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Campagnes Solidaires n° 251

mai 2010
 

EDITO

Une planète qui joue, une planète qui pleure

Jacques Debarros,
paysan en Aveyron
 

Dans la planète qui joue, les habitants sont des banquiers, des assureurs, des investisseurs. Ils achètent et vendent des monnaies, du pétrole, des usines. Depuis deux ans, ils ont agrandi leur terrain de jeu en achetant et vendant des terres agricoles : 40 millions d'hectares ont été achetées ou louées par des états ou des investisseurs, comme aux pires périodes de la colonisation, en oubliant que des peuples vivent là depuis longtemps. Ils jouent au grand jeu du Monopoly.
Sur cette planète, grâce aux « marchés à terme », on peut acheter et vendre des boites de céréales avant de les remplir, avant même les semis. Elles seront vendues et achetées plusieurs fois. L'écart entre le marché à terme et le prix au comptant peut être très important; c'est le grand jeu du poker.

Sur cette planète, lorsque les cours du pétrole sont à la hausse, on se détourne de l'alimentaire. Si les minéraux baissent, on préfère les usines. On aime les baisses pour acheter, les hausses pour vendre: c'est le grand jeu du yoyo.

Dans la planète qui pleure, les habitants sont des paysans, des précaires, des réfugiés. Ce sont eux qui comptent les points des joueurs. Les scores évoluent très vite: le nombre de sous-alimentés depuis la dernière crise alimentaire est passé de 800 millions à 1,2 milliard, parmi ces affamés il y a 80% de paysans ; les mégapoles explosent au fur et à mesure que les ruraux sont chassés de leur terre : 27 millions d'habitants à Bombay, 21 millions à Sao Paulo, 24 millions à Lagos, plus d'un milliard de ruraux ont rejoint les bidonvilles ; encore 400 000 paysans en France, avec un revenu en baisse de 34 % en 2009 et une ferme qui disparaît toutes les 3 minutes en Europe.

Certains agriculteurs et acteurs du développement voient la solution dans toujours plus de technicité: semences « améliorées », intrants, génétique animale... D'autres exigent toujours plus de baisses de charges, pouvant aller jusqu'à l'utilisation de main d'œuvre précaire ou d'illégaux dans certaines productions.

Nos réponses à nous sont la souveraineté alimentaire et l’agriculture paysanne Ces objectifs ne peuvent être atteint que si on a répondu préalablement à quelques questions d'organisation de nos sociétés : quelle répartition des richesses produites ? Quels biens communs de l'humanité sont à privilégier ? Quelle place faire à la spéculation, en particulier dans l'agriculture ?

Dans le contexte de crise universelle que nous traversons, nous devons porter ces revendications devant les instances internationales (OMC, FAO, G20..) et les remettre en cause.

En exigeant une autre planète possible, c'est aussi notre revenu que nous défendons.

  • Confédération Paysanne
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