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Campagnes Solidaires n° 239

avril 2009
 

EDITO

Un trophée pour la Conf’


Benoît Biteau,
paysan en Charente-Maritime,
lauréat de la première édition des Trophées de l’Agriculture durable organisée par le ministère de l’Agriculture


Une exploitation n’est pas une structure que l’on pose au milieu de nulle part. L’activité agricole, soutenue par les aides publiques, doit être multifonctionnelle et s’inscrire dans une logique territoriale, respecter les ressources, les équilibres, l’ensemble des acteurs et le citoyen contribuable.

Ce trophée récompense le choix de l’audace d’un paysan qui intègre ces paramètres pour exercer son métier, satisfaire ses convictions, assouvir ses passions et proposer un bel avenir à nos enfants. Il valide que la monoculture du maïs est un non-sens, qu’elle défigure tout un territoire où à l’estuaire les paysans de la mer attendent l’or bleu en quantité et en qualité pour faire naître les huîtres de Marennes-Oléron, un territoire où le retour des équilibres hydriques et biologiques nécessitera une division par trois des prélèvements agricoles.

Pourtant la Pac, pilotée par le lobby des céréaliers, a très fortement soutenu cette activité, scellant le destin des éleveurs et menaçant chaque année davantage l’avenir des paysans de la mer, progressivement remplacés par les « industriels de la mer ».

Une dynamique que nous ne connaissons que trop bien, nous les paysans de la terre. Ce trophée rappelle que la Pac, qui mobilise beaucoup d’argent public, doit être un outil d’orientation de l’agriculture, effaçant les disparités de revenu entre les différentes activités et satisfaisant les attentes citoyennes. Alors que dire, sur fond de Grenelle de l’environnement, du manque d’ambition dans le soutien au développement de l’agriculture biologique, du soutien injurieux à l’élevage et de l’indécence du niveau des aides attribuées aux céréaliers en général, et aux maïsiculteurs irrigants en particulier ?

Ce trophée, c’est aussi légitimer une installation qui pourtant il y a trois ans, à chacune de ses étapes auprès de la chambre ou de la direction départementale de l’agriculture, des établissements bancaires (sauf un, heureusement !), des Jeunes agriculteurs, n’a reçu que critiques et réserves sur sa pertinence et sa viabilité. La réussite d’un tel projet remet en cause tellement de certitudes ! Moi, j’avais 40 ans, je suis un peu têtu et j’ai un vécu qui m’a permis de me battre pour que le projet vive. Mais un « vrai » jeune, plus tendre, verra son projet formaté par ceux qui contrôlent le parcours à l’installation. Le développement de l’agriculture durable nécessite une rupture urgente avec l’hégémonie des JA et de la Fnsea sur ce parcours.

Car ce trophée, c’est aussi l’espoir pour les générations futures que nous allons enfin reprendre en main notre destin !


NB : Le texte reprend l’essentiel de l’intervention de Benoît Biteau lors de la remise des Trophées de l’Agriculture durable par Michel Barnier, au Salon de l’Agriculture le 25 février. En trois ans seulement, le paysan charentais a profondément transformé la ferme familiale, notamment en arrêtant la culture du maïs, divisant par six les prélèvements en eau des cultures, en réhabilitant l’élevage de races locales et en convertissant l’ensemble en bio. Une autre ferme s’est vue remettre le trophée, celle de la famille Devillairs et de Julien Loblot, à They, en Haute-Saône, également membres de la Confédération paysanne. Grand chelem pour la Conf’ : félicitations !

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