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OUTREMER : NOS POSITIONS

Il est temps de décoloniser le Ministère de l'Agriculture

Nous exprimons notre vive préoccupation quant à l'iniquité persistante dans l'attribution des aides du Programme d'Options Spécifiques à l'Éloignement et l'Insularité (POSEI). 

Face aux contraintes spécifiques de nos régions ultrapériphériques (éloignement, insularité, coûts élevés de production et de transport, dépendance à certaines filières agricoles, vulnérabilité aux aléas climatiques), l'Union Européenne a reconnu la nécessité d'un soutien adapté à notre agriculture. La Politique Agricole Commune (PAC*), dans sa forme initiale, ne répondait pas pleinement à ces enjeux. C'est dans ce contexte que le programme POSEI a été créé en 1991 pour garantir le maintien et le développement des filières agricoles ultramarines, assurer un approvisionnement alimentaire stable et favoriser la diversification agricole ; ce dispositif demeure essentiel pour préserver la souveraineté alimentaire de nos territoires et soutenir nos économies locales.

Pourtant l'agriculture y reste marquée par des inégalités profondes, héritées d'une histoire coloniale et d'un système économique dominé par quelques grandes familles et groupes industriels. Les aides POSEI, gérées par l'Odeadom (Office de Développement de l'Économie Agricole d'Outre-Mer), profitent massivement aux filières industrielles, comme la canne à sucre et la banane qui captent 80 % du budget, contrôlées par les SICA et interprofessions. De nombreux petits paysans, bien que cotisants à la MSA*, n'y ont pas accès faute d'appartenir à ces structures.

Ce modèle agricole favorise les grands monopoles au détriment des paysannes et paysans qui tentent de diversifier leurs productions pour répondre aux besoins locaux. Il freine la transition vers une autonomie alimentaire durable. Il contribue également à l'augmentation du coût de la vie en valorisant une agriculture de rente tournée vers l'exportation, au détriment des productions locales accessibles aux consommateurs. En maintenant une dépendance excessive aux importations, ce déséquilibre détourne la population du « bien manger » et de l'adoption d'une alimentation locale, saine et durable.

Cette injustice aggrave :

- Le manque d'autonomie alimentaire dans nos territoires, ou 80 % des produits alimentaires sont importés ;

- La vie chère, conséquence d'un système agroalimentaire non adapté aux besoins locaux ;

- Les disparités énormes entre les agricultures d'outre-mer et celles de l'hexagone, mais aussi au sein même des territoires ultramarins.

C'est pourquoi nous revendiquons auprès des autorités :

1. La révision de la répartition des aides POSEI afin de garantir qu'elles profitent à toutes les paysannes et tous les paysans cotisant à la MSA*, en priorité celles et ceux qui diversifient leurs productions et contribuent à l'autonomie alimentaire locale.

2. La simplification des démarches administratives avec un accompagnement renforcé pour les petits producteurs afin de leur garantir un accès effectif aux financements et un contrôle accru sur l'attribution des aides pour éviter la concentration excessive des financements au profit de quelques filières dominantes.

3.  La création d'un fonds spécifique pour soutenir les productions locales hors des filières dominantes, afin de valoriser les cultures paysannes et leur rôle dans la transition agroécologique et réduire la dépendance aux importations.

4. La reconnaissance institutionnelle des disparités historiques et structurelles des territoires d'outre-mer, avec un soutien accru pour des modèles agricoles durables et solidaires et la prise en compte des réalités de terrain en intégrant les besoins des petits producteurs en matière d'accès au foncier, de formation, et de valorisation des circuits courts.

5. Le renforcement des liens entre paysans et paysannes de l'hexagone et des outre-mer pour construire ensemble un projet qui porte nos valeurs syndicales : autonomie alimentaire, justice sociale, et solidarité.

Il est essentiel de renforcer massivement la voix des paysannes et paysans ultra-marins trop souvent marginalisés dans les politiques agricoles.

Voir le document de plaidoyer sur le POSEI, réalisé à l'occasion du Salon International de l'Agriculture 2026

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