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Les Européens, qu’ils soient paysans ou non, ont besoin d’une politique publique, d’une politique agricole légitime, durable et solidaire définie par eux-mêmes et non par l’OMC. La création de la Coordination européenne Via campesina permet un nouveau rapport de force.
par Gérard Choplin,
animateur de la Coordination européenne Via campesina

 

La Coordination européenne Via campesina a été lancée le 26 juin, à l’assemblée générale de Madrid, à partir des organisations paysannes regroupées jusque-là dans la CPE (Coordination paysanne européenne, 1986-2008), la Coag (une des deux grandes organisations paysannes espagnoles), l’AIAB (une grande organisation de producteurs biologiques d’Italie), des organisations de salariés agricoles d’Andalousie et de Suisse, ainsi que des organisations paysannes plus petites du Danemark, de Grèce et de Malte. Une organisation paysanne turque, membre de Via campesina depuis 2004, a depuis rejoint la nouvelle famille.


Lors du processus de construction de la nouvelle coordination, qui a démarré en décembre 2006, un «socle commun» a été adopté , qui définit les valeurs et les priorités de l’organisation en matière de politique agricole européenne. Les structures qui souhaitent rejoindre la Coordination européenne Via campesina doivent être en accord avec ce socle commun. 

 

Pourquoi passer de la Coordination paysanne européenne
à la Coordination européenne Via campesina ?

Face aux réformes de la Pac formatées par les règles destructrices de l’accord OMC de 1994, le mouvement paysan européen lancé dans les années quatre- vingt, doit être plus fort, plus influent. Les contradictions internes du Copa (1), où de nombreuses tensions sectorielles et nationales s’exercent, et qui n’a pas l’équivalent de notre socle commun, font que la grande distribution et l’industrie agro-chimico-alimentaire dictent la voie des réformes.

L’espace existe au niveau européen pour d’autres voix paysannes. La CPE avait su le créer, mais encore fallait-il avoir et prendre les moyens d’occuper davantage cet espace pour influer sur les décisions… et la nature a horreur du vide. Il était donc temps de franchir une nouvelle étape en regroupant des organisations qui, pour diverses raisons nationales ou historiques, n’avaient pas rejoint la CPE.

 

Une reconnaissance au niveau européen et une appartenance
à un mouvement paysan international soudé et reconnu
donnent à la Coordination la possibilité d’agir

Par ailleurs le déplacement du lieu de décision de la politique agricole européenne vers le niveau international de l’OMC avait poussé la CPE à créer, avec ses alliés paysans des autres continents, le mouvement paysan international Via campesina en 1993, quelques mois avant l’accord sur l’organisation mondiale du commerce. La Coag s’étant jointe dès le départ à Via campesina sans rejoindre la CPE, et les activités internationales prenant de plus en plus d’importance au fur et à mesure de la mondialisation et du feuilleton du nouveau cycle de l’OMC, deux niveaux de travail et de responsables peu à peu émergeaient : la CPE d’une part et le niveau européen de Via campesina d’autre part. Il était urgent de clarifier la situation et de mettre ensemble toutes les énergies en mouvement.

 

Une organisation plurielle qui veut rassembler et s’allier

La Coordination européenne Via campesina est composée actuellement de 23 organisations provenant de 14 pays. Ses organisations rassemblent un peu plus de 100 000 membres. Certaines organisations sont grandes ou influentes dans leur pays ou leur région (Coag-Espagne, Confédération paysanne-France, AIAB-Italie, NBS- Norvège, CNA-Portugal, SLG-Galice, Uniterre-Suisse Romande). D’autres sont plus modestes mais jouent un rôle dans le débat agricole national ( AbL-Allemagne, Modef- France, Fugea-Wallonie, ÖBV-Autriche, Nav-Hollande). D’autres enfin sont de petites organisations, qui activent le débat avec souvent très peu de moyens (Nordbruk-Suède, Map-Wallonie, Ari-Italie…).

L’objectif essentiel de la coordination reste le changement de politique agricole européenne et l’émancipation de celle-ci des règles de l’OMC, grâce à la souveraineté alimentaire. Pour cela, elle doit être au cœur du débat sur la Pac d’après 2013 et sur la révision du budget de l’Union européenne.

Le fait que deux organisations de salariés fassent partie de la coordination européenne, de même que les jeunes ruraux catholiques du Mijarc-Europe (2), montre que l’agriculture et la politique agricole ne sont pas seulement l’affaire des paysans. La mobilisation à Annecy, en septembre dernier, a été une belle illustration de la force de cette alliance. Dans la foulée, un séminaire européen rassemble les 11 et 12 décembre à Paris, à l’initiative du réseau français Pac 2013, des associations et des réseaux européens et nationaux qui travaillent sur la politique agricole commune.

 

Les faiblesses

La Coordination européenne Via campesina reste une organisation européenne encore petite, absente dans 13 pays de l’UE, essentiellement l’Europe centrale et orientale ainsi que le Royaume-Uni et l’Irlande où de nombreux contacts et des partenariats existent. Elle manque encore de moyens financiers, l’essentiel de son budget reposant sur les cotisations de ses membres (3).


Or le travail européen est coûteux en transport, en interprétation, en téléphone. La recherche de fonds institutionnels et de donateurs est une priorité pour financer projets, actions, groupes de travail, assemblées et formation.

 

Les atouts

La cohésion des membres autour des valeurs et priorités réunies dans le socle commun, la diversité géographique, la cohérence de ses propositions, sa capacité d’alliances font la force de la nouvelle organisation, à condition… de l’utiliser. Sa reconnaissance au niveau européen, dont elle a hérité de la CPE, ainsi que son appartenance à un mouvement paysan international soudé et connu, lui donnent la possibilité d’agir.

Aujourd’hui, les cinq crises concomitantes auquel le monde doit faire face (finances, climat, énergie, alimentation, biodiversité) sont un cocktail explosif (si la loco continue sur ses rails), ou refondateur (si nous posons un aiguillage). La Pac, les batailles contre les OGM et les agrocarburants, le développement des circuits courts, la bombe à retardement des pesticides pour la santé, le Forum social européen… ont mis en réseaux, ces dernières années, un grand nombre de citoyens, d’associations, de syndicats. Un séminaire européen «trans-réseaux» discutera d’ailleurs à Paris les 10 et 11 janvier prochains d’initiatives pour agir ensemble face à ces crises.

Dans une Union européenne qui cherche son sens au cœur de la mondialisation (voir l’état du traité constitutionnel), la panne sèche de l’idéologie néolibérale à l’épreuve des faits et des crises est une chance à saisir, mais, comme l’histoire ne repasse pas les plats, la Coordination européenne Via campesina n’a pas le droit de décevoir les attentes de ses paysans et paysannes, de ses alliés en Europe, et des autres membres de Via campesina dans le monde.

Gérard Choplin,
animateur de la Coordination européenne Via campesina

Source : Pour un changement de Pac
Extrait du dossier "De nouvelles forces avec la Coordination européenne Via campesina " , Campagnes solidaires, n° 236, janvier 2009. L'ensemble du dossier peut être téléchargé ici

Visiter le site de la Coordination européenne Via Campesina


Notes

(1) Comité des organisations professionnelles agricoles, regroupant la Cogeca (coopération), actuellement présidé par Jean-Michel Lemétayer, président de la Fnsea qui en est un des principaux membres.
(2) Mouvement international de la jeunesse agricole chrétienne (www.mijarc.org), dont est membre le MRJC, mouvement de la jeunesse chrétienne (France).
(3) Plafonnées, comme le budget de l’UE, à un petit pourcentage des dépenses des organisations membres.
Politique agricole et alimentaire
Pour une Politique Agricole et Alimentaire Commune 2013 dans le cadre de la souveraineté alimentaire
Socle commun ECVC
Le texte définissant les valeurs et les priorités qui fonde les orientations et le travail de la Coordination européenne Via Campesina

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tel +33 1 43 62 04 04 - fax +33 1 43 62 80 03 - courriel
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