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Campagnes Solidaires n° 238

mars 2009
 

EDITO

Vigilance !


Jacques Pasquier,
paysan dans la Vienne,
secrétaire national

A Poitiers, dans cette suite de procédures qui me concernent, chacun a fait ce qu’il avait à accomplir, en conscience et en responsabilité. De l’officier de police aux différents magistrats, sans oublier les journalistes et surtout Maître Martin, mon avocate. Chacun humainement dans sa fonction.

A l’heure où j’écris ces mots, je ne sais pas l’issue de ce procès (1), mais l’important est ailleurs, il est dans ce procès lui-même qui appelle à la vigilance. Tout cela aura forcément une suite, ici ou ailleurs : d’autres refus, d’autres prévenus, cassation, Cour européenne des Droits de l’Homme…

J’étais à l’Unesco le 26 janvier à la cérémonie officielle de commémoration de l’Holocauste ; j’étais dix jours plus tôt à une manifestation en soutien aux Palestiniens enfermés dans Gaza sous les bombardements ; j’ai refusé le 22 avril 2008 d’être fiché par mon ADN : tout ça relève de la même cohérence, je crois.

A l’Unesco, j’ai entendu des paroles fortes qui ont résonné en moi : « Afin que l’inimaginable et l’impensable ne puissent pas se reproduire », « idéologie folle », « garde-fou de la mémoire », « vigilance, responsabilité collective, affaire de tous »…

Nous devons être vigilants, même si l’usure du temps érode cette vigilance. Les Arméniens, les Juifs, les Rwandais, et peut-être faut-il ajouter les Palestiniens, ont été identifiés, classés, fichés, enfermés et tués simplement parce que leurs gènes parlaient à leur place aux oreilles d’idéologues fous.

Il n'empêche : on peut se lever et dire non à ce qui nous paraît inacceptable. Il y a place pour une voix citoyenne et militante; non seulement il y a place, mais il y a urgence!

Nous nous retrouverons dans cet esprit pour continuer la défense des personnes face à un système de plus en plus impersonnel, automatisé et robotisé, au service de la finance et du business.

A l'heure des « débauchages » de certains, récompensés par tel ministère de « l’Identité nationale », et des appétits carriéristes d’autres, capables de voter sans scrupule des lois imposant le fichage de milliers et de milliers de citoyens, nous devons nous faire entendre pour sauvegarder l’humanité de notre société.

La situation économique a surtout des conséquences sociales dramatiques. Dans cette période de crise aux formes multiples, parler d'immigration, de sécurité, de prison, de fichage en tous genres, nommer le PDG de la télévision, c’est une façon d'empêcher l'expression des souffrances sociales et la désignation de leurs causes.

Pourquoi nos anciens avaient-ils fait la Révolution ? Droits de l’Homme et du citoyen, abolition des privilèges et cahiers de doléances… devoir de mémoire…Vigilance !


(1) Le 6 février, Jacques Pasquier a été condamné par la cour d’appel de Poitiers à 50 euros d’amende et à payer 120 euros pour frais de procédure. Le même jour, à Montpellier, Jean-Emile Sanchez, ancien porte parole national de la Confédération paysanne était jugé pour les mêmes raisons : refus du prélèvement de son ADN suite à la même action de neutralisation de maïs transgénique dans le Loiret durant l’été 2004. La cour de Montpellier l’a relaxé le 20 février.
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