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LOUP
08.09.2014

Carnage, désespoir, urgence

Sommes nous sûrs que la protection des loups ne soit dictée que par l’écologie ?

Encore un lourd bilan en cette fin d'été : plus de 3000 animaux d'élevage tués par le loup en France. Et ce terrible constat : si la population de loups dans le pays n’est plus en danger, l’élevage extensif l’est. Il est urgent de prendre de vraies mesures de protection du pastoralisme.

A ce jour (1), pour l'année 2014, les conséquences de la présence de loups en France, ce sont : 32 départements « colonisés », 301 loups recensés par l'Etat, plus de 800 attaques de troupeaux, plus de 3000 animaux tués (brebis, chèvres, veaux, chevaux, chiens), 36 autorisations de prélèvement possibles... alors que 6 seulement ont pu être réalisés sur les 24 prévus en 2013 !
Mais là, ce ne sont que des chiffres. La présence de loups en France en 2014, pour les éleveurs et pour les bergers, c'est accepter de ne plus choisir son mode d'élevage. C'est rentrer les brebis la nuit dans des parcs - alors que ce sont les meilleures heures pour elles pour manger -, accepter d'avoir des chiens de protection – et donc « monter » des centaines de kilos de croquettes sur les alpages -, chiens qui créent des problèmes avec les randonneurs, accepter de passer 24 heures sur 24 en éveil près du troupeau, accepter la perte de dizaines d'animaux par an, accepter l'amaigrissement de ses agneaux et la perte de lait suite au stress des attaques, accepter de ne plus choisir ses animaux de renouvellement mais garder ce que le loup ne tue pas...
Certains sont confrontés, parfois depuis près de vingt ans, à cette situation. Ils ont cru pouvoir se protéger : un peu plus de parcs, un peu plus de chiens, des bergers de remplacement, des indemnités, des autorisations de prélèvements (pour ceux qui sont hors parcs nationaux)...
Aujourd'hui, dans le Parc du Mercantour, tous les éleveurs sont équipés de tous les moyens de protection proposés et... le nombre d'attaques et d'animaux tués augmentent. Les loups s'adaptent, entrent dans les parcs de nuit. Deux éleveurs ont confié récemment avoir sauvé leur troupeau plusieurs fois, sortant de la cabane en pleine nuit, réveillés par les aboiements des chiens, et ainsi avoir pu chasser le loup de l'enclos et limiter les dégâts. Mais depuis, ils ne peuvent plus dormir, ils se lèvent plusieurs nuits par semaine croyant avoir entendu aboyer et sortent, se rendant alors compte que tout est calme !
D'autres, hors parc, ont l'autorisation de tirer pour se défendre, mais ce n'est pas leur métier, beaucoup ne sont pas chasseurs ! Même si cette possibilité est un soulagement sur le plan psychologique, la gestion d'une population de loups au comportement de plus en plus déviant, faute de prédateurs, incombe aux services de l'Etat. Des attaques ont lieu à moins de 50 km de Nice, dans des zones très touristiques. Plusieurs collisions avec des loups ont eu lieu sur la route : que se passera t-il le jour où le garde manger sera vide, faute de moutons dans les pâturages ?
Ce sentiment d'impuissance à protéger son troupeau, ce temps passé à constater des animaux égorgés, chercher les disparus en constatant l'aggravation de la situation d'année en année, ce n'est plus supportable. Beaucoup ont arrêté, d'autres envisagent de le faire.
La population de loups en France n'est plus en danger, mais l'élevage extensif l'est ! Il est grand temps de considérer les problèmes causés par l'accroissement du nombre de loups, grand temps de choisir un modèle d'agriculture. Sommes nous sûrs que la protection des loups ne soit dictée que par l'écologie ? Dés 2005, un parc pour touristes a été créé à Saint-Martin-Vésubie (Alpes-Maritimes), transformant une vacherie et ses pâturages en restaurant, lieu de visite, parc à loups et parking : le centre Alpha.
La Confédération paysanne considère qu'il est urgent de prendre de vraies mesures de protection du pastoralisme. Le groupe « loup » du syndicat vient de réaliser un document de 4 pages faisant le constat de l'impossible cohabitation entre le loup et l'élevage,  précisant les revendications de la Confédération (2). Un voyage de presse cet automne, ainsi qu'un livret plus conséquent, sont en projet.
Nous espérons qu'enfin, le travail des paysan-ne-s, sera pris en compte et que leur parole sera entendue.

Annie Sic,
paysanne dans les Alpes-Maritimes

(1) 25 août
(2) « Loup et pastoralisme : l'impossible cohabitation »

 

Retrouvez cet article et beaucoup d'autres dans le numéro 298 de Campagnes Solidaires


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