Energie : ce que dit la Conf’

Les conséquences négatives du réchauffement planétaire dû à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre se posent bien avant celles résultant de l’épuisement des ressources conventionnelles en énergie fossile.


L’augmentation couplée de la démographie et de la consommation énergétique par personne depuis le siècle dernier annonce la fin du pétrole bon marché. Cependant, de nombreuses réserves d’énergie conventionnelles (en particulier le charbon) et non conventionnelles (sables bitumineux ; etc.) sont encore disponibles et ne seront pas le facteur déclenchant d’une remise en question de nos modes de développement.


Le changement climatique, par contre, se pose en enjeu immédiat et fait consensus sur les points suivants: l’augmentation des émissions de GES [1] est bien corrélée à notre développement économique, elle est aussi nettement liée à une augmentation récente de la température atmosphérique moyenne au niveau du sol et à la remontée du niveau des océans. Le lien entre « développement économique » qui se traduit par un degré "d'avancement" industriel et le niveau des émissions est malheureusement très fort ; ainsi, si l'on répartit les émissions mondiales de CO2 entre les pays "développés" et pays en développement, il est facile de constater que l'essentiel des émissions mondiales en 1990 vient des pays industrialisés. Les pays en cours d'industrialisation ont cependant des émissions en hausse plus rapide (et ils ont aussi une croissance économique plus forte), avec pour conséquence que, tendanciellement, les pays "en développement" rattraperont les pays "développés" en 2020.


Quelques degrés en plus de moyenne sur terre ne vont pas entrainer des évolutions homogènes localement. Un examen générique des conséquences possibles du changement climatique montre toutefois:

  • Un affaiblissement et une disparition des écosystèmes (changement au niveau des températures, des précipitations, de la faune auxiliaire et ravageurs, etc.)
  • Une recrudescence de certaines maladies et des phénomènes climatiques « exceptionnels » (vagues de chaleurs, inondations, etc.)
  • Un re-largage du carbone des sols et un affaiblissement de la photosynthèse (l'élévation de la température augmente la vitesse de décomposition de l'humus du sol, les « puits de carbone » risquent de se transformer en « sources de carbone »).

Enfin, il est essentiel de se rappeler que le CO2 et les autres GES s’accumulent dans l’atmosphère avec un effet de latence. Ainsi, au moment où l'on décidera de réagir, nous serons alors très avancés - et de manière irréversible pour quelques siècles, à cause de la durée de vie du CO2 dans l'atmosphère - dans un phénomène comportant une inertie considérable et dont les conséquences sont imprévisibles.


L’agriculture émet 26% des émissions des gaz à effet de serre pour nourrir la planète (dont la moitié est du N2O). Cette part de l’agriculture est plus importante si l’on inclut les émissions dues à la fabrication des engrais et pesticides, aux industries agro-alimentaires, à l’utilisation d’emballages, aux structures de commercialisation (grandes surfaces) et bien sur aux transports.

Les postes les plus importants d’émission de gaz à effet de serre au sein même de l’exploitation sont l’épandage d'engrais azotés suivi des processus de dégradation dans le sol, l’utilisation d'engins agricoles lourds selon un calendrier de travaux chargé entrainant le tassement des sols, les productions animales en général (fermentation des déjections animales dans les fosses de stockage), l’élevage des ruminants (fermentation entérique) et l’utilisation de l'énergie en agriculture (carburant, chauffage des bâtiments d'élevage…).

Au niveau énergétique, tous systèmes de production confondus, les postes les plus énergivores sont l’alimentation animale, les engrais, les carburants et l’électricité. L’agriculture doit prétendre à produire plus d’énergie qu’elle n’en dépense et elle devra surtout viser à réduire au maximum sa part dans les émissions de gaz à effet de serre.

De fait, la question du partage des terres entre la production alimentaire et la production non alimentaire de l’agriculture se pose.


Déjà menacées par la demande urbaine et industrielle, les surfaces agricoles à consacrer aux cultures énergétiques ne sont pas extensibles pour répondre par une part conséquente à la consommation actuelle et elles devront de toute façon répondre prioritairement à l’augmentation de la demande alimentaire mondiale.

Alors que la population mondiale va continuer d'augmenter et devrait atteindre le chiffre de 9 milliards d'ici à 2050, l'exode rural se poursuit dans de nombreuses régions de la planète et une partie des populations des pays émergents (Inde, Chine) voit leur niveau de vie s’améliorer, ce qui devrait se traduire par une augmentation de la demande alimentaire (en particulier de produits carnés demandant plus de surfaces agricoles pour leur production).

Ces phénomènes vont avoir des conséquences profondes dans le domaine agricole dans la mesure où l’occupation des sols, le transport et la transformation des produits vivriers, ainsi que la capacité de la population à s'en procurer, représentent des aspects déterminants de la sécurité alimentaire.

La perspective qui se dessine dans l’optique d’une implantation en masse de cultures énergétiques- comme l’annoncent les objectifs européens mais aussi américains à très court terme, c’est des pays riches qui consommeront toujours autant de carburant produit sur les terres arables des pays pauvres, aggravant leur dépendance alimentaire, détruisant leur écosystème à grande échelle (déforestation, etc.) et générant des conflits régionaux.

De plus, sous l'effet des sollicitations du marché, des mises à disposition des terres en jachères, des systèmes de défiscalisation et de soutien adoptés, les prix des matières premières risquent de fluctuer fortement sans lien avec leur destination alimentaire ou énergétique.

Renforcer une vocation énergétique de l’agriculture dans la logique actuelle aura un impact néfaste sur les systèmes et l’environnement.

Les différents projets en cours visent tout d’abord à promouvoir des filières industrielles avec des impacts environnementaux directs en termes de concentration des productions sur les territoires. Ce type d’agriculture favorable à la monoculture, à la concentration et à la course au rendement avec un fort usage d’intrants (engrais et pesticides entre autres) contribue à la pollution des eaux, des sols, de l’air et des paysages. La spécialisation de grands bassins de production en cultures énergétiques pour répondre aux besoins en matière première des industries rendra obsolète l’intérêt énergétique et environnemental de ces filières.

L’intérêt des agro-carburants existe seulement s’ils respectent certaines conditions

A l’exigence première que l’agriculture réponde à sa vocation alimentaire, il est concevable alors que les matières premières agricoles soient destinées à devenir des agro-carburants. Ils devront cependant répondre à certaines conditions :

  • Leur impact environnemental doit être positif (toute la chaine de production-distribution comprise et sur tous les territoires concernés);

  • Ils doivent présenter une efficacité énergétique optimale et des émissions de gaz à effet de serre minimales;

  • Ils doivent générer des coproduits dont la valorisation et les systèmes de production qui les utilisent soient pertinents.

  • Leurs structures de production doivent être souples et doivent montrer de bonnes capacités d’adaptation puisque la matière première sera un surplus de la production à vocation alimentaire donc fluctuera en quantité.

  • Le coût fiscal nécessaire à leur mise en place doit être réparti équitablement. 

  • Ils doivent avoir un impact sur le revenu des paysans.

Les agrocarburants développés à l’heure actuelle en France : le « biodiesel » et le « bioéthanol », à 5,10 ou 85% d’incorporation sont des leurres tant au niveau de leur intérêt énergétique, qu’en tant que solution durable pour une diminution des gaz à effet de serre.

Dans un contexte local, à l’heure actuelle des connaissances, seul le développement des huiles végétales pures et éventuellement de certains agrocarburants deuxième génération issus de la filière ligno-cellulosique sur des plantes pérennes en milieu forestier pourraient présenter un certain intérêt.
Mais les bénéfices qui en découlent doivent profiter à l’ensemble de la population dans un souci d’autonomie des exploitations et de services à la communauté.

L’agriculture a les moyens d’être productrice d’énergie et peut contribuer à la diminution des émissions de gaz à effet de serre

Les agriculteurs peuvent continuer à améliorer la productivité de tous les facteurs de production que ce soit la productivité du sol (dont il faudra veiller à maintenir la fertilité) ou la productivité des intrants en limitant au maximum l’impact de l’agriculture sur l’environnement. Le meilleur moyen sera de surveiller l’évolution des bilans énergétiques et des bilans carbone.


L'agriculture met en jeu deux types différents d'énergie dont l'utilisation a des conséquences distinctes sur l'environnement :


  • les énergies non renouvelables qui ne se reconstituent que très lentement à l'échelle humaine ; ce sont essentiellement les énergies fossiles et nucléaires, présentes dans l'écorce terrestre. Elles sont assimilables à des stocks.

  • les énergies renouvelables qui d'une part se reconstituent rapidement : bois, autres formes organiques, ou d'autre part proviennent de sources inépuisables comme le soleil, le vent, l'eau, qui sont assimilées à des flux.

L'analyse énergétique, où seules sont comptabilisées, en entrée de l’exploitation agricole, les énergies non renouvelables, en sortie l'énergie brute des produits de l'exploitation, permet de montrer si plus d’énergie organisée est produite par l’agriculture qu’elle n’en a consommée.

L’efficacité énergétique (qui est le rapport entre l’énergie brute produite et les énergies non renouvelables consommées) des fermes est très variable. La grande variabilité nous indique qu’il y a une marge de manœuvre importante. Les comparaisons énergétiques entre exploitations ne sont valables que pour des exploitations spécialisées et orientées vers la même production ou pour comparer les itinéraires techniques d'une même production entre eux.

Les résultats énergétiques révèlent l'autonomie de l'exploitation, son usage des ressources locales et des énergies non renouvelables et l'efficacité énergétique de ses techniques de production : ainsi, les systèmes de production économes, c’est-à-dire autonomes du point de vue de l’alimentation et de la fertilisation, sont les plus efficaces.

 


 

[1] GES : Gaz à effet de serre
  • Confédération Paysanne
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