MOBILISATIONS
Désarmons l'industrie des pesticides ! Convergence le 26 septembre
Paysan·nes, habitant-es des territoires contaminés, victimes du complexe agrochimique... Occupons et bloquons BASF, BAYER-MONSANTO, SYNGENTA, CORTEVA...
Le 17 novembre dernier, le blocage de l'usine de BASF à Saint-Aubin-les-Elbeuf a marqué le premier acte d'une campagne d'actions sur les sites de l'industrie des pesticides.
Le Collectif de Soutien aux Victimes des Pesticides de l'Ouest, la Confédération paysanne, Cancer Colère, les Soulèvements de la terre et les Faucheurs-euses volontaires d'OGM y ont dénoncé les crimes et l'impunité persistante des industries agrochimiques : fabrication de substances hautement toxiques interdites en Europe, rejets massifs de polluants éternels dans les cours d'eau, épidémies de cancers chez les riverain·es, et lobbying brutal pour imposer un modèle agricole qui empoisonne les sols et les travailleurs et travailleuses de la terre.
Victimes et parents de victimes des pesticides, riverain.es d'épandages et de captages d'eau intoxiqués, soignant.es, nous cumulons tout au long de l'année les dossiers de reconnaissance de maladies professionnelles, les recours juridiques, les marches blanches sur nos territoires, les enquêtes de terrain et les soins au chevet de celles et ceux dont le corps a été contaminé. Paysans et paysannes, salarié.es agricoles nous voulons simplement vivre dignement de notre travail et nourrir correctement la population sans être exposé.es à ces poisons ! Mais nous ne sommes pas entendu·es !
En dépit de la mobilisation massive de plus de deux millions de personnes contre la loi Duplomb l'été dernier, malgré les scandales sanitaires révélés mois après mois dans les médias, le pouvoir politique continue de nous piétiner au profit des géants de l'agrochimie : BASF, Syngenta, Bayer, Corteva. En France, le gouvernement, main dans la main avec les dirigeants de la FNSEA, repasse les plats avec une loi Duplomb 2 pour réintroduire l'acétamipride ainsi qu'une Loi d'Urgence Agricole destinée à maintenir un modèle agricole sous perfusion d'intrants chimiques. À l'échelle européenne, le projet de directive Omnibus menace d'accorder des autorisations à de nombreux pesticides sans limite de durée et sans réévaluation sur leur toxicité.
Notre colère ne s'éteindra pas sans changement profond. Nous invitons paysan·nes et habitant·es partout dans le pays à aller aux sources du problème et à converger ces prochains mois sur les sites de production de pesticides. C'est ensemble que nous pourrons construire une agriculture paysanne, vivante et débarrassée des pesticides.
Nous ne les laisserons plus faire ! Nous l'affirmons en acte, les entreprises productrices de cancer et tueuses de paysan.nes comme BASF, Syngenta, Corteva, Bayer et consorts doivent changer fondamentalement leurs productions ou doivent être mises à l'arrêt !
Une grande mobilisation nationale STOP PESTICIDES aura lieu le 26 septembre autour d'un site majeur de production !
Pesticides, un effondrement sanitaire et environnemental
Quel que soit notre rapport à la politique ou aux discours actuels sur l'écologie, une chose est certaine : personne ne veut voir ses enfants condamnés par des maladies précoces. Personne ne souhaite mourir avant même l'âge de la retraite parce que des multinationales choisissent délibérément de nous empoisonner.
Pourtant, une épidémie de cancers frappe nos sociétés, accompagnée d'une progression des maladies auto-immunes et neurodégénératives, ainsi que des effets néfastes sur le développement neuropsychologique des enfants en bonne partie liées aux pesticides ou engrais de synthèse, comme l'illustre le scandale actuel autour du cadmium. Les pollutions chimiques et environnementales sont nombreuses et touchent l'air que nous respirons, les sols que nous cultivons. Elles mettent en péril nos points de captage d'eau potable. Aucun territoire n'est épargné : plus de 70 % des sols en France sont contaminés par au moins un pesticide. Quant à l'état de la biodiversité, les chiffres sont chaque année plus alarmants : les populations d'insectes ont chuté de 75 % en 30 ans et de 30 % en ce qui concerne les populations d'oiseaux. L'agrochimie détruit le vivant depuis déjà trop longtemps et ce ravage est en passe de rendre le monde inhabitable. Nous devons l'arrêter.
L'agriculture, on veut en vivre, pas en mourir
En France, comme ailleurs, les politiques libérales et la concurrence mondiale tirent les prix vers le bas, enfermant ainsi les agriculteurs et agricultrices dans un système où l'usage des pesticides est présenté comme inévitable.
Les travailleurs et travailleuses agricoles en sont pourtant les premières victimes. Les paysan·nes qui déposent des dossiers auprès du Fonds d'Indemnisation des Victimes de Pesticides (FIVP) ne cessent d'augmenter année après année. Outre leurs corps, ce sont aussi ceux de leurs proches – famille, voisins – qui tombent malades. Les études scientifiques se multiplient ces derniers mois. L'une montre la surexposition aux pesticides des riverain·es de vignobles en Gironde (1). Une autre comment le prosulfocarbe contamine et empoisonne potagers et cultures bio jusqu'à leur déclassement.
Chaque année, les ventes de pesticides augmentent - ainsi que la concentration des firmes qui les vendent. BASF, Bayer-Monsanto, Syngenta-ChemChina et Corteva contrôlent aujourd'hui plus de 70% du marché mondial. Cet oligopole va de pair avec celui des semences, 60 % du marché entre les mêmes mains, adossé à la brevetisation du vivant pour barrer la route aux semences paysannes et aux alternatives. Jusqu'ici relativement épargnée grâce aux luttes passées, l'Europe pourrait bientôt voir ses champs envahis par les OGM, via les Nouvelles Techniques Génomiques (NGT), intrinsèquement liées aux pesticides commercialisés par ces mêmes firmes.
Ces géants dirigent une véritable fabrique du doute et font appel à des procédés fallacieux pour continuer leurs activités funestes. Elles financent des études soumises à leurs intérêts, s'achètent les services de "scientifiques" inféodés, organisent le pantouflage entre leurs bureaux et ceux des pouvoirs publics et menacent de mort des lanceurs d'alerte. Sans vergogne, elles mentent à leurs salarié·es et les abandonnent à leur sort quand ces dernier·ères tombent malades après des années de dur labeur au sein de cette industrie mortifère.
Le modèle agro-chimique fait disparaître depuis des décennies les paysan·nes. Avec 10 000 fermes en moins en France chaque année, la production est de plus en plus concentrée entre les mains de la bourgeoisie agricole et de grosses sociétés assises sur de vastes emprises foncières. La financiarisation de l'agriculture est en marche, permise par de l'argent public qui sert à la capitalisation plutôt qu'à l'accompagnement des agriculteurs et agricultrices vers des pratiques verteuses. Pour la première fois depuis 2000, le nombre de conversions en agriculture biologique est inférieur aux déconversions, aboutissant à un solde négatif de 386 fermes, soit environ 15 000 hectares. Nous sommes malades du sacrifice paysan, malades de la fuite en avant productiviste provoquée par le démantèlement de l'agriculture paysanne qui laisse nos campagnes exsangues et désertes.
Halte au colonialisme chimique !
Depuis le territoire français, les principales firmes de l'agrochimie continuent impunément de produire des substances interdites en Europe et de les exporter aux quatre coins du monde où elles provoquent des dégâts sanitaires et écologiques massifs. Ceux-ci s'accompagnent des ravages socio-économiques provoqués par les accords commerciaux,comme celui du Mercosur, aggravant la diffusion mondiale des pesticides et dont les agriculteurs et agricultrices sont la variable d'ajustement. Les effets de ce « colonialisme chimique » s'observent également dans les territoires ultramarins. Des années après les combats pour leur interdiction, le chlordécone dans les Antilles, le paraquat en Guyane, ou le malathion en Te Ao Maohi - Polynésie française continuent à empoisonner les corps et les sols, sans réparation des torts.
Dans divers pays des Suds, les multinationales de l'agro-chimie commettent des violences physiques voire des assassinats pour imposer leurs pesticides face à celles et ceux qui leur résistent.
"Nourrir le monde" avec les pesticides, un contre-sens
Pourtant, malgré l'accaparement massif des terres dont elle détruit la fertilité à long terme, magré ses propres prétentions, l'agriculture industrielle ne nourrit pas le monde. Au contraire, les agricultures vivrières et les possibilités de souveraineté alimentaire qui leur sont liées disparaissent. Selon le dernier bilan de l'ONU, une personne sur dix souffre de la faim, alors qu'un tiers de la production est gaspillée le long des chaînes logistiques. L'industrie agro-alimentaire de masse produit avant tout une ségrégation, laissant en France 8 millions de précaires dépendant de l'aide alimentaire et les classes populaires avec le pire de ce qui est produit sur le marché.
Comment en finir avec les pesticides
Si l'on estime l'ensemble des coûts cachés des pesticides en France (soutien financier public, coûts environnementaux, coûts sanitaires), ce sont 18 milliards d'euros par an qui pourraient être utilisés pour financer la transformation du modèle agricole - et des alternatives existent ! Nous savons que la bifurcation agroécologique réclame avant tout la garantie d'un revenu digne pour les paysan·nes. Des mesures fortes sont nécessaires pour freiner la concentration capitaliste des exploitations, ainsi qu'un projet politique de souveraineté alimentaire dont puissent bénéficier les classes populaires. Sans installations paysannes massives et sans rupture avec le cadre macro-économique libéral, il n'y aura pas de sortie possible du modèle agrochimique. Ce ne sont pas les solutions techniques et les savoir-faire qui manquent, mais des choix économiques et politiques favorables.
Le combat contre les pesticides ne doit pas être mené au cas par cas, substance active par substance active. Les réponses techno-solutionnistes apportées par les firmes de l'agrochimie et du machinisme agricole sont des mascarades visant à maintenir leur mainmise sur les travailleur·euses de la terre et sur l'agriculture qu'iels sont forcé·es de pratiquer. Les solutions ne sont ni dans des buses antidérives nouvelle génération ni dans l'épandage de pesticides par drone. Toutes ces mesures visent en réalité à maintenir dans la durée une agriculture sous perfusion de pesticides. C'est un système entier qui doit être démantelé et pour cela, il faut commencer par désarmer les firmes de l'agrochimie, que ce soit sur leurs sites de production, de recherche et développement ou leurs plateformes logistiques.
Nos 10 exigences pour sortir de cet engrenage suicidaire et défendre une agriculture paysanne
Nous demandons à travers nos actions :
Co-signataires : La Confédération paysanne, Cancer Colère, le Comité de soutien aux victimes des pesticides de l'ouest (CSVPO), les Soulèvements de la terre.
1. Quelques conclusions de l'étude Pestiriv' :
1) la présence de pesticides dans les urines des voisins de vignobles est 15 à 45 % plus élevée que chez la population vivant loin de toute culture. La contamination des poussières peut être jusqu'à 1 000 % plus élevée, et jusqu'à 11 fois plus importante dans l'air ambiant.
2) pendant la saison des épandages, les niveaux de contamination sont jusqu'à 60 % plus élevés dans les urines, 700 % plus hauts dans les poussières, et jusqu'à 45 fois plus élevés dans l'air ambiant.
3) Les enfants de 3 à 6 ans présentent, eux, des niveaux d'imprégnation plus élevés que le reste de la population étudiée



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