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COMMUNIQUE DE PRESSE

DROM : le temps de la division est révolu !

19.01.2026

Le mépris du gouvernement envers le monde paysan est constant. Ce mépris concerne aussi et de façon exacerbée les paysan-nes ultra-marin-es, bien sont trop souvent mis à part, sans prise en compte des spécificités de leurs territoires. La colère qui s'exprime depuis des semaines dans l'Hexagone, sur la gestion de la crise de la DNC et l'accord UE*-Mercosur*, fait écho aux difficultés que rencontrent les paysan·nes des DROM. Le temps de la division, orchestrée par l'Etat, l'agro-industrie et la FNSEA*, est terminé !

C'est pourquoi, nos organisations, en interDrom avec la Confédération paysanne, ont occupé le Ministère de l'agriculture à Paris. La répression syndicale qui s'en est suivie a entrainé 52 garde à vue, parmi lesquelles 9 de nos représentant·es [1].

Les paysan·nes des DROM subissent depuis des décennies une posture condescendante et néocoloniale de la part de l'Etat français. En première ligne des accords de libre-échange, les territoires des DROM subissent les nombreuses importations déloyales en provenance de pays aux conditions sociales et environnementales de production largement moins-disantes.

Dans les DROM, les paysan·nes aussi sont impacté·es par les effets néfastes de politiques publiques injustes. L'inégale répartition du POSEI, le programme d'aides spécifiques dédié à l'agriculture ultramarine, est l'illustration de la volonté assumée de nos gouvernants de privilégier les intérêts des plus puissants, des dominants et de l'agro-industrie au détriment des populations et de la souveraineté alimentaire. Cette enveloppe, parce qu'elle est fermée, exacerbe la mise en concurrence de nos territoires. Dans les DROM, la souveraineté alimentaire n'est aujourd'hui qu'une vague promesse réitérée par les gouvernements français successifs.

Ce POSEI est essentiellement capté par l'économie de plantation héritée du système colonial et esclavagiste, perpétré par les gros acteurs agroindustriels des filières exportatrices de la banane et de la canne à sucre. Ainsi, les productrices et producteurs engagés dans la diversification des productions destinées notamment au marché local sont soit insuffisamment soutenus soit tout simplement exclus des aides POSEI, sous prétexte d'un manque d'organisation.

Le résultat est catastrophique: vie chère dans les DROM, en particulier sur les produits alimentaires ; inégalités structurelles en termes d'accès aux aides et de foncier agricole, perfusion d'un système agricole productiviste ayant entraîné l'empoisonnement des sols et des populations comme dans le cas du chlordécone ; abandon total des infrastructures et services publics nécessaires au développement agricole ainsi qu'un échec à l'instant T de la relance de la production agricole à Mayotte après le cyclone Chido.

La colère est donc grande face à cette concentration des richesses par quelques acteurs des filières agricoles, alimentaires et commerciales (négoce, grande distribution…) et face au mépris de l'Etat qui a recours plus facilement à la répression qu'au courage d'affronter la racine de ces inégalités scandaleuses.

Aujourd'hui, cette colère dans les DROM rejoint celle exprimée dans l'hexagone. Solidaires, dans un projet commun d'agriculture paysanne, émancipateur, décolonial et de justice sociale et écologique, nous, paysan·nes de l'hexagone et des DROM, investissons ensemble le Ministère de l'agriculture pour réclamer enfin des mesures pour les paysan·nes qui font vivre nos territoires, fournissent une alimentation de qualité, protègent nos sols et façonnent nos paysages.Nos colères paysannes sont source d'espoir car elles charrient en elles des propositions fortes et concrètes pour un monde meilleur.

C'est pourquoi nous revendiquions :

  • L'augmentation de l'enveloppe des aides POSEI et leur refonte. Elles doivent être enfin rendues accessibles à toutes et tous, en particulier les productrices et producteurs qui participent à la souveraineté alimentaire locale. Les petits producteur·rices en vente directe doivent pouvoir être soutenus au même titre que tout producteur agricole sur l'hexagone. Il faut supprimer l'exigence d'adhésion à une organisation de producteurs qui n'a pas lieu d'être pour les filières de diversification et engendre des logiques de monopole et de guichet par certaines OP.L'arrêt de ce conditionnement n'est pas antinomique avec des dispositifs incitatifs à l'organisation collective et avec le soutien à la création et au développement de filières territoriales, d'outils collectifs tels que des abattoirs de proximité ou des plateformes pour la restauration collective.
  • L'augmentation significative dès 2026 des enveloppes agricoles pour la Guyane et Mayotte, à la hauteur des besoins en développement agricole de ces territoires.
  • Un plafonnement et une redistribution équitable des aides POSEI, pour lutter activement contre la concentration des aides dans les mains de quelques grands groupes agroindustriels et familles. Il faut mettre fin aux rentes d'une poignée d'acteurs, notamment dans les filières banane et canne-sucre-rhum.
  • La revalorisation des retraites agricoles, levier majeur pour la dynamique d'installation-transmission, en particulier dans les DROM où le niveau de retraites agricoles est plus qu'indigne ! Les recommandations du député André Chassaigne, missionné en ce sens dans les DROM et auteur de deux lois sur les retraites agricoles, pourraient contribuer à répondre en partie à ce besoin urgent.
  • L'amélioration immédiate des droits sociaux des paysan·nes ultramarin·es, comme la prise en charge des trimestres à Mayotte avant la départementalisation de 2011.
  • L'amélioration de la reconnaissance des maladies professionnelles dues à l'utilisation des pesticides.
  • La reconnaissance et la réparation par l'Etat français des conséquences du chlordécone et du paraquatsur les populations et l'environnement.


[1] Laurent Chathuantmembre du secrétariat national de la Confédération paysanne et membre de l'UPG, Jean-Yves Tarcy,président de la chambre d'agriculture de Guyane, Irina Bernard-Dorilas, vice-présidente de la chambre d'agriculture de Guyane, Guy-Albert Levostre, secrétaire général de l'OPAM, Patrice Persia, secrétaire adjoint de l'OPAM, Axel Hoaro, le secrétaire de la CGPER*, Glaucus Gratien, le président de l'OPAM, l'organisation patriotique des agriculteurs de Martinique, Philippe Uriet Samuel Mouguia.


 


Contacts :
Laurent CHATHUANT - secrétaire national - tél: 06 90 54 64 56
Jean-Yves TARCY - porte-parole du Grage - tél: 06 94 43 46 40
Guy-Albert LEVOSTRE - secrétaire général de l’OPAM - tél: 06 96 19 30 61
Philippe URI - porte-parole de l’UPG - tél: 06 90 14 24 39
Axel HOARAU - porte-parole du CGPER - tél: 06 92 82 59 37
Ali HAMADA - porte-parole du CDEAM (Mayotte) - tél: 06 39 94 08 80
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