Réuni en Autriche le 29 mai 2006, le Conseil des Ministres de l'Union européenne s'est montré divisé sur le projet de réforme du secteur viticole proposé par la Commission européenne. Ce projet, d'inspiration particulièrement libérale, tente de répondre à la crise actuelle de surproduction mondiale et de mévente des vins européens.
Il est indispensable de situer clairement les enjeux économiques en cause dans cette crise, dont le mode de sortie définira le cadre de l'économie viticole mondiale des vingt prochaines années.
Il faut d'abord rappeler que le vin est pour la France la filière agricole la plus performante de ces cinquante dernières années, à tous les points de vue. Les viticulteurs français ont réussi le tour de force d'augmenter leur chiffre d'affaires (le poids de la viticulture est passé de 6% de la valeur de la production agricole française à 16%), tout en réduisant globalement les quantités produites, le tout dans un contexte de forte baisse de la consommation interne !
Jusqu'à la fin des années 90, nous avons assisté à une explosion des ventes à l'étranger. Le solde du commerce extérieur français de la filière "vin" équivaut aujourd'hui à la vente de 100 airbus chaque année ! Cette situation, qui montre l'intérêt des politiques de régulation (droits de production, dispositif de gestion des marchés) et d'encadrement (politiques de qualité, norme stricte d'élaboration) a malheureusement fait tourner bien des têtes, chez les vignerons et dans la filière d'aval...
C'est vrai du côté de la production. Ainsi, en France, les plantations de vignes AOC ont augmenté de 28% en 20 ans, dont la moitié en Aquitaine.
Dans la filière avale, la recherche de nouvelles voies de croissance par les multinationales du secteur des alcools a donné lieu, dès le début des années 90, à une forte restructuration de la filière "vin", sur le modèle de ce qui existait pour les bières et les spiritueux. Sur un chiffre d'affaire mondial évalué à 52 milliards d'euros, les vingt premières firmes vitivinicoles mondiales en représentent 14 milliards, soit 27%. Cette concentration est cependant fortement différenciée selon les régions de production. En Australie, 4 firmes représentent 60% de la production du pays, alors qu'en France les 10 premières firmes n'en représentent que 25%.
Pour vendre une production de plus en plus massive et pénétrer le marché européen (plus de 60% de la consommation mondiale), les pays "vinoffensifs" (Australie, Etats-Unis, Chili, dont les vins sont élaborés avec peu de contraintes et ne font pas l'objet de régulation) ont dépensé des sommes considérables.
Ces différents éléments ont largement contribué à la crise actuelle.
Les débats européens actuels voient désormais clairement s'affronter deux conceptions du vin :
Face à ce choix, la Commission européenne semble d'ailleurs avoir choisit son camp, en proposant le démantèlement des dispositifs de régulation des marchés (suppression des outils d'intervention sur les marchés, arrachage massif des vignobles) et la libéralisation des contraintes œnologiques.
Les nombreuses réactions suscitées par la proposition de la Commission européenne montrent cependant qu'il existe des conflits d'intérêt et de perception des politiques viticoles. Il est désormais nécessaire de sortir des analyses macro-économiques sectorielles, et d'intégrer dans le débat la dimension culturelle du vin, son apport en terme de socialisation, de développement local, de construction de paysages identitaires, ...
En formulant des propositions pour une autre réforme de l'OCM, la Confédération paysanne souhaite contribuer à infléchir un projet qui créera du chômage chez les viticulteurs et les ouvriers viticoles et une immense friche dans les terroirs jadis attributaires d'une vocation viticole.
Des raisins gorgés de soleil remplacés par des biotopes à sangliers et à serpents... N'est-ce pas la plus parlante des métaphores d'un avenir qui se construirait dans les corbeilles de la Bourse ?
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