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CAMPAGNES SOLIDAIRES


Campagnes solidaires est le mensuel de la Confédération paysanne, engagé avec les paysans et les acteurs du mouvement social dans l'émergence d'autres mondes possibles.

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Le numéro du mois

n° 358 - février 2020
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Les prédateurs du revenu paysan


Les dossiers sont disponibles en téléchargement trois mois après parution [voir dans la rubrique ARCHIVES]

Quand je me suis installée en 2011, la ferme livrait déjà son lait à Lactalis, une entreprise très bien ancrée dans le territoire ici.
Pas de contacts, ou très peu : la visite du technicien une fois par an pour la charte des bonnes pratiques et essayer de me vendre des produits. Par contre, s'il y avait des soucis sur la qualité du lait, on avait rapidement des nouvelles.
Pas de discussions autour du prix : nous recevions de temps en temps des courriers imbuvables pour nous expliquer de long en large pourquoi nous allions être mal payé·es.
En 2015, fin des quotas : la situation de la ferme s'est très vite dégradée à cause de la chute des prix et d'un modèle très dépendant d'achats extérieurs.
Moi, sur le papier, j'avais signé pour être cheffe d'entreprise donc normalement, c'est moi qui décide. Mais non, c'est Lactalis qui décide, il décide aussi de prélever des factures d'entretien de salle de traite, par exemple, parce que j'avais du retard et qu'ils ont des « charges » : et nous on en a pas peut-être ?
Seul·es dans nos fermes, impuissant·es, à devoir assumer auprès des autres fournisseurs de ne pouvoir payer. Culpabilité aussi, l'impression de ne pas être assez bon. Et pourtant, pendant ce temps, Lactalis fait encore des bénéfices !
J'étais déjà à la Conf' et avais accepté de la représenter à FMB, une organisation de producteurs (OP) laitiers transversale, seul outil donné aux paysan·nes pour essayer de négocier les prix avec les industriels après les quotas.
Échec total. Comment voulez vous négocier quoi que ce soit dans un contexte de surproduction de lait ? S'ajoute à ça une multitude d'OP verticales, par laiteries, jusqu'à 17 différentes pour Lactalis. Un classique : on divise les paysan·nes pour mieux régner.
Est venue en 2018 la loi Egalim et son fameux « coût de production » pour calculer le prix du lait payé à la production... Pour l'avoir vécu devant Lactalis, ils n'en voulaient pas ou alors il faut que ça rentre dans leurs cases, et bien sur pas pour la totalité du prix.
J'ai entendu des choses comme : « C'est pas le nombre de producteurs qui nous importe, mais le volume ». Les paysan·nes n'ont aucun rapport de force face à leurs industriels. Il faut reprendre la main, et pour cela il n'y a que des combats collectifs qui peuvent sauver les productrices et les producteurs, j'en suis convaincue, pour peser et essayer d'orienter les politiques publiques.
J'ai quitté Lactalis, je ne me suis pas faite amadouer par leurs prix, même en bio, parce que j'ai vu de l'intérieur comment ils considéraient les éleveurs laitiers. La famille Besnier, propriétaire de Lactalis, est dans les plus grosses fortunes de France, et pourtant à la première crise ils abandonneront les paysan·nes : alors ne vous y trompez pas !
Et soyons lucides : dans toutes les filières, ou presque, sévissent des prédateurs du revenu des paysans et des paysannes. Ce dossier pour en montrer quelques uns...

Charlotte Kerglonou,
paysanne en Ille-et-Vilaine

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