Pourquoi la relance d'un plan protéines européen porté par la Confédération Paysanne?

Pour palier le déficit en protéines de l’Europe, la Commission européenne plaide clairement pour le choix de ce qu’elle considère comme la moins coûteuse des solutions : le recours à l’importation de soja. Cette position résume à elle seule la nature des échanges internationaux actuels : la facilité et la fuite des responsabilités.

Cette situation est très grave car :

  • Elle aggrave la dépendance de l’Europe vis-à-vis des Etats-Unis et de l’Amérique du sud, d’autant qu’elle ne tient pas compte de l’évolution du contexte international qui sous valorise et amplifie les dégâts sur l’aspect social et environnemental.

  • Elle est susceptible de mettre en péril certaines cultures vivrières des pays du sud (en particulier vis à vis du Brésil, principal fournisseur de soja)

  • Elle ne permet pas d’assurer les garanties sanitaires et la traçabilité nécessaire de l’approvisionnement européen vis-à-vis des OGM que la profession agricole et la société civile rejettent.

Cette situation est le résultat de choix antérieurs engagés dès 1962, confortés par la réforme de 1992 et par les accords de Berlin de 1999, à savoir une ouverture toujours plus grande aux échanges mondiaux (objectif de l’OMC et se traduisant de fait par un abaissement de la protection communautaire et compensée temporairement par des aides directes découplés de la production). La dépendance de l’Europe est donc le résultat d’une politique agricole commune qui a privilégié l’expansion de la production céréalière au détriment de la production de l’herbe et des protéines végétales, abandonnées au continent nord américain dès la création du marché commun. Malgré la fluctuation des cours des céréales en Europe, il est plus rentable, pour alimenter les animaux, d’importer des protéines à bas prix et non taxées en provenance des Etats-Unis, du Brésil ou d’Argentine.

Les marchandages successifs se concluent au début des années 90 par les accords de Blair House, et amplifient l’Europe dans la fuite en avant de l’agriculture industrielle. L’élevage hors-sol, corollaire de ce type d’alimentation, se développe et augmente donc la demande en protéines de l’UE.

Les accords de Berlin, construits sur l’alignement progressif sur 3 ans des aides aux cultures oléoprotéagineuses sur celles aux céréales, se sont traduits par une baisse de près de 10% de ces surfaces et donc une baisse de la production de protéines végétales.

La proximité de 2003, date à laquelle l’accord de Blair House sera renégociable selon les USA, et l’aggravation de la dépendance en protéines de l’Union européenne a incité, récemment, certains acteurs importants à se positionner et à relancer le débat sur cette question.

Malgré l’extrême prudence des propositions émises par le Conseil Economique et Social, un front existe pour contrer ses orientations. Ainsi, six pays européens continuent de revendiquer la mise en place d’un « plan protéines ». Si ces propositions ne remettent pas en cause la PAC telle qu’elle est, elles ont le mérite de cristalliser l’attention sur cette épineuse question et d’en faire un enjeu politique pour l’année qui vient. Reste à alimenter le débat et accentuer la pression sur les Etats membres pour transformer ce débat naissant, en une base pour une vrai politique agricole européenne..., c’est l’ambition de la Confédération paysanne, relayée par la Coordination Paysanne Européenne (CPE) !

Pour cela, la véritable ambition que doit se donner l’Europe ne doit pas se limiter au simple remplacement des farines animales. Il faut améliorer l’autonomie de l’Union européenne par la production de cultures oléo protéagineuses au service d’une production agricole et alimentaire de qualité. Il est techniquement et économiquement possible d’améliorer de manière très significative l’autonomie protéinique de la France et de l’Union européenne. Cela repose sur des mesures nationales et européennes. Elles impliquent une autre politique agricole commune, par conséquent, une autre attitude de l’Europe dans les négociations à l’OMC.

La Confédération paysanne revendique une réorientation en profondeur de la PAC pour favoriser le développement d’une production agricole diversifiée, répartie sur l’ensemble du territoire, assurée par une paysannerie nombreuse et répondant prioritairement aux besoins des citoyens européens. Ces objectifs impliquent le renforcement de la protection communautaire (avec en contrepartie la suppression des aides à l’exportation), des politiques de maîtrise et de répartition des productions avec des prix planchers garantis, des prix rémunérateurs et des aides directs plafonnées par actif.

Il est nécessaire non seulement que l’Europe se dote d’un plan protéines ambitieux, mais qu’elle réoriente les pratiques d’élevages actuelles en rééquilibrant les aides en faveur de l’herbe et de systèmes de production de viandes blanches plus autonomes. La reconquête de l’autonomie est non seulement possible, mais elle est un instrument indispensable à la mise en place d’une agriculture conforme aux attentes des consommateurs, non agressif envers l’environnement et employeuse de main d’oeuvre. En un mot, une politique favorisant une agriculture paysanne.

La question de la relance d’un plan protéines européen est complexe, notre syndicat souhaite néanmoins s’inscrire très clairement dans ce débat. Le présent document a pour objet de présenter le cadre politique et le champ de nos réflexions. Celles-ci seront appuyées ultérieurement par des recommandations plus techniques et chiffrées. La Confédération paysanne souhaite engager d’ores et déjà des discussions, des débats tant avec des décideurs politiques, d’autres organisations professionnelles afin de confronter ces analyses et revendications.


Plan proteines européen, rapport définitif de la Confédération Paysanne (2002)Plan proteines européen,
rapport définitif de la Confédération Paysanne
(2002 ) 26p.

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