LE FIL PAYSAN
LA NEWSLETTER DE LA CONFÉDÉRATION PAYSANNE
[# 0047] 24 septembre 2015
Editorial

Laurent Pinatel
Porte-parole

Crise d'un système

Crise de la production porcine, crise de la viande bovine, crise du lait de vache, de chèvre… crise de l'élevage donc, mais pas que… Les producteurs de fruits et légumes sont aussi dans des situations compliquées… Bref, c'est une crise de l'agriculture !

A chaque crise ses manifs… tracteurs, fumier, lisier, intimidations, saccages… la palette d'actions du syndicalisme dit majoritaire a fait feu de tout bois avec, en final, le grand carnaval parisien des centaines de tracteurs pour imposer, dicter, à Manuel Valls la marche à suivre : moderniser, industrialiser, emprunter pour accroître la dépendance des paysans aux multinationales, aux banques, aux marchés financiers et spéculatifs !

Pour la Confédération paysanne, il s'agit de la crise d'un mode de développement, la crise existentielle majeure d'une agriculture poussée jusqu'à l'absurde dans une course perdue d'avance aux volumes, aux prix bas… Seule une prise de conscience citoyenne et paysanne pourra imposer aux politiques une autre orientation à l'agriculture… une production agricole au service des consommateurs, de la santé publique, d'un environnement de qualité, de l'emploi… bref, une agriculture fière et ambitieuse au service du bien commun, au centre de la préoccupation alimentaire et avec des paysans heureux ! 

Crise de l'élevage : mépris politique au programme

La colère gronde depuis le début de l'été chez les éleveurs de porc, de viande bovine, et de vaches laitières. Le gouvernement a tenté d'éteindre le feu par un premier plan d'aide au mois de juillet, mais ses vœux pieux et ses opérations de promotion n'ont pas eu l'effet escompté.

Au mois d'août, la FNSEA a sorti l'artillerie lourde en mettant en scène une manifestation géante à Paris. Son patron s'est alors transformé en ministre de l'Agriculture pour aller dicter ses désidératas au chef du gouvernement qui s'est incliné en lui attribuant les trois milliards demandés. Mais ce plan n'est qu'une rallonge du précédent. Modernisation et investissement sont prioritaires, loin devant le revenu des éleveurs. La colère grandit dans les rangs de l'ancien syndicat unique…

C'est à Bruxelles, le 7 septembre, qu'on a atteint les sommets du mépris. Après une double manifestation à laquelle participait la Conf' avec la coordination européenne Via Campesina et aux côtés de l'Européen Milk Board, la Commission européenne a annoncé un plan d'aide à base d'accords de libre-échange et de distribution de lait aux migrants…

Ces annonces politiques ne trompent absolument pas les paysans qui vivent la crise au quotidien. La Confédération paysanne réclame en urgence le relèvement des prix d'intervention qui permettraient d'assainir le marché en stockant le surplus de production. Mais cela pourrait tourner à l'absurde si des mesures de régulation de la production ne sont pas mises en place.

Au-delà, nous considérons que cette crise doit être le déclencheur d'un véritable changement de cap de l'agriculture. Nous ne demandons pas des milliards en plus, nous estimons que les sommes déjà allouées à l'agriculture doivent être réorientées vers les premiers actifs, les premiers hectares et les premiers volumes afin de créer de l'emploi et de stopper cette course à la surproduction. Cette réorientation des aides doit s'accompagner d'une conditionnalité sociale pour que les travailleurs européens ne soient plus la variable d'ajustement. En parallèle, une véritable stratégie de reconquête du marché intérieur doit être mise en place, couplée à un arrêt clair et net de toutes les négociations d'accords de libre-échange !


Face à la crise, toute la Conf' mobilisée !

Depuis le début de l'été, dans tous les départements, les paysans de la Conf' ont organisé des rassemblements, des manifestations, des blocages, des moments festifs, des actions visuelles… la Loire et le Rhône ont ouvert le bal en allant interpeller la coopération laitière devant le site de Sodiaal à la Talaudière (42). Des distributions de lait ont été organisées dans le Cantal, le Puy-de-Dôme, l'Indre-et-Loire. Les Conf' de Basse-Normandie se sont installées devant le Direction régionale de l'agriculture. Les Conf' du grand Est ont organisé une belle mobilisation à Bourg-en-Bresse avec des paysans de 15 départements.

Est arrivé ensuite le rendez-vous de Bruxelles vers lequel des manifestations ont convergé de l'Est et de l'Ouest pendant une semaine. Dès le premier jour, la Conf' Rhône-Alpes occupait la Direction régionale de l'agriculture et en était évacuée manu militari, et la Conf' de Loire-Atlantique couvrait d'une cinquantaine de banderoles le périphérique nantais.

Dans la lancée de la mobilisation européenne du 7 septembre des manifestations interdépartementales s'organisaient : à Vesoul pour le comité interministériel sur la ruralité emmené par François Hollande, et à Rennes pour l'ouverture du Space où nous avons manifesté avec la Coordination rurale et l'Apli pour réclamer des mesures de régulation.

La crise est loin d'être derrière nous, on ne lâche rien !

Toutes les actions de la Conf'

Photo : Manifestation à Vesoul le 14 septembre 2015

1000 vaches : les neuf reconnus comme lanceurs d'alerte !

Le 16 septembre, la cour d'appel d'Amiens rendait son verdict concernant le procès des neuf militants de la Conf' poursuivis suite aux actions menées contre l'usine des 1000 vaches. Pour rappel, le jugement expéditif en première instance les avait condamnés à des peines de prison allant jusqu'à 5 mois avec sursis pour le porte-parole.

Cette fois, les peines ont été allégées. Les six militants poursuivis pour dégradations, recel, vol ou incitation sont condamnés à des peines de 1500 à 5000 euros d'amende avec sursis. Les trois refus de prélèvement ADN seul sont dispensés de peine.

Le juge n'a en fait pas retenu l'état de nécessité, mais reconnaît la valeur des actions menées. Voici ce qu'il explique dans son délibéré : « La Cour entend bien, à l'examen des pièces communiquées, ainsi que des témoignages reçus, que les prévenus ont collectivement agi comme lanceurs d'alerte en présence d'un phénomène qui ne peut qu'interroger au regard de ses conséquences sur le plan environnemental, social ou encore sociétal. A défaut d'être légitime et indépendamment du préjudice bien réel subi par les victimes, cette action revêt un caractère symbolique à laquelle la justice ne peut répondre que par une peine symbolique… ».

Le point complet sur l'actualité 1000 vaches

Photo : Les neuf avant le verdict (JM Faucillon)

Fièvre catarrhale ovine, la retenue s'impose

Après l'annonce d'un premier foyer de FCO dans l'Allier, le ministère de l'Agriculture a établi une procédure d'urgence en ciblant la vaccination des animaux destinés à l'export. Cela pourrait permettre de conserver une relative fluidité du marché, mais la Conf' est cependant extrêmement vigilante quant aux décisions qui seront prises à plus long terme.

En effet, lors de la dernière crise FCO, la réglementation et la vaccination ont causé autant ou plus de dégâts qu'elles n'ont apporté de solutions. L'obligation vaccinale serait donc une fausse piste et les éleveurs sur le terrain ne comprendraient pas que cette stratégie soit adoptée.

Il serait vain de mobiliser autant de moyens sur une maladie vectorielle et non contagieuse, sans conséquences sur la santé humaine. Elle est avant tout commerciale, utilisée comme outil protectionniste. La lutte contre la maladie est dès lors motivée par la recherche à tout prix d'un retour au statut de pays indemne. Pour la Confédération paysanne, le déclassement de la maladie et une gestion coordonnée de la politique sanitaire s'imposent donc au niveau européen.         


En région : Expulsion aux Bouillons

C'est en réaction à l'annonce de la destruction de cette ferme de la banlieue rouennaise (76) pour y installer un Auchan (famille Mulliez, première fortune de France) qu'un collectif de militants s'y installe il y a près de 3 ans. Après deux ans de lutte, il obtient que le site soit classé en Zone naturelle protégée. Au revoir Auchan. Le collectif devient donc paysan et se lance dans le maraîchage et le petit élevage.

Mais voilà, les terres appartiennent toujours à Immochan (la filiale immobilière du groupe) qui fulmine de ne pas pouvoir en profiter. Les occupants, eux, comptent bien faire avancer leur projet et installer officiellement un maraîcher. Ils lancent une opération de rachat de la ferme qui avance jusqu'à la découverte de négociations entre Immochan et une société jusqu'alors inconnue. Les habitants avec leurs soutiens, la Conf' de Seine-Martime et Terre de Liens appellent la Safer à préempter la terre. Celle-ci refuse le 18 août, ouvrant la voie à l'expulsion qui aura lieu le lendemain !

Le projet de permaculture, porté par deux frères aux origines politiques peu recommandables, installé dès le 20 août par Immochan, ne dupe personne. La Safer a fait le choix du plus gros contre un projet réellement alternatif et dynamique, et tout cela en toute discrétion. C'est donc pour faire la lumière sur ces agissements que les Bouillons manifestaient ce mardi devant ses bureaux.

Aujourd'hui ce qui reste de la ferme des Bouillons est hébergé aux alentours et le maraîcher qui devait s'installer se retrouve privé de terres. La mobilisation pour les terres agricoles ne doit pas faiblir !

Le site des Bouillons