Dans la planète qui joue, les habitants sont des banquiers, des assureurs, des investisseurs. Ils achètent et vendent des monnaies, du pétrole, des usines. Depuis deux ans, ils ont agrandi leur terrain de jeu en achetant et vendant des terres agricoles : 40 millions d'hectares ont été achetées ou louées par des états ou des investisseurs, comme aux pires périodes de la colonisation, en oubliant que des peuples vivent là depuis longtemps. Ils jouent au grand jeu du Monopoly.
Sur cette planète, grâce aux « marchés à terme », on peut acheter et vendre des boites de céréales avant de les remplir, avant même les semis. Elles seront vendues et achetées plusieurs fois. L'écart entre le marché à terme et le prix au comptant peut être très important; c'est le grand jeu du poker.
Sur cette planète, lorsque les cours du pétrole sont à la hausse, on se détourne de l'alimentaire. Si les minéraux baissent, on préfère les usines. On aime les baisses pour acheter, les hausses pour vendre: c'est le grand jeu du yoyo.
Dans la planète qui pleure, les habitants sont des paysans, des précaires, des réfugiés. Ce sont eux qui comptent les points des joueurs. Les scores évoluent très vite: le nombre de sous-alimentés depuis la dernière crise alimentaire est passé de 800 millions à 1,2 milliard, parmi ces affamés il y a 80% de paysans ; les mégapoles explosent au fur et à mesure que les ruraux sont chassés de leur terre : 27 millions d'habitants à Bombay, 21 millions à Sao Paulo, 24 millions à Lagos, plus d'un milliard de ruraux ont rejoint les bidonvilles ; encore 400 000 paysans en France, avec un revenu en baisse de 34 % en 2009 et une ferme qui disparaît toutes les 3 minutes en Europe.
Certains agriculteurs et acteurs du développement voient la solution dans toujours plus de technicité: semences « améliorées », intrants, génétique animale... D'autres exigent toujours plus de baisses de charges, pouvant aller jusqu'à l'utilisation de main d'œuvre précaire ou d'illégaux dans certaines productions.
Nos réponses à nous sont la souveraineté alimentaire et l’agriculture paysanne Ces objectifs ne peuvent être atteint que si on a répondu préalablement à quelques questions d'organisation de nos sociétés : quelle répartition des richesses produites ? Quels biens communs de l'humanité sont à privilégier ? Quelle place faire à la spéculation, en particulier dans l'agriculture ?
Dans le contexte de crise universelle que nous traversons, nous devons porter ces revendications devant les instances internationales (OMC, FAO, G20..) et les remettre en cause.
En exigeant une autre planète possible, c'est aussi notre revenu que nous défendons.
SOMMAIRE
Dossier
L’agro-écologie, fertilisant naturel de l’agriculture paysanne ?
Actualité
Pac : État du chantier
Lait : Quel avenir pour le lait européen ?
Foncier : La terre dans la loi
Foncier : Libérons les terres !
Porc : Pour des états généraux de la production porcine française
Vol : Les pigeons vont-ils enfin se remplumer ?
Agrocarburants : Une vérité qui dérange
Pesticides : Refuser une réglementation imbécile
Vie syndicale
Débat : L’espérance de vie en otage
Internationales
Brésil : L’agro-écologie au secours des paysans des Pays du Sud
L’agro-écologie, fertilisant naturel de l’agriculture paysanne ?
L’agro-écologie, fertilisant naturel de l’agriculture paysanne ?
Qu’es aco l’agro-écologie? ». Un slogan dans l’air du temps pour les élections, un avatar de la nov’langue, un concept révolutionnaire ? Les grands prêtres de la spécialité nous expliquent que c’est « une discipline scientifique, étudiant les interactions au sein des écosystèmes ». Viennent alors une avalanche de termes : agriculture naturelle, biologique, durable, paysanne, de conservation, permaculture… Pour les béotiens, ce sera « un ensemble de pratiques agricoles qui prône le lien entre la terre, la faune, la flore et l’être humain ».
Pêle-mêle sont évoquées l’érosion des sols, l’utilisation des fumiers, des composts, la gestion mesurée de l’irrigation, la remise en place des haies, l’adaptation au climat, à ses rythmes saisonniers et à la spécificité des terroirs.
Lors d’une tentative d’explication besogneuse sur l’agro-écologie à mon cousin qui, fourche en main et en relevant son béret, me jette un regard méfiant tout en marmonnant : « Ce que tu me racontes, c’est ce que j’ai toujours fait, comme le faisaient mon père et mon papé, et bien d’autres depuis des siècles ! »
Ainsi les paysans étaient des messieurs Jourdain agricoles et dans leur labeur coutumier pratiquaient déjà ce qu’une modernité lucide tente de nous inculquer. Bien sûr, les processus se sont afficnés, l’empirique a cédé devant le rationnel des analyses et la rigueur des prescriptions. Cette notion est apparue au début des années soixante-dix, en pleine émergence du délire productiviste, dont le credo N.P.K. avec ses besoins insatiables en eau et pesticides amorçait l’altération des sols et du milieu agricole. Quelques sagaces illuminés tentent alors d’alerter, mais le ramdam mené par les chorales réunies du syndicat majoritaire, de l’enseignement formaté, de l’industrie agro-chimique et de l’agroalimentaire rendaient inaudible le discours d’une agriculture responsable. Aujourd’hui, la prise de conscience permet d’envisager la mise en place de pratiques pour retrouver les équilibres essentiels de l’agriculture dans leurs biotopes spécifiques et assurer la permanence de l’implantation paysanne.
Mais la récupération est à l’affût. L’ancienne présidente du Cnja toujours membre de la Fnsea et du Forum de l’agriculture raisonnée (Farre) (1) pointe sa frimousse dans cet univers de l’agro-écologie. Les perspectives d’exigences productives importantes pour nourrir la planète font saliver ceux-là même qui ont favorisé la dégradation de l’environnement et la disparition des paysans, et sont prêts à tous les reniements pour le maintien de leur domination.
Si cette perspective d’agriculture enfin raisonnable place les paysans dans leur rôle fondamental d’occupation des territoires pour des productions agricoles suffisantes et de qualité, alors nous affirmerons avec enthousiasme : « Pas de pays sans agro-écologie ».
Michel Curade,
paysan retraité dans l’Aude
ARCHIVES CAMPAGNES SOLIDAIRES
Chaque mois Campagnes Solidaires, le mensuel de la Conf' analyse en profondeur une question agricole ou rurale, ses dossiers permettent de mieux percevoir les enjeux souvent cachés de l'agro-industrie. Les dossiers sont disponibles en téléchargement 3 mois après leur parution.
TOUTES LES UNES
n° 269 janv 2012
Les jeunes poussent
n° 268 déc 2011
Lutter contre l’artificialisation des terres
La Conf’ s’engage
n° 267 nov 2011
Languedoc-Roussillon - Un syndicat de luttes et de diversités
n° 266 oct 2011
Circuits courts Richesse, diversité... et dérives
n° 265 sept 2011
Agriculture et pétrole : Le nécessaire passage à une agriculture paysanne
n° 264 juil/août 2011
Le nucléaire tue l’avenir
n° 263 juin 2011
Porcs : s’organiser collectivement pour exister
n° 262 mai 2011
Les migrations saisonnières ou les diagonales de la Pac
n° 261 avril 2011
Nord-Pas-de-Calais : Une véritable solidarité à l’œuvre
n° 260 mars 2011
Du syndicalisme à la politique : Ils sont passés de l'autre côté
n° 259 fév 2011
Pesticides : Des « Mediator » en agriculture
n° 258 janv 2011
Interprofessions : le changement ne peut plus attendre
n° 257 déc 2010
Une urgence : Gagner le droit de souveraineté alimentaire
n° 256 nov 2010
Foncier : Élus communaux, vous avez votre mot à dire !
n° 255 oct 2010
L'alimentation livrée à la spéculation
n° 254 sept 2010
Cotisants solidaires : Les sans de l'agriculture
n° 253 juil/août 2010
Paysans solidaires face à la crise
n° 252 juin 2010
Les Amis : tout un monde au côté de la Confédération paysanne !
n° 251 mai 2010
L’agro-écologie, fertilisant naturel de l’agriculture paysanne ?
n° 250 avril 2010
Banlieue paysanne
n° 249 mars 2010
Plus d'abeilles, plus d'agriculture !
n° 248 fév 2010
Changeons les politiques agricoles, pas le climat
n° 247 janv 2010
Préserver les terres agricoles, une urgence d'utilité publique
n° 246 déc 2009
Santé en milieu rural : Agir, c’est vital !
n° 245 nov 2009
Le statut du fermage : Un droit à renforcer pour installer de nouveaux paysans
n° 244 oct 2009
S’associer en agriculture : s’y préparer pour bien réussir
n° 243 sept 2009
Poitou-Charentes : La force d’un réseau paysan
n° 242 juil/août 2009
Semer sa maison
n° 241 juin 2009
Polycultures paysannes
n° 240 mai 2009
Fruits et légumes : Portrait d’une filière hors Pac
n° 239 avril 2009
L'ardeur de la jeunesse
n° 238 mars 2009
Voleurs de terres !
n° 237 fév 2009
Comités d’action juridique : Les paysans se réapproprient ensemble leurs droits
n° 236 janv 2009
De nouvelles forces avec la Coordination européenne Via campesina
n° 235 déc 2008
Pas de Confédération paysanne sans paysannes !
n° 234 nov 2008
Bien-être animal : un bon sens à retrouver
n° 233 oct 2008
L'Aquitaine paysanne
n° 232 sept 2008
Changer de CAP, changer de PAC : c'est le moment de bouger !
n° 231 juil/août 2008
Biodiversité animale : races localisées contre races globalisées ?
n° 230 juin 2008
AlterTour : Champions de rien, curieux de tout
n° 229 mai 2008
Adieu moutons ?
n° 228 avril 2008
Accords de libre échange, Faire entendre notre voix paysanne
n° 227 mars 2008
La forêt, partie de campagne
n° 226 fév 2008
Sécurité sanitaire des aliments : Tirer parti d'une réglementation imprécise
n° 225 janv 2008
Le monde paysan, une vision d’avenir
n° 224 déc 2007
Des démarches foncièrement solidaires
n° 223 nov 2007
OGM : Marcher, un engagement de citoyen debout
n° 222 oct 2007
Amap : Aux paniers, citoyens !
n° 221 sept 2007
L’irradiation des aliments, au service d’une industrie agroalimentaire mondialisée
n° 220 juil/août 2007
20 ans en 20 dessins
n° 219 juin 2007
Appellations d’origine : Le marché contre l’authenticité ?
n° 218 mai 2007
L’apiculture : Pour le maintien de campagnes vivantes
n° 217 avril 2007
Syndicalisme et politique : Un couple inséparable ?
n° 216 mars 2007
La Confédération paysanne : Toujours là et de plus en plus indispensable
n° 215 fév 2007
Coopération, réinventons le rêve
n° 214 janv 2007
Souveraineté alimentaire : Un nouveau droit à imposer
n° 212 nov 2006
n° 211 oct 2006
Refusons la liquidation du vin et des vignerons !
n° 210 sept 2006
Emploi, un choix de société : 800 000 paysans ou 150 000 agrimanagers
n° 209 juil/août 2006
Une nouvelle de Michel Curade : « Pourquoi si loin ? »
n° 208 juin 2006
L’eau, une ressource naturelle : L’intérêt collectif doit primer !
n° 207 mai 2006
Pesticides : pas de réduction sans volonté politique
n° 206 avril 2006
Pêcheurs et paysans, même combat
n° 205 mars 2006
La folie du soja
n° 204 fév 2006
Viande bovine : Ne nous laissons pas abattre !
n° 203 janv 2006
Horticulture : Ne pas payer les pots cassés du libéralisme !
n° 202 déc 2005
Biocarburants, miroir aux alouettes ?
n° 201 nov 2005
Maudite soit la dette
n° 200 oct 2005
Semence : Imposer les droits des paysans dans l’arène internationale
n° 199 sept 2005
Pac, OMC... : Machines à exclure les paysans
n° 198 juil/août 2005
L’OMC de la faim
n° 197 juin 2005
L’agriculture dans la tornade du changement climatique
n° 196 mai 2005
Petites fermes européennes : Plus rien à prouver, elles sont l’avenir de l’agriculture
n° 195 avril 2005
Le droit, terrain de luttes et de solidarités
n° 194 mars 2005
La vie confisquée : brevets, licences and Co
n° 193 fév 2005
Vital pour nos territoires, le cheval craint pour son avenir
n° 192 janv 2005
L’agriculture paysanne : Un engagement individuel, une dynamique collective
n° 191 déc 2004
Migrations et agriculture : mondialisation des errances
n° 190 nov 2004
Hors série > Transmission : Assurer son relais pour une retraite heureuse
n° 189 oct 2004
Energies paysannes - Soleil, bois, biogaz
n° 188 sept 2004
Enseignement agricole : Casser le moule
n° 187 juil/août 2004
Plus forts avec nos Amis
n° 186 juin 2004
Cultivons la désintensification
n° 185 mai 2004
Une Europe à 25, mais pour quoi faire ?
n° 184 avril 2004
Pesticides en procès, l’abeille au secours de la santé
n° 183 mars 2004
UE, la souveraineté alimentaire au coeur de la constitution
n° 182 fév 2004
Urgent : il faut décroître
n° 181 janv 2004
Les boutiques du capital
n° 180 déc 2003
Protégeons la protection sociale
n° 179 nov 2003
L’incinération, un brûlot pour la santé publique
n° 178 oct 2003
Si près de gagner, ne risquons pas de tout perdre !
n° 177 sept 2003
Fruits et légumes : un avenir à construire
n° 176 juil/août 2003
n° 175 juin 2003
Le développement rural, béquille verte de la PAC
n° 174 mai 2003
Pollutions animales : la thérapie ne doit pas tuer le malade
n° 173 avril 2003
Militer à chacun son histoire
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