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Campagnes Solidaires n° 248fév 2010 |
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Michel Lebourgeois,
Paysan dans la Manche
Tous les dirigeants de l’agriculture disent être pour l’union et la solidarité. Tous sont d’accord pour dire que, principalement pour les cas en difficultés et dans les moments de crise que nous traversons, nous devons être unis et solidaires. Le dire, c’est bien ; le faire, c’est mieux. Tout d’abord, il faut le vouloir et non attendre la faillite du voisin pour reprendre ses terres et les cumuler avec les siennes…
Dans l’agriculture, l’union n’est acceptable qu’avec ceux qui agissent pour sauver tous les paysans, qui sont pour que les aides de la collectivité, les droits à produire, les terres libres, aillent en priorité aux paysans qui en ont le plus besoin pour vivre. C’est le souhait et le but recherché par les militants de la Confédération paysanne et certainement de bien d’autres entre lesquels une alliance est justifiée. Mais l’action syndicale n’est ni possible, ni souhaitable avec les partisans de la concentration, de la concurrence et de la compétition économique entre les paysans. Par ce système libéral, les mieux placés peuvent écraser et éliminer les plus défavorisés afin de se développer sans limites : c’est souvent ce qui se passe aujourd’hui avec la complicité de certains dirigeants syndicaux et politiques.
Soyons conscients que ce qui est fondamental pour construire et généraliser une politique éthique au service de tous, c’est de vouloir, de croire qu’un autre monde est possible et d’agir pour que l’humain ne soit plus une marchandise au service de quelques-uns, que l’argent ne soit plus la ligne directive de l’organisation de notre société. Cet espoir peut nous paraître utopique aujourd’hui, mais peut devenir une réalité demain si nous le voulons.
Combien de fois dans l’histoire avons-nous vu des bouleversements de société ? Il y a peu de temps encore, il était utopique de croire à la République, au suffrage universel, au vote des femmes, à l’émancipation des esclaves, à l’indépendance des pays colonisés… Dans les années 1940, combien de notre génération auraient pensé à la chute du nazisme et voir l’Allemagne devenir un de nos plus proches alliés, combien auraient cru à la chute du puissant régime totalitaire soviétique, à la fin de l’apartheid aux USA il y a un demi-siècle et aujourd’hui à l’élection d’un président noir ? Qui aurait imaginé qu’après la pénurie alimentaire viendrait la surproduction qui met tant de producteurs en grande difficulté et détruit la planète ?
Un autre monde est possible, et la meilleure manière d’aller vers ce monde plus juste, plus solidaire, c'est d’y croire et de prendre part à sa construction. Il nous faut croire collectivement en chacun d'entre nous, faire confiance en notre force et nous rassembler dans ce même but.
Confédération Paysanne
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