COMMUNIQUE DE PRESSE
Le plan d’aide à l’arrachage ne résoudra pas, à lui seul, la crise viticole chronique que nous traversons
14.01.2026La Ministre de l'agriculture annonce aujourd'hui l'ouverture du plan d'aide à l'arrachage pour les viticulteur·rices : 130 millions d'euros pour arracher, avec la bénédiction de l'Europe, conditionnés à l'adoption du projet de loi de finances 2026. Un mirage plus qu'illusoire : 32.500 ha arrachées avec une aide à 4.000€/ha et l'offre va enfin pouvoir se réconcilier avec la demande. Circuler y'a rien à voir !
La Ministre oublie de préciser que cette situation économique et sociale, qui préoccupe toute la filière, est issue de décisions politiques prises en toute décomplexion avec les dirigeants de la FNSEA*, qui sont les premiers responsables : l'assouplissement des nouvelles autorisations de plantation a favorisé des plantations déconnectées de la demande, créant des déséquilibres structurels d'offre. L'absence de stratégie nationale de long terme (volumes, débouchés, adaptation climatique) et des réponses tardives, essentiellement curatives (distillation, arrachage), avec la libéralisation des échanges ont accentué la vulnérabilité des producteur·rices.
Un plan d'aide à l'arrachage ne peut seul résoudre la crise.Nous demandons que ce plan soit orienté vers les régions où les viticulteur·rices sont le plus en difficulté et qu'il soit combiné à d'autres aides pouvant accompagner une sortie du métier, une reconversion culturale ou encore consolider des exploitations viables et volontaires. Afin de garantir une plus grande équité et une meilleure efficacité des dispositifs, nous demandons que les aides à l'arrachage soient dégressives, avec un soutien renforcé pour les premières surfaces concernées puis un niveau d'aide réduit sur les hectares supplémentaires.
De plus, la priorisation de l'arrachage total au détriment de l'arrachage partiel, soutenue par les organisations de l'Association Générale de la Production Viticole, nous semble préoccupante : de nombreux viticulteur·rices risquent de ne pas candidater sans être assuré·es d'obtenir une aide suffisante, favorisant l'arrachage total. Cette priorisation risque d'accélérer la concentration foncière et l'accaparement des marchés par une poignée d'acteurs de la filière. Pour rappel, la moyenne des surfaces des fermes viticoles en France est de 10,5 ha, tandis que la moyenne pour l'ensemble des pays européens est de 1,82ha[1].
Ce plan doit surtout être accompagné d'un plan stratégique de long terme pour rassurer la profession. On ne peut pas arracher tout en facilitant la dérégulation et en plantant des vignes ! Pour cela, nous demandons :
- L'arrêt des autorisations de plantations nouvelles et l'arrêt des aides à la restructuration du vignoble pour les exploitations ou regroupement d'exploitations (ex LVMH) qui dépassent le seuil du contrôle des structures.
- Des prix minimum garantis et une régulation des importations (prix minimum d'entrée aux importations) adaptés aux différentes appellations et vins, ces mesures doivent naturellement être couplées avec une répartition des volumes à l'actif.
- Un élargissement à tous les vins des prix d'orientation actuellement uniquement sur les raisins AOP* et IGP*.
- Des aides spécialement adaptées aux caves coopqui risquent de subir un arrachage massif, pour éviter les cessations d'activité liées au coût de fonctionnement devenu prohibitif.
- Une irrigation de la vigne mieux encadrée, car l'irrigation ne doit pas être un outil de production pour maximiser le rendement de la vigne au risque de surproduire.
- Le contrôle des structures, la Safer* et un réel encadrement des transferts de part sociale doivent pleinement jouer leur rôle pour empêcher que des acteurs opportunistes tirent profit de la crise pour s'approprier les terres laissées par des exploitations ruinées. Pour cela des outils de gestions du foncier doivent être mis en place pour encadrer la relocalisation des terres mises à nue.
Nous ne laisserons pas la viticulture paysanne être sacrifiée. Nous ne laisserons pas encore des milliers de viticulteur·rices, coopérateur·rices ou indépendant·es en bio et conventionnel abandonner le métier au profit de quelques agro-industriels et grands négociants qui ubérisent l'agriculture paysanne.
[1]Données : https://ec.europa.eu/eurostat/fr/
Contacts :
Thomas GIBERT - porte-parole national - tél: 06 65 24 66 44
Michel ISOUARD - responsable de la commisison viticulture - tél: 06 49 16 12 26
Caroline NUGUES - Chargée de communication - tél: 06 95 29 80 78



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