Le gouvernement français a décidé de privilégier le développement des biocarburants, comme un des moyens pour atteindre les objectifs assignés dans le cadre du Protocole de Kyoto et a donc dressé un objectif de 10% de biocarburants dans les carburants utilisés en France à l’horizon 2015.
Mais les biocarburants industriels envisagés (éthanol, ester d’huile),
- Présentent des bilans énergétiques insuffisants, du fait des procédés de fabrication et du transport ;
- Sont très gourmant en subventions : 13,20€ par quintal de blé, 40€ par tonne de betterave transformé en éthanol, et 15,30€ par quintal de colza transformé en ester (sans compter les primes PAC).
Quelques chiffres incontournables : défiscalisation de l’éthanol en 2006 : 33€/hl ; coût de la défiscalisation : 11,79€/quintal de blé, maïs ; 36€/tonne de betterave sucrière ; 11,32€/quintal de colza. La défiscalisation c’est la TIC (Taxe Intérieure de Consommation ; ex TIPP) que l’état perçoit à la pompe mais qu’il abandonne à l’industriel en complément de son prix de vente.
C’est donc une perte sèche pour le budget de l’état d’environ 1 milliard d’€ pour 2010.
- Concentrent la production sur les grands bassins céréaliers ;
- Risquent de privilégier un approvisionnement issu de pays du sud du fait que les usines sont construites à proximité des ports. Dans ces pays, des plantations de maïs, de palmier à huile, de canne à sucre et de soja se développent au détriment des cultures vivrières et des populations rurales (Amérique du Sud, Malaisie, Indonésie, …) ;
- Sont soumis aux pétroliers quant au mélange avec les carburants classiques et la distribution.
Le « pic pétrolier » pourrait apparaitre comme une chance de développement durable. L’énergie verte est donc appelée à se développer à certaines conditions toutefois :
- Elle ne remplacera jamais à elle seule le pétrole (les terres agricoles n’y suffiraient pas d’autant plus qu’elles sont « réquisitionnées » pour d’autres finalités : infrastructures routières, urbanisme, matériaux de construction) ;
- Il ne faut pas qu’il y ait concurrence du sol à fin alimentaire et à fin énergétique ;
- La diminution de la ressource énergétique devrait nous obliger à inventer d’autres rapports à l’énergie (relocalisation de l’économie) ;
- La production d’énergie verte devra viser le meilleur bilan énergétique et environnemental possible ;
- Il faudra veiller à ce que la valeur ajoutée ne soit pas captée par les industriels et le lobby agricole.
- Le développement de l’énergie verte devrait permettre d’atteindre a minima l’autosuffisance en énergie de traction de l’exploitation dans un objectif de souveraineté alimentaire.
- Enfin, le développement des cultures énergétiques doit s’inscrire dans un souci de diversification (pas de monocultures) et de complémentarité de fermes spécialisées (productions animales et végétales) dans l’ensemble du territoire.
La Confédération Paysanne juge nécessaire de mettre en œuvre les mesures suivantes :
- Le développement des filières courtes locales qui permet de maintenir la valeur ajoutée au niveau local (chez le paysan, ou dans un cadre collectif local) :
Nous souhaitons appuyer le développement de la filière Huile Végétale Pure (HVP), présentant un bilan énergétique bien meilleur que les biocarburants industriels (5 à 7 pour l’HVP issue de colza et de tournesol respectivement, 0,9 pour l’essence et le diesel et entre 1 et 3 pour les biocarburants classiques), et dont les tourteaux (plus gras et non traités chimiquement) ont une meilleure qualité pour l’alimentation animale.
- L’exigence de moyens renforcés pour la Recherche et Développement et l’acquisition de références pour ces filières courtes.
Il faudrait ainsi arriver à définir un cahier des charges de l’HVP, afin d’obtenir un produit « normé » notamment pour obtenir une garantie des motoristes, condition nécessaire à l’adaptation des véhicules (kit bicarburation) et au développement de son utilisation en agriculture et éventuellement pour les services collectifs (, transports en commun, etc.)
L’INRA travaille sur la production d’éthanol à partir de plantes et résidus lignocellulosiques (bois, branchage, paille) permettant d’augmenter l’assiette de production de biomasse (les zones de grandes cultures, mais aussi les zones plus difficiles, semi-montagnes et forêts – souvent sous exploitées) sans utilisation excessive d’intrants (plantes pérennes) ;
- La légalisation et défiscalisation nécessaires au démarrage de ces filières
La directive européenne 2003/30 reconnait l’HVP comme carburant, mais n’a pas été retranscrite en droit français. Il faut donc l’exiger.