La raison d'être actuelle de l'agriculture paysanne est de promouvoir l'agriculture qui répond effectivement à l'ensemble des besoins de la société.

L'agriculture paysanne consiste à produire de façon combinée et avec la qualité exigée par la demande sociale, les biens marchands et non marchands.
C'est donc le refus d'une agriculture duale, d'une bipolarisation. C'est également le refus d'une agriculture à deux vitesses, d'un côté une agriculture à vocation exportatrice et de l'autre une petite agriculture à laquelle seraient dévolues les fonctions d'entretien de l'espace rural.
La prise en compte de ces différentes dimensions dépend des choix personnels de paysans (c'est la notion de responsabilité de chacun), mais aussi du cadre politique : la politique agricole, par ses choix, peut favoriser ou handicaper l'avancée vers ce type d'agriculture.
L'agriculture paysanne doit permettre à un maximum de paysans répartis sur tout le territoire de vivre décemment de leur métier en produisant sur une exploitation à taille humaine une alimentation saine et de qualité, sans remettre en cause les ressources naturelles de demain. Elle doit participer avec les citoyens à rendre le milieu rural vivant dans un cadre de vie apprécié par tous.
L'agriculture paysanne est définie par une "démarche" et un "périmètre" : deux termes souvent utilisés par le groupe de travail "agriculture paysanne".
Ce sont là les deux dimensions incontournables et complémentaires qui définissent l'agriculture paysanne.
La démarche est le sens, la direction, la boussole ; c'est la ligne d'horizon vers laquelle il faut tendre quelque soit la situation sur sa ferme. Elle est fondamentale car elle représente la dynamique qui en permanence doit motiver les individus et les groupes ; en permanence, il y a des défis à relever, des contradictions à résoudre, des équilibres à retrouver. Dans la charte, la démarche est matérialisée par les "Les dix principes de l'agriculture paysanne".
Mais la réalité n'est pas la seule démarche ; ce sont des pratiques précises, des systèmes plus ou moins complexes ; c'est un certain niveau d'intensification, une taille d'atelier, une façon de nourrir ses animaux, de traiter les maladies, de protéger les végétaux, un équilibre entre capital et travail, etc. Toute forme d'agriculture, et donc d'agriculture paysanne, est un ensemble de données technico-économiques, quantitatif ou qualitatif, qui font que ses effets sur la société sont positifs ou négatifs.
Et justement, au moment où les exigences de la société sont de plus en plus précises, au moment où éclatent les conflits entre un certain type d'agriculture et les citoyens, il est indispensable de définir précisément les contours de cette agriculture qui, en contrepartie de l'aide publique qu'elle reçoit, doit être celle dont la société a besoin. Si nous voulons limiter l'intensification, il faut définir un seuil maximum de chargement UGB/ha, d'azote/ha ; de même pour la taille d'atelier par actif etc.
C'est cet ensemble de points marqués sur chacun des éléments (ou indicateurs) sur lesquels l'activité paysanne a un effet direct ou indirect, interne ou externe à l'exploitation, qui forment le "périmètre" ou "l'aire de reconnaissance" de l'agriculture paysanne.
Le développement de l'agriculture paysanne passe au moins par ces deux conditions :
La charte de l'agriculture paysanne constitue un outil d'analyse des exploitations agricoles souhaitant entamer une démarche vers l'agriculture paysanne.
La réalisation de la charte de l'agriculture paysanne est une production importante, nouvelle.
L'utilité de cet outil se situe à plusieurs niveaux :
Et surtout, la charte de l'agriculture paysanne remet "la balle au centre" à un moment où tout le monde prétend promouvoir l'agriculture durable ; au moment où l'agriculture durable est souvent réduite à la prise en compte, à titre curatif, de certains éléments environnementaux (une porcherie industrielle avec l'unité de traitement du lisier serait de l'agriculture durable !...).

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