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Campagnes Solidaires n° 244

oct 2009
 

EDITO

Une grippe pour faire diversion

Christian Boisgontier,
Directeur de la rédaction
Représentant de la Confédération paysanne au Comité économique, social et environnemental

Dans moins de cent jours, la publication des comptes prévisionnels 2009 va violemment révéler l’immense gâchis provoqué par le capitalisme néolibéral appliqué à l’agriculture. Toute la paysannerie est dans la tourmente, la presque totalité des prix agricoles dévisse sans grande réaction politique.

La libre circulation des marchandises et des capitaux, la comateuse politique agricole commune bientôt en soins palliatifs et la mise hors la loi du mot protectionnisme sous peine de test ADN, ont généralisé ce qui n’est plus une crise, mais le fatal aboutissement d’une idéologie.

Si des primes de licenciement peuvent acheter le silence de ceux qui regardent leur usine tirer le rideau, les aides publiques à l’agriculture, désormais bien supérieures au revenu, ne pourront suffire à faire taire ceux qui avaient cru qu’ils seraient des chefs d’entreprise. 80 % des agriculteurs avaient voté pour la promesse de travailler plus pour gagner plus. Les syndicats collaborateurs du système ont quelques soucis à se faire près de ceux qui subissent de mauvais accords interprofessionnels. Seul un pacte non avoué avec le pouvoir pour mettre à disposition une nourriture à bas prix peut expliquer leur silence et leur compromission.

La méga-mobilisation intersyndicale des producteurs de lait, de moins en moins inféodés à la grande maison, et les actes ultimes de destruction de leur travail doivent conduire à un ajustement de l’offre à la demande par la réduction contrainte et progressive des volumes produits. Mais qu’attendre des élus nationaux et européens qui viennent de reconduire l’autiste libéral Barroso à la présidence de l’Union européenne, dans un presque consensus entre les droites et la social-démocratie ? La concurrence libre et non faussée reste leur bréviaire commun.

Contrôler une possible agitation sociale demeure leur préoccupation et l’insécurité, les peurs, leurs vieux outils de gouvernance. La grippe s’étale dans tous les médias-croupions. Se faire vacciner devient un authentique devoir civique pour écouler les 90 millions de fioles des copains du Fouquet’s…

L’histoire rappellera que les conquêtes sociétales ont été précédées de détresses et de la mobilisation de ceux qui refusaient de subir leur destin. La pandémie libérale n’a plus le soutien que de ceux qui en profite et en sont protégés. Les mobilisations syndicales sont le meilleur Tamiflu contre cette pandémie ! L’instant est historique, la future Pac est entre les mains du monde paysan et de ceux qui exigent de se nourrir et de vivre autrement.


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