Success story...
Dole c’est la « success story » d’une entreprise fondée au milieu du XIXe siècle pour la production d’ananas, devenue aujourd’hui une multinationale agroalimentaire qui vend plus de 200 variétés de fruits, légumes et fleurs à travers le monde et qui emploie 36 000 travailleurs permanents et 23 000 saisonniers. Cette multinationale est le leader mondial et le numéro trois en Europe pour la production et la commercialisation de bananes. Un marché qui lui rapporte plus d’un milliard d’euros par an.
Dole est une compagnie privée passée en 2003 sous le contrôle de David H. Murdock, l’un des hommes les plus riches du monde. Ce milliardaire a aussi une longue histoire antisyndicale derrière lui. Il a été la cible d’une des plus importante campagne de syndicalisation de l’industrie textile américaine, dans l’entreprise Cannon Mills. Il a réussi cependant à se débarrasser du syndicat et a déclaré par la suite « j’ai combattu le syndicat et j’ai gagné... ».
Dole, comme ses deux principales rivales, Chiquita et Del Monte, est une entreprise intégrée verticalement.
Cette intégration verticale lui permet d’absorber une plus grande partie de la valeur ajoutée totale du produit et de retirer des bénéfices des activités de services qui rapportent plus que l’activité de production en elle-même.
Entreprise intégrée verticalement : entreprise qui contrôle les différentes étapes de la chaîne. En l’occurrence pour les multinationales de la banane, la production, l’emballage, l’expédition, le transport par bateau, l’importation et le mûrissage.
On observe depuis quelques années un désengagement de Dole au stade de la production. Ce désengagement reflète un changement de rapport de force dans la filière : Il est devenu plus important de maîtriser l’extrémité de la chaîne, au plus près du consommateur, ce qui permet de se désengager de sa responsabilité sociale vis-à-vis des travailleurs des plantations.
Dole se fournit en bananes dans ses propres plantations, dans celles où elle détient des parts et auprès de sous traitants au Costa Rica, au Guatemala, au Honduras, en Équateur, en Colombie, au Cameroun, en Côte d’ivoire et aux Philippines.
« Dole verse des salaires [...] qui permettent aux travailleurs et leurs familles d’avoir un bon niveau de vie proportionnellement aux sociétés dans lesquelles ils vivent et travaillent [...] Dole respecte la liberté individuelle de chaque travailleur de rejoindre le syndicat de son choix ou de s’abstenir de toute affiliation. »
Extrait de la partie « Politique salariale » de l’engagement de Dole en matière de RSE (Responsabilité Sociale de l’Entreprise).
Dans la réalité, Dole pratique et soutient une politique antisyndicale dans les plantations de banane et les droits d’organisation et de négociation collective ne sont pas mentionnés dans son Code de conduite. En parallèle, la multinationale continue de faire baisser les coûts de production ce qui signifie salaires bas et conditions de travail difficiles. Des trois multinationales bananières, Dole est celle qui compte le moins de syndicats en Amérique Latine. Deux pays sont devenus le centre de ses opérations dans le commerce de la banane : le Costa Rica et l’Équateur.
Il n’y a qu’au Honduras que les plantations de Dole ont des syndicats et des conventions collectives.
Au Guatemala, la répression de toute tentative d’organisation syndicale est très sévère, surtout sur la côte pacifique où Dole se fournit en grande quantité de bananes.
Les plantations de bananes ne sont pas des cas isolés des pratiques de Dole et de ses fournisseurs. Les mêmes problèmes de non respect de la liberté syndicale et de conditions de travail extrêmement dures, se retrouvent notamment dans les plantations d’ananas du Costa Rica et d’Equateur, et dans les plantations de fleurs en Colombie et en Équateur.
« Dans le monde idéal de Dole, les travailleurs ont le droit de rejoindre le syndicat de leur choix, mais ils décident de ne pas exercer ce droit. » Ron Oswald, secrétaire général de l’Union internationale des travailleurs de l’agroalimentaire.
Les travailleurs de ces deux compagnies, fournisseurs de Dole, ont décidé de fonder un syndicat afin de lutter entre autre, contre le travail des mineurs et des femmes dans des conditions inacceptables. Leurs conditions de travail sont exténuantes et les heures supplémentaires non rémunérées. Le syndicat SITRAPINA a été fondé le 4 décembre 2005. À compter de décembre 2005, la persécution a commencé, avec notamment le licenciement de deux ouvriers. Ensuite, c’est le président du syndicat qui est licencié et, fin janvier 2006, encore 10 autres affiliés.
Dole, moins de communication et plus d’actions !
La multinationale persiste à dire qu’elle est en cours de négociation avec les syndicats et maintient sa communication sur sa certification SA 8000. La multinationale utilise cette certification privée depuis longtemps comme une réponse aux interrogations sur le respect de la liberté syndicale dans les plantations et sur sa politique antisyndicale. Au début de l’année 2005, Dole avait fait certifié 79 % de ses plantations et annonçait un objectif de 100 % pour fin 2005. Pour les syndicats, cette certification ne garantit pas la liberté syndicale : pour preuve, le nombre de plantations qui ont reçu la certification alors même qu’aucun syndicat n’y existe et que tout est mis en œuvre pour qu’il n’y en ait pas. Par ailleurs, dans la plupart des cas, les travailleurs ne constatent pas d’améliorations de la situation ni dans le domaine de l’environnement, ni dans celui des conditions de travail.
Après plusieurs années de dialogue et de rencontres sans aucun résultat concret, COLSIBA, la Coordination latino-américaine des syndicats des plantations de bananes et EUROBAN (Réseau européen d’action sur la banane) ont décidé de publier un rapport, fruit de contributions de gens sur le terrain, de personnes travaillant dans les plantations et de syndicalistes, qui dénonce les pratiques antisyndicales de la multinationale.
En mai 2006, la publication du rapport « Dole, derrière l’écran de fumée » a été accompagnée de l’envoi au PDG de la compagnie d’une lettre ouverte signée par plus de 70 organisations en Europe et aux États-Unis. Depuis, et conformément à ses habitudes, peu d’engagements concrets ont été pris par la multinationale et les syndicats ne constatent pas de changement sur le terrain.
« La multinationale n’a montré aucune volonté sérieuse d’apporter des réponses aux problèmes soulevés dans le rapport “Dole, derrière l’écran de fumée”, pas plus dans ses propres plantations que chez ses fournisseurs ». Anne-Claire Chambron, coordinatrice d’EUROBAN.
En septembre 2006, le jour où Dole célébrait son 50e anniversaire au Costa Rica, un syndicaliste a été expulsé par les forces de police d’une plantation appartenant au groupe ACON, le plus important fournisseur de Dole dans ce pays.
« Nous sommes toujours confrontés à la même rhétorique de la part de Dole . Il y a d’un côté ce que la compagnie déclare aux médias et de l’autre ce qui se passe réellement dans les plantations ». Gilberth Bermudez, secrétaire général du syndicat SITRAP au Costa Rica.
Pour en savoir plus : Le rapport « Dole, derrière l’écran de fumée », et plus d’informations sur le sujet sur le site de Peuples Solidaires
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