La satisfaction des besoins alimentaires
Introduction par Alex Bandou
Un des enjeux majeurs du XXIe siècle est la satisfaction des besoins alimentaires vitaux de la population à l’échelle planétaire comme à l’échelle des pays ou des territoires. La vocation première de la Politique agricole commune (Pac) européenne était d’ailleurs de planifier et réguler la production agricole afin d’atteindre l’autonomie alimentaire, au sortir de la 2e guerre mondiale.
Si cette autonomie alimentaire a été atteinte rapidement dans l’Union européenne dès les années 1970, dans les régions insulaires ou ultramarines des pays européens la situation est très différente. Ces régions, qu’on appelle aujourd’hui « régions ultra-périphériques » (RUP), sont les DOM français (Réunion, Guyane, Martinique, Guadeloupe), les Îles Canaries (région espagnole) et les Açores et Madère (régions portugaises).
Pour ne citer que le cas de la Guadeloupe, notre autonomie alimentaire s’est au contraire dégradée avec une dépendance accrue vis-à-vis des produits importés, et ce notamment depuis la départementalisation qui a transformé la société de production existante en société de consommation à outrance.
La question, cruciale de l’autonomie alimentaire des RUP nous semble se poser aujourd’hui de façon encore plus impérative, étant donné le contexte actuel.
D’une part, la raréfaction du pétrole et la flambée des prix, couplées au réchauffement climatique, remettent en question la multiplication des transports. Les cultures d’exportation, notamment la canne à sucre et la banane, qui sont le pilier de l’économie de plusieurs RUP, subissent la pression de la mondialisation économique.
Enfin, les attentes et exigences des consommateurs et de la société vis-à-vis des produits alimentaires, mais aussi vis-à-vis de l’agriculture, évoluent : ses dimensions environnementale, territoriale et sociale sont davantage mises en avant (« multifonctionnalité »).
Ce colloque de deux jours, qui fait suite à neuf mois de travail de préparation, propose donc de réfléchir aux politiques agricoles à mettre en place pour que les RUP atteignent leur autonomie alimentaire, par une politique de « reconquête des cultures vivrières ».
En effet, les « cultures vivrières », prises au sens large – c’est-à dire l’ensemble des productions nécessaires à l’alimentation de base, à savoir toutes les cultures de légumes, de tubercules, de fruits, mais aussi les différents élevages destinés à la consommation de viande et autres produits animaux (lait, œufs, etc.) – sont par définition le pilier de l’autonomie alimentaire d’un territoire.
À l’UPG et à l’ADEARG, nous pensons que ces productions vivrières participent également pleinement
au développement agricole durable du territoire, en aidant au maintien d’emplois et d’activités en milieu rural, en consolidant le revenu des producteurs et en participant à la protection de l’environnement et de la biodiversité si des pratiques agrico les respectueuses sont mises en œuvre.
Pourtant, trop souvent en Guadeloupe, on entend un producteur dire qu’il va « faire un coup » sans qu’à aucun moment cette initiative ne s’inscrive véritablement dans la perspective d’un vrai projet réfléchi, décidé, cohérent.
L’objet de ce colloque est tout d’abord de permettre un débat le plus large possible sur ce thème de l’autonomie alimentaire et des politiques agricoles, avec l’ensemble des acteurs concernés : des agriculteurs aux consommateurs, en passant par les organismes agricoles et financiers, la recherche, les institutions…
Les problèmes auxquels nous sommes confrontés sont mondiaux et les politiques doivent être pensées à cette échelle. Mais parler d’agriculture, c’est aussi parler de territoire. Et cette dimension territoriale laisse penser que les solutions devraient avant tout être trouvées localement.
C’est pourquoi il est nécessaire de mener un travail de réflexion et d’échanges non seulement avec tous ces acteurs du territoire guadeloupéen, mais aussi avec les acteurs des autres RUP, avec lesquels je souhaite que ce débat soit riche en échanges d’expérience.
Au terme de ce colloque, nous devrions être capables de dégager les grandes lignes ou de jeter les bases d’une vraie politique agricole guadeloupéenne, conçue par les Guadeloupéens, pour les Guadeloupéens.C’est maintenant qu’une réaction s’impose pour prendre en main notre développement ; cela nécessite que les différents pouvoirs et compétences soient cohérents et rassemblés pour un même objectif.
Nous souhaitions que ce colloque ne soit pas un énième laboratoire d’idées extraordinaires et intelligentes qui restent sans suites en raison d’incompréhensions ou de blocages divers, mais au contraire le début d’un grand chantier pour décider de la politique agricole de la Guadeloupe et des autres RUP. Cessons d’être bons individuellement et soyons enfin meilleurs ensembles !
Voir aussi les autres colloques sur les grands enjeux agricoles du XXIème siècle.
Les versions espagnole et anglaise en pdf sont disponibles.
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