Colloque Maintien de l'emploi agricole
 
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Colloque Maintien de l'emploi agricole

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Résistances en Europe à la servitude en agriculture. Les actes des rencontres sur les conditions de travail des salariés agricoles (mai 2006)
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Quelles politiques agricoles européennes et régionales pour le maintien de l'emploi agricole ?

Actes du Colloque de St-Lo (Basse-Normandie), 20-21 octobre 2006.

Discours d'ouverture de François Dufour, porte-parole régional de la Confédération paysanne de Basse-Normandie.


Pourquoi traiter la question de l’emploi en Basse-Normandie ? Cette région, comme la plupart des régions françaises et d’Europe, tire la majorité de son économie de l’exploitation de ses terres et de son sous-sol, activités qui occupent là encore la majorité de son territoire.

L’agriculture, riche de ses diversités, place cette région en tête des régions françaises pour de nombreuses productions. L’agriculture bas-normande compte à ce jour 26 900 exploitations. Bien qu’ayant perdu de nombreux actifs ces vingt dernières années, l’emploi agricole (salarié et non-salarié) y représente tout de même 7,2 % de l’emploi total régional. Comparé à 2,6 % en Haute-Normandieet 3,6 % dans le reste de l’hexagone.

Cette région détient un nombre important de signes de qualité dans les produits alimentaires. Pas moins de 12 AOC, de nombreux labels rouges et certificats de conformité notamment sur les viandes bovines, porcines, ovines, produits laitiers, cidricoles, produits de la mer. Après cette énumération succincte, notons tout d’abord que si l’emploi à la production est encore important, il conditionne aussi des emplois multiples dans tous les secteurs de la transformation, de la distribution et des services. 26 900 exploitations pour plus de 48 500 actifs familiaux, c’est d’abord une colonne vertébrale solide pour les trois départements de la Manche, l’Orne et le Calvados. 20500 emplois dans l’agroalimentaire, c’est ensuite une force et un atout pour le marché du travail et les savoir-faire locaux des hommes et des femmes de cette région.

Si la Basse-Normandie a pu forger dans l’histoire autant de diversité entre les zones côtières, les vastes zones de marais et les territoires de bocage, c’est aussi parce que le maillage du territoire, ses haies bocagères, ses zones humides protégées n’ont pu suivre une évolution comparable à la plaine du bassin parisien. Ce qui fait la différence économique de la Basse-Normandie par rapport à d’autres régions, ce sont les conditions climatiques favorables au développement des zones herbagères qui permettent aux exploitations d’être moins dépendantes des marchés nord américains du soja et de limiter l’utilisation des énergies fossiles.

Mais n’oublions pas, qu’ici comme ailleurs, une hémorragie importante des emplois a eu lieu entre les disparitions programmées des sièges d’exploitations ou les délocalisations des grands groupes industriels. Comme ceux de Moulinex pour n’en citer qu’un. La politique européenne industrialise de plus en plus l’agriculture. La globalisation des échanges déstabilise et fragilise intensément les économies locales.

Ainsi chaque année, 5 % des sièges d’exploitations sont «mis hors course» soit par des départs en retraite, parfois prématurés soit parce que les conditions de revenu n’offrent plus de perspectives. La disparition des exploitations est souvent conduite au nom d’une idéologie visant à concentrer les moyens de production sans se soucier des effets sociaux, facteurs de mal-être chez de plus en plus d’êtres humains laissés sur le bas côté. Depuis l’année de mise en place des quotas laitiers en 1984, 70 % des producteurs de lait ont quitté le métier.

Aujourd’hui, les politiques agricoles ont oublié d’analyser les conséquences de la destruction du tissu rural et de chiffrer globalement les coûts induits de la destruction massive des sièges d’exploitation.

L’utilité sociale du paysan, la protection des diversités locales, le développement de l’emploi ont besoin d’être refondé si l’on veut inverser les tendances actuelles.

L’engagement dans un débat large pour faire émerger des propositions est capital pour nous paysans, militants, car il s’agit de prévenir des conséquences de l'application d'une politique agricole inéquitable et inapplicable en l'état. Face à la marchandisation de toutes les activités humaines, il est de notre ressort de donner un sens aux droits et au respect des générations actuelles et futures.
Il s’agit d’essayer de mettre en commun des idées, de confronter des points de vue autour d’un slogan que je me permettrais d’intituler le «vivre bien». On a souvent l’habitude de parler du «vivre mieux» qui signifie presque toujours «avoir accès à toujours plus» ce qui n’est pas sans conséquences sur la solidarité.

Le vivre bien, je le définirais par la reconnaissance faite à chaque individu des moyens d’existence tel le droit de bouger, d’être logé, d’être éduqué, de se soigner et de vivre dans un environnement sain et reproductible pour les générations futures. Ce qui pour conclure exige de reconnaître à chacun le droit à un travail correctement rémunéré. Ce colloque doit nous permettre de poser quantitativement et qualitativement une esquisse de projet de société autour de politiques agricoles correspondant aux besoins de l’ensemble de la population.

Sans corporatisme, sachons parler non seulement du maintien de l’emploi agricole, mais soyons inventifs pour dépasser cette idée en parlant aussi de créativité, en insistant par exemple sur les aspects de relocalisation de nos économies.


Télécharger les actes du colloque.

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