LE FIL PAYSAN
LA NEWSLETTER DE LA CONFÉDÉRATION PAYSANNE
[# 0033] 28 février 2014
Editorial
Mikel Hiribarren
Secrétaire général

Au hasard des rencontres

Les visites sont nombreuses et diverses sur le stand de la Conf' au Salon de l'agriculture. Nous avons, par exemple, eu la visite d'un responsable politique sénégalais. Il nous a expliqué patiemment sa demande. Le pays est dirigé par une équipe nouvelle et il faut repenser la politique agricole. Il ne manque pas de ressources naturelles, la terre et le climat ne sont pas forcément défavorables aux cultures, et les paysans sont encore nombreux sur la terre. Hélas beaucoup ont du mal à assurer la survie de leur famille…

On comprend vite que notre interlocuteur n'attend rien de nous sur les menaces d'accaparement de terres par des puissances économiques étrangères, pas davantage sur les risques d'une solution agro-business qui prétendrait régler les problèmes de production alimentaire.

En fait, il voudrait repartir avec des propositions concrètes pour organiser et développer l'agriculture de son pays. Il nous demande aussi à nous, Confédération paysanne, de pouvoir nous solliciter pour entrer directement en échange avec des paysans de son pays,  pour travailler avec eux à l'organisation du secteur agricole.

Nous sommes heureux de pouvoir leur présenter notre « modèle » d'agriculture paysanne et notre ambition de souveraineté alimentaire pour le Sud et le Nord. Il nous faut continuer à construire avec enthousiasme les solidarités paysannes ici et là bas. 

Making of : dans les coulisses du Salon de l'agriculture

Le salon international de l'agriculture, c'est 10 jours, enfermés dans les hangars du parc des expositions de la porte de Versailles, à parcourir les allées et à recevoir sur notre stand. La Conf' est dans le hall 4, l'espace institutionnel. A part quelques poules, pas d'animaux à voir, mais des banques, des instituts divers et variés, des ministères, et bien sûr, des syndicats.

Cette année, François Hollande est venu faire une inauguration traditionnelle : traite à 7h et petit-déjeuner à 9h. Nous en étions, au milieu de la nuée de journalistes et d'agents de sécurité, pour l'interpeller sur la protection des terres agricoles autour de Notre-Dame-des-Landes ou des 1000 vaches, et plus généralement sur le modèle agricole qui est privilégié dans sa politique. C'était le premier d'une série de rendez-vous avec Harlem Désir, Jean-Marc Ayrault, ou encore Anne Hidalgo (qui n'aime pas beaucoup les badges NDDL). Le corolaire de tout cela, c'est bien sûr les journalistes, nombreux, qui en profitent de nous avoir sous la main plutôt que dans nos fermes pour nous interroger sur tous les sujets qui nous préoccupent.

Et puis il y a les visiteurs. Beaucoup de parisiens pour qui le salon est le rendez-vous annuel avec le monde rural. Dans cet hommage géant à une agriculture qui ne nous ressemble pas, nous mettons un point d'honneur à expliquer, argumenter, pour donner un nouvel éclairage à ce public.


Superbe mobilisation à Nantes contre l'aéroport

Depuis plusieurs jours, les informations affluaient : nombre de tracteurs, de bus, explosion des offres de covoiturage… Les militants contre l'aéroport Notre-Dame-des-Landes semblaient s'être donné le mot pour venir en nombre dire, une nouvelle fois, NON à ce projet inutile.

Cette première impression s'est confirmée samedi. Impossible de savoir où sont le début et la fin de la manifestation. Les groupes sont nombreux et festifs. Des clowns, des animaux du bocage, des batucadas, des musiciens en tout genre mettent l'ambiance autour des chars, dont un triton géant, et des tracteurs pour beaucoup affublés de drapeaux de la Conf'.

En tout, 50 000 manifestants et 520 tracteurs ont rempli les rues de Nantes sur un parcours raccourci à la dernière minute. Les affrontements qui ont émaillés la manifestation ne doivent pas le faire oublier : c'est la plus grosse mobilisation qu'ait connu la lutte contre l'aéroport. L'opposition grandit, il est irresponsable de vouloir l'ignorer.


1000 vaches, nous ne laisserons pas tomber !

Après des mois d'action pour faire du projet de ferme-usine des 1000 vaches dans la Somme un sujet national, nous sommes aujourd'hui entrés dans une phase de mobilisation plus « calme ». Le permis de construire est entre les mains de la justice qui doit rendre sa décision dans les jours qui viennent. En parallèle, nous continuons à travailler sur les travers du permis d'exploiter, et nous étudions la piste de la laiterie qui doit collecter le lait qui serait produit dans la ferme-usine. Tout cela, bien sûr, en restant en contact étroit avec les ministres concernés.

Nous avons obtenu une première victoire en rendant ce sujet incontournable. Nous savons que nous avons le soutien des paysans et de la société. Le soutien aussi des politiques, mais qui trop souvent bottent en touche au moment d'agir. Michel Ramery, le promoteur des 1000 vaches a le pouvoir de l'argent. Nous savions qu'il en jouerait et que nous devrions nous battre encore plus. Nous n'avons pas l'argent, mais nous avons nos convictions. Alors nous ne lâcherons pas.


Le refus des pesticides devant la justice

La mobilisation en soutien à Emmanuel Giboulot a connu un succès impressionnant. Ce viticulteur en biodynamie en Bourgogne comparaissait lundi pour avoir refusé de traiter ses vignes contre la flavescence dorée, maladie qui n'était pas présente dans les environs.

Emmanuel cultive la vigne de sa famille, en bio depuis 1970. Pour lui, la traiter, c'était remettre en cause cet héritage. En effet, tous les produits, même celui qui est admis par le label AB, ont un effet sur la faune auxiliaire, ce qui aurait détruit les équilibres biologiques obtenus dans son vignoble.

Une amende de 1000 euros, dont 500 avec sursis, a été requise à son encontre. Une réquisition bien en deçà de la peine encourue : six mois de prison et 30 000 euros d'amende. Il faut dire que, devant le tribunal correctionnel de Dijon, la mobilisation était impressionnante. Au moins 500 personnes étaient venues lui apporter leur soutien, en particulier de la Conf' de Côte-d'Or. Le tribunal rendra sa décision le 7 avril.


Offensive des OGM soutenue par le Sénat

Il n'y a toujours pas, à quelques semaines des semis de maïs, de moratoire sur le MON810. Le gouvernement se veut rassurant. Les ministres de l'Agriculture et de l'Ecologie ont déposé un projet d'arrêté, soumis à consultation du public, qui devrait pouvoir entrer en vigueur à temps. Un répit donc s'il n'est pas remis en cause d'ici là. Mais le problème reste entier.

Une autre initiative est venue du côté du sénateur Fauconnier qui a proposé une loi visant à faire interdire la mise en culture de variétés de maïs génétiquement modifié (ce qui valait autant pour le MON810 que pour le TC1507, en cours d'autorisation par la Commission européenne). Ce texte allait à l'encontre de la règlementation. Un coup de pied volontaire dans la fourmilière que le Sénat a choisi de ne pas assumer, malgré l'opposition généralisée de l'opinion publique aux OGM. Dès le lendemain, un député socialiste déposait la même proposition de loi, à l'Assemblée nationale. Et un député vert un autre texte concernant cette fois tous les OGM. Ils doivent être étudiés en avril.


En région : dans le Morbihan, les terres agricoles aux paysans plutôt qu'aux « énergiculteurs » !

Le 15 février, 120 personnes se sont rassemblées devant la Safer à l'appel de la Conf' pour dénoncer l'attribution de terres à un projet basé sur l'agrandissement et la méthanisation plutôt qu'à des jeunes cherchant à consolider leurs fermes ou à s'installer.

Il s'agit, dans le cas présent, d'une exploitation porcine de 107ha, qui souhaite en acquérir 45 de plus. L'objectif est d'installer un méthaniseur, ce qui nécessite des terres pour l'épandage du digestat et pour produire du maïs et des céréales qui vont servir de carburant. Les terres agricoles ne servent alors plus à produire de l'alimentation, mais de l'énergie. Pour la Confédération paysanne, de tels arbitrages sont inacceptables. C'est ce qu'elle a démontré lors de ce rassemblement où des jeunes sont venus présenter leurs projets d'installation et faire part de leur difficulté à acquérir des terres. Comme si l'avenir était à la production d'énergie plutôt qu'à l'emploi paysan…