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Campagnes Solidaires n° 247

janv 2010
 

EDITO

Devoir de résistance !

Philippe Collin,
paysan dans l’Yonne,
porte-parole de la Confédération paysanne

De 12 milliards d’euros l’an passé le revenu de la « ferme France » est tombé à 8 milliards en 2009. -34 % exactement, après une baisse de 20 % l’année précédente ! Jamais depuis la tenue des comptes de l’agriculture, une telle mise en évidence de politique agricole catastrophique.

Le revenu des paysans est le même qu’en 1970, alors que celui du « français moyen » a doublé. Les profits des entreprises de transformation et de distribution ne souffrent pas. Danone, Lactalis et consorts voient leurs « capitalisations boursières » revenir à un très bon niveau.

Depuis des mois, la Confédération paysanne est sur le terrain avec les paysans et exige que leurs difficultés trouvent une solution. Depuis des semaines, nous demandons que le gouvernement agisse pour un meilleur partage de la valeur ajoutée au long des filières : silence total, silence méprisant pour ceux qui voient leur travail à ce point peu reconnu. Toujours pas de signe aux industries laitières qui font de jolis profits. Toujours pas de modification de l’orientation dévastatrice de l’Union européenne. Pas de signe à la distribution qui continue de broyer les producteurs en se construisant des monopoles. Juste quelques promesses d’emprunt dans un discours déjà utilisé, un peu comme un « paysanthon » dans lequel on recycle des aides déjà annoncées plusieurs fois ; ces mécanismes se refermeront sur les plus faibles qui ne peuvent déjà plus rembourser.

Les ministres de 22 états de l’Union, réunis le 10 décembre, lançaient à l’initiative de Bruno Le Maire, « l’Appel de Paris ». Dans cet appel, il est écrit qu’il faut « donner aux agriculteurs des moyens pour mieux répondre aux signaux du marché ». Quelle provocation ! Les paysans répondent au contraire formidablement bien aux signaux. Tellement bien que les marchés qui flambaient il y a deux ans sont aujourd’hui à un niveau dramatiquement bas. Quelle erreur d’analyse !

La Confédération paysanne exige que la nouvelle Pac tire les enseignements de cette situation. Les ministres européens doivent vraiment tourner le dos aux politiques internationales et communautaires qui liquident les paysans, les ouvriers, les employés, tous ceux qui créent vraiment les richesses loin des bureaux feutrés des lieux de pouvoir.
L’année 2010 doit poser les bases de la Pac d’après 2013. Nous devons imposer que les femmes et les hommes qui travaillent soient reconnus avant leurs hectares ou leur nombre de vaches ou de cochons. Cette Pac doit remettre le revenu des paysans au centre d’une nécessaire politique alimentaire, agricole, environnementale et territoriale.

Pour cela, pas d’autres forces que celles des paysans avec la Confédération paysanne, pas d’autres solutions que de s’appuyer sur la société pour résister ensemble et obtenir en cette année 2010 les victoires indispensables.


 
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