
Bagnolet
Mercredi 4 janvier 2012
Monsieur Mohamed Hakech
Secrétaire Général
Fédération Nationale du Secteur Agricole
Union Marocaine du Travail
BP 2511, RP-Rabat, Maroc
Monsieur le Secrétaire général,
Nous venons par ce courrier saluer la détermination des travailleurs et travailleuses agricoles victimes de licenciements et de traitements discriminatoires pour raison d’activité syndicale. Que ce soient les ouvrières de Nufribel de la région d’Agadir ou les salariés licenciés des Domaines Agricoles à Dakhla, ces personnes luttent légitimement pour le respect de leurs droits élémentaires, du droit syndical, pour leur dignité d’hommes et de femmes.
Nous voulons vous dire, en tant que syndicalistes paysans, combien nous sommes scandalisés par les dégâts que provoque l’agriculture productiviste et industrielle, tant pour les personnes salariées que pour les petits paysans qui disparaissent, au Maroc en Europe et partout dans le monde où ce système concentrationnaire se met en place.
Nous voulons aussi dénoncer avec vous le recours de plus en plus systématique aux entreprises prestataires de services, qui a pour effet entre autres d’ « effacer » les droits acquis par les salariés au cours de leur carrière. Cette marchandisation massive de la main d’œuvre est le dernier avatar des politiques d’emploi qui déresponsabilise le patronat et précarise les salariés en érodant leurs droits.
Depuis des années la Confédération paysanne, avec les membres de Via Campesina, se bat pour que l’agriculture ne devienne pas un champ expérimental de l’érosion des droits des travailleurs, pour que les politiques agricoles permettent à tous les paysans de tirer un revenu décent de leur travail, et pour que la terre reste l’outil de travail partagé des paysans et ne soit pas livrée aux spéculateurs internationaux.
Nous avons été amenés depuis quelques années à rencontrer tant dans le sud de la France qu’en Andalousie ou dans le sud de l’Italie des situations malheureusement similaires à celles que vous vivez aujourd’hui au Maroc. Ce phénomène d’intensification des pratiques agricoles et d’industrialisation de l’agriculture a partout les mêmes effets : exploitation forcenée des travailleurs au prétexte d’abaisser les coûts de production et disparition massive des petits paysans qui sont soumis à une concurrence déloyale à laquelle ils ne peuvent résister. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si parmi les milliers de personnes salariées agricoles, saisonniers ou permanents, on retrouve une forte proportion de paysans ruinés qui ont été obligés de quitter leurs terres, leurs villages, leurs familles pour tenter de vivre.
Il est très important, comme vous le soulignez, de donner une visibilité internationale à ces processus en cours dans le domaine agricole. Sachez que nous nous y employons et continuerons de le faire avec détermination et persévérance.
Vous pouvez être sur de notre solidarité active dans ce combat pour le respect des droits des uns et des autres. Nous saluons votre initiative de caravane solidaire et nous nous ferons, auprès de nos adhérents comme auprès des institutions, le relais des informations et des revendications formulées par ces femmes et ces hommes que votre syndicat soutient et accompagne.
Fraternellement
Globalisons les luttes, globalisons l’espoir !
Nicolas Duntze, paysan, responsable du dossier saisonniers agricoles,
Christian Roqueirol, secrétaire national
Confédération Paysanne
104 rue Robespierre - 93170 Bagnolet
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