qui accompagne une personne – pas forcément paysanne – l’ayant sollicité pour un problème comportant un aspect juridique. Delphine (la juriste) est un appui précieux aux équipes locales.
Les Caj sont un outil de la Confédération paysanne. Le choix de soutenir une situation individuelle est décidé en lien avec la Confédération paysanne départementale en fonction de son projet politique. Chaque cas fait avancer une cause collective : d’une part parce que gagner collectivement en autonomie est en soi une démarche syndicale, d’autre part parce que d’un cas peut naître une action syndicale. Les résultats obtenus sur le terrain illustreront le discours et contribueront à affiner le projet syndical.
Et puis, quelle satisfaction pour les « accompagnants » de sortir victorieux d’une situation difficile ! Ils se forment en allant au charbon et deviennent ainsi de plus en plus efficaces.
À écouter les anciens de l’Association des fermiers drômois, toujours aussi passionnés, çadonne envie de se lancer ! La démarche induite répond parfaitement aux orientations prises aucongrès de la Confédération paysanne au Mans en 2007 : renforcer la dynamique syndicale en se rapprochant du terrain.
Tout au long de ce dossier, la réalisation des actions menées dans les départements de Rhône-Alpes viendra illustrer l’efficacité des Caj, et leur capacité à attirer de nouveaux militants.
Véronique Léon,
paysanne, membre du collectif Conf’ Ardèche et du bureau de la Confédération paysanne Rhône-Alpes