LE FIL PAYSAN
LA NEWSLETTER DE LA CONFÉDÉRATION PAYSANNE
[# 0027] 22 novembre 2013
Editorial
Josian Palach
Secrétaire national en charge de l'environnement

Non à la dictature de l'agrochimie !

Par ses luttes, et l'appui des citoyens, la Confédération paysanne a empêché la culture des OGM sur notre territoire. Mais l'industrie de l'agrochimie s'est rapidement adaptée et diffuse largement des plantes mutées, d'abord du tournesol et maintenant du colza.

Sous prétexte d'un processus naturel, la mutagénèse mise en œuvre par les semenciers consiste à développer des plantes résistantes à un herbicide sans apport extérieur de gènes. Cette technique accélérée de modification du génome des plantes ne peut être considérée comme naturelle. Le seul but des semenciers est de vendre la semence et l'herbicide associé. Ce sont, clairement, des organismes génétiquement modifiés.

A l'heure où le monde médical établit des liens entre pesticides et certaines pathologies, l'ensemble de nos concitoyens doit être alerté pour dire non à l'utilisation dévoyée de cette technologie. Celle-ci dégradera encore plus notre environnement, notamment l'eau, élément essentiel de la vie. Les pouvoirs publics doivent être garants de la protection des populations et légiférer en ce sens. 

1000 vaches : Ce ne sont pas des gardes à vue qui nous feront plier !

Un pas de plus a été franchi dans le bras de fer entre les opposants au projet de ferme-usine des 1000 vaches et son promoteur. Ce jeudi 21 novembre, des militants de la Conf', dont le porte-parole, ont été convoqués à la gendarmerie d'Abbeville et immédiatement placés en garde à vue. Au même moment, le président de l'association de riverains Novissen était lui aussi entendu dans une autre gendarmerie. 7h plus tard, tout le monde a été libéré.

On attend donc désormais de connaître les suites de cette affaire. Jusqu'où oseront-ils aller pour criminaliser une action syndicale qui a permis de mettre en lumière l'industrialisation de l'agriculture et la menace qu'elle fait peser sur l'avenir des paysans ?

En tout cas, s'il s'agissait de faire taire la Confédération paysanne sur ce projet de ferme-usine, c'est peine perdue. Quelques jours plus tôt, alors que les convocations étaient déjà arrivées, la Conf' et ses partenaires sont allés montrer leur détermination au ministère de l'Agriculture. Ils ont essayé en fait puisque les forces de l'ordre, très nombreuses, ne leur ont pas permis d'approcher (photo).

Mais nous étions là. Nous n'avons pas fui, comme nous ne reculerons pas devant les tentatives d'intimidation de Michel Ramery, promoteur du projet. Ce symbole de l'industrialisation de l'agriculture, d'un « modèle » qui conduit à l'élimination des paysans, à la destruction de l'environnement, à la dégradation de l'alimentation, ne doit pas voir le jour.


Semences : Les sénateurs font des paysans des délinquants

En deux jours, les sénateurs sont parvenus à valider un arsenal législatif qui enferme de fait les paysans dans l'obligation de se soumettre aux volontés des industriels semenciers. Désormais, les paysans qui voudront produire leur propre semence seront sous la menace constante de poursuites en contrefaçon, saisie voire destruction de leurs récoltes. Pour y échapper, ils devront prouver qu'ils n'ont reproduit aucune variété protégée et que leur semence n'a été contaminée par aucun gène breveté. Et il en sera de même pour les animaux ou encore pour les ferments, levures et autres micro-organismes porteurs de gènes brevetés.

Encore une fois, les discours politiques s'évaporent au moment de passer aux actes. François Hollande, en 2011, avait déclaré qu'il conviendrait de revenir sur la Loi COV (interdiction ou taxation de l'utilisation de ses propres semences). Mercredi, les sénateurs avaient ouvert la séance en affirmant leur soutien au droit des paysans d'utiliser les semences issues de leurs récoltes. Au final, ils n'ont été qu'une vingtaine à s'opposer à ces textes. Il va désormais falloir insister pour que les députés tiennent parole quand viendra leur tour de voter.

Le communiqué de presse du collectif Semons la biodiversité


Les plantes mutées sont des OGM ! Et nous le démontrerons

C'est une jolie opération de communication que mènent en ce moment les industriels semenciers. Face à la levée de bouclier, ils semblent s'incliner et accepter de ne plus essayer de nous forcer à faire pousser des OGM. Mais une fois les consciences rassurées, les voilà qui imposent, sans crainte d'être démasqués, un nouveau type d'OGM : les plantes mutées.

D'abord, il y a eu le tournesol, ensuite le colza, dont la grande volatilité favorise la dissémination. Tous deux sont issus de mutations génétiques. Contrairement à ce que dit le ministre de l'Agriculture, il n'y a rien de naturel là-dedans. Par contre, les conséquences de ces cultures sont bien celles des OGM : explosion de l'usage de pesticides, contamination des champs voisins, brevetabilité du vivant pour rendre les paysans dépendants des multinationales semencières.

Mardi, les Académies des sciences, de l'agriculture et des technologies organisaient à Paris un colloque sur les plantes génétiquement modifiées. Véritable opération de communication pro-OGM, ce colloque a été perturbé par des paysans de la Conf' (photo).

Et la mobilisation ne s'arrête pas là puisque la Confédération paysanne appelle à un rassemblement le 28 novembre au Geves (Groupe d'étude et de contrôle des variétés et semences).

Appel à mobilisation


Nouveau report pour les procès de Pascal Pavie et de Philippe Quintilla

Lundi et mardi, les deux viticulteurs devaient être jugés pour non-paiement de leur Cotisation volontaire obligatoire (CVO) à l'interprofession des vins du Languedoc. Encore une fois, leurs procès ont été reportés. Ce sera donc pour le début d'année 2014. Et cette fois, il y aura trois procès puisqu'un autre viticulteur de la Conf' a appris qu'il est lui aussi poursuivi.

La mobilisation a cependant été maintenue avec une cinquantaine de personnes, venues de tout le Languedoc et du bordelais, rassemblées en soutien.

Lundi soir, le débat organisé sur les interprofessions a rassemblé une soixantaine de personnes. Parmi eux, l'attaché parlementaire du sénateur Courteau et de la députée Fabre de l'Aude. Tous deux sont venus expliquer les pressions subies par les parlementaires autour de l'amendement à la Loi consommation visant à ce que soient payés 15% d'acompte sur le montant de la commande dès la signature des contrats de vente de vin.

Ce sujet a d'ailleurs été évoqué lors de la rencontre en préfecture mardi matin. Les militants présents ont demandé à ce que, étant donné les circonstances, cette décision soit prise par décret. Outre les revendications sur les interprofessions, ils ont aussi demandé à ce que les petites fermes soient exemptées de CVO.


Le développement rural mobilise sur le Larzac

Pendant deux jours de colloque, les ateliers se sont succédés pour approfondir la question du second pilier de la Politique agricole commune et son impact sur la vie des paysans. Plus de 200 personnes, paysans, techniciens, chercheurs, élus, étaient au rendez-vous à Sauclières, sur le plateau du Larzac pour ce moment d'échange et de réflexion.

La politique de développement rural a un impact direct sur la vie des territoires. L'objectif du colloque était de réfléchir aux outils à mettre en place pour une politique territoriale efficace aux plans économique, social, écologique. Le second pilier comprend les mesures agro-environnementales, des mesures en faveur de la relocalisation, des soutiens aux zones défavorisées, à l'installation, voire même aux petites fermes. Il y a là de quoi favoriser l'agriculture paysanne !


En région : Aides couplées PAC, pour les petits ou les gros ?

Dans le cadre des négociations sur l'application de la réforme de la PAC en France, l'heure est à la concertation sur les aides couplées à la production et non pas à l'hectare comme les aides directes. On peut dire, sans difficulté, que nous ne sommes pas sur la même longueur d'onde que nos adversaires syndicaux. De façon générale, nous réclamons des plafonds pour favoriser et maintenir les plus petits troupeaux, alors qu'eux réclament des planchers, pour les éliminer plus vite.

Conséquence, ça grogne un peu partout en France. Des paysans de la Conf' se sont mobilisés, dans l'Orne, le Calvados, le Tarn, l'Aude… devant les DDT, les DRAAF, les préfectures pour montrer notre détermination collective. L'avenir de l'agriculture est de maintenir des paysans nombreux, sur tout le territoire, pas de créer quelques géants de l'agro-industrie !