Emploi saisonnier : ce que fait la Conf'

Saisonniers migrants : Résistances en Europe à la servitude en agriculture

L’implication de la Confédération paysanne dans les luttes pour les droits des travailleurs saisonniers agricoles migrant

Analyse des politiques agricoles sous l'angle des travailleurs de la terre

Le système de production agricole intensifiée, le mode de production capitaliste suppose la recherche d’un profit maximum dans un contexte de concurrence internationale sauvage organisée autour de la baisse des coûts de production.

Dès lors, les axes principaux des politiques agricoles européennes reposent sur deux présupposés fondateurs :

  • D’abord concentrer les bassins de productions dans des zones choisies où les principes de l’agronomie sur lesquels reposent les économies paysannes n’ont plus de place,

  • Ensuite organiser la « mobilité » d’une main d’œuvre peu onéreuse et nécessairement docile, revisiter les politiques migratoires.
Photo Y. Lamoulère

Il a donc fallu mettre en place un arsenal de mesures légales visant à organiser la flexibilité du travail en révisant à la baisse les normes imposées par les législations et les codes du travail nationaux.

Ainsi sont nés divers contrats saisonniers, sous diverses appellations (Contrats Anaem, contratos d’origen…) après la signature d’accords bilatéraux entre plusieurs pays « fournisseurs » potentiels de main d’oeuvre et d’autres proposant du travail saisonnier en agriculture, au prétexte très souvent fallacieux d’un manque de travailleurs nationaux. Ces contrats saisonniers permettant de s’approvisionner sur le marché international du travail (puissant dans une population majoritairement issue du milieu rural) sont en fait la couverture légale de la flexibilité de l’emploi et de l’insécurité qui en résulte pour les employés.

Ces différents montages et la présence de travailleurs étrangers sans papiers parfois en grand nombre dans certaines zones européennes (nécessaire pour faire pression et organiser la concurrence entre salariés) sont les outils de gestion de la précarisation du salariat agricole et de l’organisation de ce qui ressemble à une politique de déportation organisée.

Ces orientations des politiques agricoles visent à transformer l’agriculture en champ d’expérimentation de l’érosion des droits paysans et de ceux des travailleurs de la terre quels que soient leurs statuts.

Pour la Confédération paysanne c’est une évidence que la lutte pour le droit au revenu des paysans est synonyme de la lutte pour le respect des droits des travailleurs de la terre et que nous refusons de bâtir les prix des produits agricoles sur l’écrasement des salaires, la dégradation des conditions de travail et la promotion de la servitude en agriculture.

Favoriser des convergences de luttes

Il est une autre évidence : pour arrêter le bulldozer du libéralisme il est urgent de concrétiser des convergences de luttes et de créer les conditions permettant de comprendre qu’il n’y a pas de contradiction entre intérêt à court terme des uns et intérêt à moyen terme de tous.

C’est pourquoi des paysans et paysannes de la Confédération paysanne se sont investi-e-s depuis plusieurs années :

  • Au niveau local, principalement dans les bassins de production intensive de fruits et légumes (Sud de la France…) à travers la participation active dans les collectifs de lutte pour le respect des droits des travailleurs migrants, tel l’implication dans le CODETRAS à Marseille.

  • Au niveau national, le syndicat a mis en place un groupe de travail interne de réflexions et définition de la stratégie à mener. En 2006, la Conf’ a organisé un premier séminaire à Nîmes « Résistances en Europe à la servitude en agriculture : Etat des luttes contre les conditions de travail inacceptables des salariés agricoles », qui a donné lieu à une publication des actes

  • A travers des partenariats en France et en Europe avec des syndicats et des organisations :

  • En France : La Confédération paysanne, le GISTI, Amorces, Echanges et Partenariats et des chercheurs engagés, ont développé un projet « dialogue social dans l’agriculture », sur 3 ans. Ce projet a pour objectif :
    1. de renforcer les connaissances sur la problématique, notamment en développant des liens avec les organisations des pays d’origine des saisonniers migrants (Roumanie, Pologne) et des pays d’accueil de la main d’œuvre (Italie, Espagne)
    2. Echanger et former les militants des syndicats, collectifs et associations oeuvrant au quotidien dans la défense des droits des travailleurs et leur organisation. De la mutualisation des pratiques et des luttes devrait naître une meilleure efficacité sur les territoires concernés.
    3. Produire un petit guide juridique sur les bases des droits des travailleurs saisonniers migrants en Europe et particulièrement en France à destination des saisonniers recrutés. Un kit pédagogique de 4 pages sera édité et distribué en Roumanie aux candidats à la migration.
    4. Sensibiliser les parlementaires européens sur cette question par l’organisation d’une journée d’échanges à Bruxelles en janvier 2009 et la diffusion d'une plate-forme de revendications

  • En Europe, le renforcement de liens déjà existants avec le SOC (syndicat d’ouvriers agricoles, Espagne-Andalousie) et d’autres qui se créent avec des organisations en Italie et Roumanie.
    Une délégation de syndicalistes français et andalous s’est rendue en février 2008 en Roumanie. Cette mission a fait l’objet d’un documentaire « Sillons Solidaires »

Depuis quelques années le mur du silence qui entoure les déréglementations du droit du travail et les forfaits parfois criminels (les camps de concentration de travailleurs polonais révélés, dans les Pouilles en Italie) a commencé à se fissurer grâce au travail de terrain d’associations, de collectifs, du Codetras sur le territoire français et du SOC en Andalousie, seul syndicat d’ouvriers agricoles en Europe.

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